2009-06-23 03:13+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Je suis allé ce soir à l'Opéra Comique pour assister à une représentation de Carmen. Après Zoroastre et Le Roi malgré lui, cet opéra complète la série des trois opéras que j'avais décidé d'aller voir cette année à l'Opéra Comique. Les trois ont été de grandes réussites. J'y retournerai un peu plus souvent l'an prochain.
Avec La flûte enchantée, Armide et Werther,
Carmen était un des opéras de la saison que j'attendais le plus.
N'ayant alors pas trop d'idées sur les qualités respectives des places de
la Salle Favart, j'avais pris à l'ouverture des réservations l'an dernier
une place dans une très bonne catégorie afin d'être tranquille. Un premier
rang de loge de côté (en fait presque de trois-quarts) au deuxième balcon
(qui serait le premier balcon si le premier balcon avait été appelé
corbeille
).
Bien sûr, je voulais voir Anna Caterina Antonacci dans ce rôle. Depuis
Agrippina en 2003, c'est probablement la chanteuse que j'aie le
plus souvent entendue en concert : sept fois. Dès que Sir John Eliot
Gardiner a posé le pied devant son pupitre, il commence à diriger le
prélude sans même attendre que les applaudissements se soient dissipés.
Après que le rideau sur lequel est écrit Carmen
en lettres rouge
sang s'est levé, le premier acte commence avec le chœur Sur la place,
chacun passe dont j'aime particulièrement la sonorité des premières
notes. Puis, après l'apparition de Micaëla à la recherche de José viendra le
chœur des gamins, qui, contrairement à ce que j'avais noté, n'est pas
interprété par le chœur Sotto Voce, dont je parlais dès le
début de ce weblog, mais par la Maîtrise des Hauts-de-Seine. Les
costumes, les loques, que portent les enfants nous transportent dans un
quartier pauvre de Séville, où les luisantes cigarières en tenue
décontractée s'affairent en sous-sol. Quand la cloche aura sonné,
Carmen finira par paraître et l'ardent jeu de la séduction pourra commencer
avec l'air L'amour est un oiseau rebelle, etc.
Le décor est en forme de fer à cheval rouge, placé à l'étage. On peut se figurer qu'il s'agit de l'enceinte d'une arène, ce en quoi le décor se transformera effectivement au quatrième acte (même si l'arène où brillera Escamillo sera en réalité hors-scène). La mise en scène d'Adrian Noble est excellente. On y trouve de superbes mouvements d'ensemble des chœurs. Dans ce genre, la scène qui suit le moment où Carmen a blessé au visage le Manuelita est impressionnante. Le combat d'Escamillo et de José à l'arme blanche est très bien chorégraphié, Nicolas Cavallier (Escamillo) ferait presque penser à Jean Marais. Sa façon de chanter ce rôle d'Escamillo, torero matamore, est parfaitement adaptée. Un petit bémol au sujet des souliers des choristes : en frappant le sol, ils faisaient vraiment trop de bruit, au point de gêner certains passages musicaux, fussent-ils secondaires.
Anna Caterina Antonacci m'enthousiasme toujours autant. Sa diction française est impeccable. Elle joue aussi très bien la comédie. Elle est secondée par Andrew Richards (Don José), qui sera remplacé pour les deux derniers actes par un ténor brésilien dont je n'ai pas retenu le nom. C'est dommage qu'il ait dû renoncer, je l'aimais bien. Toutefois, il aura un peu manqué de puissance pendant son duo avec Micaëla (Anne-Catherine Gillet). Dès le début de l'opéra, cette dernière me fait une très bonne impression. Mais le meilleur est à attendre : au troisième acte, elle est éblouissante dans Je dis que rien ne m'épouvante, le plus bel air de l'opéra. Une voix puissance capable d'exprimer de riches émotions.
Bref, un formidable spectacle, qui passera dans certains cinémas le 25 juin et sera diffusé sur France Musique le 30 juin.
Ailleurs : Akynou.
2009-06-19 23:54+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Théâtre
Je reviens de la première représentation de Rouge, Carmen à l'Opéra Comique. Ce spectacle, créé en 2008, est une adaptation théâtrale par Juliette Deschamps de la nouvelle de Prosper Mérimée pour deux comédiens, Chloé Réjon (Carmen), Bruno Blairet (Don José) et un petit ensemble de musique flamenco.
Cette adaptation est bien plus proche de la nouvelle que ne l'est l'opéra de Bizet. Dans la nouvelle, un savant, en fait Mérimée lui-même, est à la recherche de vestiges de la bataille de Munda. Il rencontre un condamné à mort, Don José, qui lui raconte son histoire. Dans ce spectacle, point de prologue, Don José s'adresse directement au spectateur. Il se souvient. Le ton est résolument celui de la narration : les passés simples et les imparfaits du subjonctifs ont été conservés, ce qui n'est pas pour me déplaire. Quand il est directement question de Carmen, celle-ci paraît sur le décor fait d'un grand disque incliné recouvert de sable. Les musiciens sont également comédiens ; ils participent à l'action quand la scène l'impose. Le lyrique chant flamenco apporte quelques respirations dans la tragédie, accentuant la douleur des personnages.
Ce spectacle est vraiment original dans sa composition. Il nous ramène à l'histoire première de Carmen, avant qu'elle fût adaptée par Meilhac et Halévy. Si je n'ai pas été subjugué, j'ai apprécié le texte, un peu la musique (ça doit être la première fois que je vois de la musique flamenco) et la performance des deux comédiens. Quelques hurluberlus ont poussé des huées lors des saluts.
2009-06-06 23:07+0200 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne
Cela fait presque deux ans que j'ai acheté un Paperback Oxford English Dictionary. Depuis, j'ai lu quelques livres en anglais : The Inheritance of Loss de Kiran Desai, The Palace of Illusions de Chitra Banerjee Divakaruni, et quelques autres. Si j'en lisais déjà occasionnellement, ce dictionnaire de langue anglaise me facilite bien la tâche. Il est et fait suffisamment cheap pour qu'on n'ait pas peur de l'abîmer en le manipulant beaucoup. Il n'est pas excessivement lourd, ce qui permet de l'emporter parfois dans les transports en commun.
Étant actuellement en train de lire le roman en vers de Vikram Seth, The Golden Gate, écrit en américain, je viens de tomber à l'instant, à côté de définitions m'intéressant, sur un couple de définitions doublement récursives :
crease v. (creases,
creasing, creased)
1 make or become crumpled.
2 ...
crumple v. (crumples,
crumpling,
crumpled)
1 crush something so as to make it creased.
2 ...
Il faudrait des mécanismes de détection de cycles dans les dictionnaires, afin qu'il n'en subsiste pas de trop courts.
2009-06-06 03:37+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Avant-hier, deuxième spectacle à la Cité de la Musique après les Vingt-quatre heures du râga. Des œuvres plus baroques les unes que les autres par Il Giardino Armonico dirigé par Giovanni Antonini, et pour les parties vocales, la mezzo-soprano Bernarda Fink, dont je ne me lasse pas d'écouter les quelques enregistrements en ma possession (notamment Orfeo et Euridice de Gluck où elle a le rôle d'Orfeo).
En environ cent cinquante concerts de musique classique, je n'avais
encore jamais vu ça : dans ce concert, sauf exception, l'ensemble ne s'est
pas arrêté un instant entre deux œuvres. Les lamentations de Marie sont le
thème central du programme. D'abord en latin sur une musique de Monteverdi
(Pianto della Madonna), puis en italien Sento già mancar la
vita (Francesco Conti). J'aurais peut-être apprécié encore plus si la
mezzo-soprano avait chanté un petit peu plus fort. Entr'acte. Un prélude et
fugue pour luth de Silvius Leopold Weiss, une symphonie de Vivaldi et pour
finir en beauté, une cantate intitulée Il pianto di Maria de
Giovanni Battista Ferrandini, qui d'après le programme fut longtemps
attribuée à Georg Friedrich Haendel
.
En rentrant, le RER pour Saint-Rémy se transforme sans crier gare en un train pour Robinson. Quand il est encore temps de changer à Bourg-la-Reine, un train de l'autre branche arrive concomitamment. Les trains arrivent bien sûr sur deux quais différents, séparés d'un souterrain et il ne vient pas à l'idée de la Régie de retarder très légèrement un train pour rattraper les boulettes faites en amont. Heureusement, j'arriverai juste à temps pour monter. Il faudra encore changer à Massy-Palaiseau. 1h45 pour rentrer à Orsay depuis la Cité de la Musique, c'est quand même un peu long.
⁂
Hier soir, un concert de l'orchestre philharmonique de Radio France Salle Pleyel. J'oublierai assez vite la première partie, Sérénade d'après Le Banquet de Platon, malgré le violoniste Svetlin Roussev, qui, rappelé, jouera du Bach. Entr'acte. M'étant installé au deuxième rang de deuxième balcon, les hôtes disaient à qui voulait l'entendre qu'il y avait plein de places libres à l'orchestre. Pour la première partie orchestrale, je suis resté en haut pour avoir une bonne vue sur l'orchestre. Mais, j'ai repéré des bonnes petites places pour la deuxième partie.
Pour le moment, je n'avais vu Waltraud Meier que d'assez loin à l'Opéra-Bastille, en Ortrud ou en Isolde. Je ne me suis donc pas privé de saisir l'occasion de me replacer au tout premier rang, à la dernière place qui restait, tout près du pupitre de la mezzo-soprano, offrant une quasi-parfaite contre-plongée sur elle. L'œuvre au programme est Poème de l'amour et de la mer d'Ernest Chausson. Le texte est constitué de poèmes de Maurice Bouchor. À vrai dire, je n'avais pas fait attention en faisant mes réservations ; je pensais qu'il s'agirait d'une des rares œuvres de Chausson que je connaisse : Poème pour piano et violon, opus 25. Ici, deux poèmes La fleur des eaux et La mort de l'amour séparés par un interlude. La musique fait penser à Debussy et à Wagner. Il n'était donc pas étonnant que Waltraud Meier excellât...
La dernière œuvre au programme était West Side Story, danses
symphoniques pour orchestre. Je n'ai vu ni la comédie musicale ni le film ;
je n'en connaissais que quelques extraits. Le chef Myung-Whun Chung dirige
de mémoire et ouvre même les yeux, contrairement à ce qu'il faisait avec le
Chausson. Ainsi vaut-il mieux procéder pour ne perdre pas son équilible ;
c'est que le chef swingue, se retourne vers le public pour crier
Mambo
... Interprétée par un orchestre d'un tel effectif, dont les
percussionnistes ne sont pas les moindres, cette œuvre est assez
spectaculaire.
Le concert était diffusé sur ArteLiveWeb. Il y aura peut-être des rediffusions.
2009-06-02 00:50+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Avant-dernière sortie de l'année à l'Opéra. Je suis allé voir le ballet
Proust ou les intermittences du cœur de Roland Petit (1974). Je
n'ai acheté ces places qu'il y a deux semaines, la partie
Réservation
du site Internet de l'Opéra étant tombée en marche (un
peu plus tôt, le bouton Réserver
n'apparaissait pas pour ce ballet,
j'avais pensé à tort que c'était déjà complet). Au passage, j'ai dû monter
jusqu'à un tarif à 40€ : premier rang de troisièmes loges, de côté. Je
pense que je continuerai à prendre préférentiellement mes places à 20€
préférées. (La fois précédente, ma place n'était arrivée dans ma boîte aux
lettres que quelques jours après le spectacle ; j'avais cependant pu
obtenir un duplicata. Cette fois-ci, ce n'est pas passé loin vu que j'ai
reçu ma place vendredi dernier, soit deux jours après l'expédition, qui
datait d'une semaine auparavant. J'ai comme l'impression qu'il y a des
ratés...)
Le ballet s'ouvre sur une musique de Saint-Saëns, Pianistes, extrait du Carnaval des animaux. Suivrons diverses autres musiques de Reynalho Hahn, Wagner, Franck, Fauré, Debussy, Beethoven et Saint-Saëns. La musique qui m'a le plus marqué est celle du quatorzième quatuor à cordes de Beethoven pour le premier tableau du deuxième acte.
Plutôt que de raconter une histoire, ce ballet met en scène diverses impressions inspirées d'À la recherche du temps perdu. Le premier acte s'intitule Quelques images des paradis proustiens et le deuxième Quelques images de l'enfer proustien. Ces images sont très diverses : treize tableaux ! La forme est très variée aussi.
Au premier acte, on trouve en particulier une sonate pour violon et
piano de Franck où le violon est interprêté par Daniel Stokes et le piano
par Mathilde Froustey, puis Odette (Eve Grinsztajn) et Swann (Alexis
Renaud) faisant catleya
, de tendres Albertine et Andrée incarnées
par Isabelle Ciaravola et Christelle Granier, et enfin, le superbement
esthétique tableau concluant le premier acte La regarder dormir,
avec Proust jeune (Hervé Moreau) et Albertine.
Le deuxième acte est beaucoup plus sombre, commençant avec une relation compliquée entre Morel (Josua Hoffalt) et Monsieur de Charlus (Aurélien Houette). Le tableau représentant le supplice de Charlus est assez impressionnant. Les deux tableaux qui suivent sont des odes au plaisir ; le deuxième met en scène Morel et Saint-Loup (Christophe Duquenne). Dans le dernier tableau, l'ouverture de Rienzi (Wagner) sonne comme une musique militaire ; La Grande Guerre a passé. Les personnages de la Duchesse de Guermantes et de Proust lui-même viennent clore le ballet.
C'est un beau spectacle, très varié comme je l'ai dit plus haut, à la fois au niveau de la danse et de la musique (cela fait drôle de voir tous les musiciens de l'orchestre sauf quatre s'arrêter pour entendre un quatuor à cordes). Cela dit, j'avais bien davantage apprécié Les enfants du paradis et Onéguine.
Je n'ai pas encore lu Proust. Cela risque d'attendre quelques années : il n'est pas encore dans ma PAL, c'est dire.
2009-05-25 09:45+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Lectures — Culture indienne
J'ai fini il y a quelques jours ma lecture de Quatuor de Vikram Seth. Ce roman, qui a pour thème principal la musique, est excellent. J'ai rédigé mes commentaires pour le Biblioblog. Sur ma lancée, je viens de commencer son roman en vers The Golden Gate, dans sa version originale qui était dans ma bibliothèque depuis un moment plutôt que dans la traduction française qui vient de paraître. J'ai aussi acheté Eugène Onéguine, le célèbre roman en vers de Pouchkine, dont j'ai récemment vu une adaptation en ballet et qui avait enthousiasmé Vikram Seth lors de la parution d'un traduction anglaise.
Quelques autres critiques récentes :
2009-05-23 01:19+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Comme Yohan, j'avais manqué Tosca l'année dernière du fait d'une grève, de RER en ce qui me concerne, alors que l'Opéra de Paris était lui aussi perturbé par un mouvement social. Cette production étant reprise pour la nième fois avec n grand cette année, j'avais inclus cet opéra à mon abonnement.
La représentation de ce soir était donc ma première occasion de voir un opéra de Puccini. J'avais déjà écouté Tosca au disque en préparation de la représentation à laquelle j'avais prévu d'assister l'année dernière, et avais aussi, plus récemment, écouté Madama Butterfly et visionné La Bohème. Ces trois opéras permettent de s'habituer au son particulier de Puccini.
Depuis mon dernier rang de premier balcon, au centre, j'ai besoin des jumelles pour distinguer quelqu'expression sur le visage des interprètes. La mise en scène et le décor ont peut être une part de responsabilité dans le fait qu'ils paraissent si petits. J'avais apprécié l'idée de réduire l'espace scénique dans Macbeth. Ici, les chanteurs évoluent dans un vaste espace sombre et austère, dépourvu d'inutile. Toutefois, le feuilletage du programme permet d'observer que la peinture de Marie-Madeleine (premier acte) est plus jolie que dans certains passages précédents de cette production !
Le drame se passe au moment de la bataille de Marengo. Scarpia lutte contre les républicains, comme Angelotti, que Cavaradossi a caché (pas pour longtemps, il se suicidera quand il sera découvert), mais il est en fait plus intéressé par Tosca, l'amante de Cavaradossi, et il fera pression sur elle en le torturant puis en la poussant à lui offrir son corps pour qu'il épargne Cavaradossi. Après lui avoir fait signer un laissez-passer, elle le poignarde. Le lendemain, à l'aube, un simulacre d'exécution de Cavaradossi doit avoir lieu. En fait, les balles sont réelles, Cavaradossi ne se relève pas ; Tosca, qui est maintenant recherchée pour le meurtre de Scarpia, se suicide.
Les trois rôles principaux de Tosca sont Floria Tosca (Adina Nitescu), Mario Cavaradossi (Aleksandrs Antonenko) et Scarpia (James Morris). J'ai apprécié les trois chanteurs et parmi eux tout particulièrement Adina Nitescu. Peut-être davantage encore que le chant, j'ai aimé la musique de Tosca, une continuité parsemée de leitmotivs.
2009-05-13 23:08+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Si on m'avait dit il y a dix ans qu'en 2009, j'irais régulièrement à l'Opéra, je ne l'aurais pas cru. Qu'on m'eût annoncé que j'apprécierais même de voir des ballets et j'aurais pris le messager du futur pour un fou.
Après avoir apprécié Les enfants du paradis et 希尔薇娅 il y a quelques mois, je me suis décidé à acheter une place pour Onéguine, ballet de John Cranko sur une musique de Tchaïkovski. M'y étant pris un peu tard et n'étant pas encore assez balletomane pour dépenser plus de 20€ dans un ballet, je n'ai pas eu d'autre choix que d'expérimenter un nouveau placement à Garnier : les baignoires. Ces sortes de loges sont situées en dessous de la corbeille. Au prix payé, je n'ai le droit qu'au deuxième rang, ce qui réduit sensiblement l'angle de vue. Plus une baignoire est proche de la scène, plus elle est excentrée et proche d'un pilier. Il était agréable d'être aussi près de la scène, je n'ai pas eu à sortir mes jumelles, mais en contrepartie, la danse sortait parfois de mon champ de vision.
La proportion de Japonaises dans le public est plus élevée qu'à Bastille. Appartenant à cette catégorie, ma voisine a eu un air de terreur à l'idée d'entrependre la folle initiative de se décaler pour rejoindre une moins bonne place, me demandant même l'autorisation de le faire ; je lui ai plutôt suggéré d'avancer sa chaise d'un bon mètre afin de voir mieux (la chaise avait dû être reculée pour permettre aux spectateurs du premier rang de passer).
La musique de Tchaïkovski n'est en rien celle de son opéra Eugène Onéguine ; des morceaux d'autres œuvres ont été assemblés et orchestrés par Kurt-Heinz Stolze pour ce ballet de Cranko en 1965/1967. L'histoire est assez simple : deux sœurs, Olga et Tatiana, s'éprennent l'une du poète Lenski, l'autre d'Eugène Onéguine. L'amour d'Olga est partagé, celui de Tatiana ne l'est qu'en rêve : Onéguine va jusqu'à déchirer la lettre d'amour que Tatiana lui a écrite. Lors d'un bal, Eugène danse un peu trop avec Olga, ce qui provoque l'ire de Lenski qui le provoque en duel. Lenski est abattu d'un coup de pistolet. Des années plus tard, Tatiana est l'épouse du prince Grémine qui organise un bal où se rend Eugène. La situation de départ est inversée : c'est lui, avouant enfin son amour, qui donne une lettre à Tatiana ; la raison finit par l'emporter sur l'amour de Tatiana : elle déchire la lettre.
Les deux rôles principaux étaient hier soir dansés par les étoiles Nicolas Le Riche (Eugène) et Aurélie Dupont (Tatiana). Ils ont deux merveilleux pas de deux, au premier acte dans le rêve de Tatiana et pendant le tumultueux troisième acte. Le programme vendu 10€ date déjà un peu puisque Mathias Heymann y est encore annoncé comment premier danseur : en même temps qu'Isabelle Ciaravola, il a été nommé étoile à l'issue de la première représentation (16 avril). Sa partenaire est Mathilde Froustey (Olga). L'un comme l'autre sont enthousiasmants. Dans un rôle plus martial, Karl Paquette est le prince Grévine.
⁂
J'ai commencé mon écoute de la semi-intégrale Brilliant de
Haydn il y a
un peu plus de deux mois. J'en ai déjà écouté la moitié. Je ne suis
vraiment pas mécontent de cet achat. On a peu de chance d'être déçu en
tirant au hasard une symphonie ou un quatuor à cordes, par exemple, le
quatuor en la majeur opus 20 nº6 (Hob.III:36), qui est le préféré de Michael,
narrateur de Quatuor, l'excellent roman de Vikram Seth que je suis
en train de lire. Malgré le son du piano-forte, j'ai apprécié le trio pour
piano en sol majeur (Hob.XV:25) et surtout son dernier mouvement Finale:
Rondo, in the gypsy style
.
2009-05-12 00:36+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Je reviens du Théâtre des Champs-Élysées où avait lieu ce soir une représentation du King Arthur de Purcell, avec le Concert Spirituel dirigé par Hervé Niquet, dont j'avais apprécié l'interprétation de la Messe en si mineur l'année dernière Salle Pleyel.
La terminologie de semi-opera
semble très bien choisie.
Comme les passages parlés de l'œuvre originale ne sont pas représentés, il
ne reste plus grand'chose qui ait un rapport avec l'épopée du roi Arthur.
Dans les passages musicaux qui restent, ce thème ne semble plus qu'un
prétexte pour invoquer Woden et Thor, dieux des Saxons et quelques divinités
classiques comme Amour, Pan ou Éole, et surtout pour glorifier
l'Angleterre, d'une façon qui frise parfois le ridicule :
Quoique la réputation de la Toison de Jason soit ancienne,
La laine anglaise vaut son pesant d'or ;
Aucune mine ne regorge davantage de richesses.
Elle protège les paysans du froid
Et procure ainsi la pourpre de Tyraux rois.
(Traduction Yvette Gogue, Erato)
Les solistes Susan Gritton, Deborah York, Anders J. Dahlin (qui fut Zoroastre récemment), James Gilchrist, Andrew Foster-Williams et Mélodie Ruvio (soliste du chœur) sont tous spécialistes de la période baroque. C'était un plaisir de les entendre et leur visage trahissait le plaisir de chanter cette œuvre. Certains passages font penser à de beaux oratorios anglais, mais parfois, on pourrait aussi bien s'imaginer à Versailes.
Parmi les moments inoubliables, le Génie du froid, initialement grelotant, réchauffé par Cupidon au troisième acte, ou la chanson à boire du cinquième acte (les membres du chœurs goûtant alors ostensiblement quelque breuvage). Une autre plaisanterie du même genre, au début du quatrième acte : avant que deux sirènes ne commencent à chanter quelque air marin, un drôle d'instrument manipulé par le percussionniste fait un bruit qui évoque sans doute le vent, le son enregistré d'un goéland se fait entendre et Hervé Niquet fait mine d'essuyer une déjection sur son costume.
Je ne connaissais pas cette œuvre de Purcell. Je l'ai beaucoup appréciée. Le public, très nombreux, aussi, apparemment.
2009-04-30 03:00+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Ah, si cela pouvait toujours être ainsi. Le Roi malgré lui est un très beau spectacle d'opéra, qui passe ces jours-ci à l'Opéra Comique. Merci à Kozlika de m'avoir suggéré d'y aller.
Il s'agit d'un opéra d'Emmanuel Chabrier sur un livret d'Émile de Najac
et de Paul Burani, inspiré de la pièce de théâtre du même nom d'Ancelot. Le
programme du spectacle indique que cette pièce était de
Marguerite-Louise-Virginie Ancelot, alors que sur le microfilm
d'une édition à la BnF, le nom de l'auteur indiqué est M.
Ancelot
et conformément catalogué au nom de
Jacques-Arsène-François-Polycarpe Ancelot, son mari. C'est curieux.
Afin de me préparer à cette représentation, lors de précédentes visites
à la BnF, j'avais lu le livret de cet opéra puis le texte de la pièce. Je
ne comprends pas pourquoi ce livet est critiqué (jusque dans le programme).
L'opéra est très quiproqué. Voici deux passages que j'avais trouvé très
drôles ; le deuxième a été remis en forme
par Agathe Mélinand pour
cette production :
Nangis
Nangis ! Mais c'est...
Henri, s'avançant et l'interrompant
La ruse est subtile
De passer pour moi !
Mais ruse inutile,
C'est moi, Nangis ! C'est vous, le roi !⁂
Minka
Tout à l'heure, ici même, madame la duchesse de Fritelli croyait que le roi était mort.
Nangis
Que dis-tu là ! Grand Dieu... qu'est-il arrivé. (Haut.) Courons Minka. Il me faut la preuve que c'est là une erreur...
Minka
Mais la preuve, monseigneur, je l'ai, puisque vous êtes vivant !
Petit résumé : Henri de Valois a été choisi par les Polonais pour devenir leur roi. Il y va à reculons. Un complot est ourdi par le grand palatin Laski pour le chasser et mettre je ne sais plus quel archiduc sur le trône. Sa nièce Alexina fut l'amante du roi incognito à Venise et il l'abandonna. Elle veut se venger de lui, bien qu'elle l'aime encore. Elle embrigade son mari dans le complot, c'est Fritelli, le grand chambellan d'Henri. Nangis, l'ami le plus fidèle d'Henri, s'est épris de Minka, l'esclave de Laski, qui vient au séjour du roi pour dénoncer le complot. C'est Henri, qui doit rester incognito jusqu'au sacre, qui la reçoit. L'idée d'un complot contre lui lui plaît, il décide de rejoindre les conjurés en se faisant passer pour Nangis, qu'il emprisonne. Nangis, le vrai, s'évadera et les conjurés réunis chez Laski se retrouveront avec deux personnes prétendant être Nangis. Les rôles sont inversés. Nangis prend son nouveau rôle de roi très au sérieux. Les conjurés ont peur des représailles d'un Henri qui reviendrait en Pologne avec une armée, ils préfèrent le tuer. Henri promet de se tuer lui-même. Nangis s'échappe encore une fois grâce à Minka qui le prend pour le roi. Le lendemain, Henri croit qu'il peut s'en aller avec le carosse qui avait été réservé par les conjurés. La réservation a été annulée quand il fut décidé de tuer Henri. Alexina, dont l'amour pour Henri, a repris le dessus, a fait en sorte que l'archiduc reparte en lui annonçant que le complot avait été mis au jour. Rien ne s'oppose plus à ce que Henri soit couronné, mais on le croit mort assassiné par Nangis (enfin Henri). Alexina essaie de fuir avec son cher assassin, mais tout est découvert. Vive le roi de Pologne ! Minka et Nangis sont mariés. Henri invite Fritelli, et donc son épouse, à le rejoindre à la cour.
C'est peut-être un peu compliqué, mais tellement drôle et vaudevillier. Le livret est bien supérieur au texte de la pièce de théâtre, dont la fin en queue de poisson était bâclée. Dans l'opéra, la fin s'étend sur un troisième acte supplémentaire. Quelques éléments ont de plus été ajoutés dans l'intrigue de façon à créer des situations bien plus amusantes. Ainsi, dans la pièce, Alexina était une orpheline, dont le tuteur, noble, avait été proscrit par les Médicis. Elle n'avait jamais été en amour avec Henri ; au contraire, le combat entre sa haine et son amour fait d'Alexina un beau personnage d'opéra. Le chambellan de Henri était français, aucunement lié à Alexina. En faire un personnage italien ajoute encore une dose de comique, d'autant plus qu'il doit gérer des intérêts contradictoires : le complot, la liaison entre Alexina et Henri, les Français, les Polonais.
Ma place au troisième balcon, très légèrement de côté, me permettait de voir toute la scène. Les sièges sont serrés et inconfortables. Le seul problème était que je ne voyais pas les surtitres, mais comme je connaissais déjà bien le livret, je n'ai pas eu de souci pour suivre. Je ne l'avais pas remarqué la dernière fois, mais en dehors du premier balcon, les couloirs sont recouverts de motifs en forme de croix gammées (qui sont inversées à l'orchestre). La construction date d'une autre époque... À l'entr'acte, on croise pas mal de gens ornés de décorations civiles, y compris un ancien ministre de l'économie. Pour voir davantage de ministres, il faut aller au rang 15...
La mise en scène de Laurent Pelly est en accord avec la légèreté de cet
opéra. C'est très dynamique, à des années lumières d'un Deflo. Plein de
très bonnes idées. Un peu de mise en abyme. Des costumes de Polonais
emmitouflés comme des ours. Des chariots tractés qui évoquent les gondoles
de Venise. Des éléments de décors qui apparaissent subitement lors de
quelque évocation de lieu ou d'un besoin scénique : tiens, il faut que
Minka entre en trombe, faisons apparaître une grande porte. Quelques
plaisanteries, des mousquetaires évoqués, une pancarte Amour
qui
passe pendant un air où Minka chante C'est l'amour qui passe
, etc.
Pendant ces presque trois heures de spectacle, on ne s'ennuie pas !
Hormis Sophie Marin-Degor que j'avais un tout petit peu entendue, mais à peine entr'aperçue dans Le Martyre de Saint Sébastien, je voyais pour la première fois la plupart des chanteurs, plutôt jeunes, dynamiques et enthousiasmants : Jean-Sébastien Bou (Henri), Magali Léger (Minka), Franck Leguérinel (Fritelli), Sophie Marin-Degor (Alexina), Gordon Gietz (Nangis), Nabi Suliman (Laski). Je ne connaissais que l'air de Minka Il est un vieux chant de Bohème, je l'ai aimé, comme tous les airs de Minka. Le duo Minka-Alexina du troisième acte, chacune s'inquiétant pour son bien-aimé, est celui que j'ai préféré. J'ai apprécié le chœur de l'Opéra de Lyon, qui a eu plusieurs belles occasions de se mettre en valeur. Je connais très mal la musique de Chabrier. Elle s'écoute très bien. C'est souvent un peu dégoulinant et parfois à la limite de la fanfare (sans oublier le triangle hystérique), mais cela ne gâche rien.
2009-04-28 00:40+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Je vis mon premier opéra, Agrippina de Händel, en 2003, dans une très belle mise en scène de David McVicar. Agrippina était chantée par Anna Caterina Antonacci. Depuis, j'évite de manquer les occasions de la voir à Paris. Les programmes annuels du Théâtre des Champs-Élysées ayant un index par interprète, j'y trouvai sans peine le spectacle Altre Stelle où Anna Caterina Antonacci interprète cinq rôles de femmes en colère, trompées ou anéanties. Il ne s'agit pas d'un récital, puisque, mis en scène par Juliette Deschamps, la chanteuse et deux enfants portent des costumes de Macha Makeïeff et évoluent dans un sombre décor de Nelson Wilmotte.
Le théâtre avait convié des spectateurs à venir écouter une présentation de ce spectacle samedi dernier, à la Comédie des Champs-Élysées. La moyenne d'âge des présents était plus élevée que la moyenne habituelle de la salle, ce qui est difficile, vu la réputation du lieu en la matière ; j'ai longtemps craint d'être le plus jeune présent. Ce fut l'occasion de mettre une tête sur le directeur Dominique Meyer (qui s'en ira bientôt diriger l'Opéra de Vienne), sur Juliette Deschamps et surtout de voir de près Anna Caterina Antonacci en costume de ville s'exprimant dans un charmant français avec un petit accent italien qui disparaît quand elle chante.
Pendant l'ouverture (Méhul), deux enfants viennent écrire à la craie
Altre Stelle
et Autres étoiles
, en majuscules accentuées, sur
les murs asymétriques du décor (des deux côtés ! merci ! il est rare que
les metteurs en scène pensent aux spectateurs placés de côté et non
ubiquistes ; pour ma part, j'étais au premier balcon, assez près du
centre), puis, une femme, présomptivement leur mère, ouvre un livre pour
leur raconter une histoire. C'est le début de la mort d'Ophélie (Berlioz).
La femme s'éloigne, change de costume, elle reparaît en Phèdre (Rameau),
puis en Armide (de Gluck, à ne pas confondre avec celle de Lully, bien que ces deux opéras soient sur le même livret).
En mesure de tuer Renaud, Enfin il est en ma puissance, elle cède
du fait de son amour naissant pour lui. Plus tard, une lettre lui apprendra
sa trahison... Quand le barbare était en ma puissance. Les ombres
projetées du fait des lumières de Joël Hourbeigt illustrent bien le fait
qu'Armide est une sorcière.
Nous aurons ensuite le droit d'entendre deux sortes de tempêtes
musicales, alors que sur la scène sévit une tempête de neige. Médée
(Cherubini) va s'en prendre à ses enfants. Au sujet des tempêtes, je suis
étonné de n'avoir pas reconnu l'air des Furies d'Orphée et
Eurydice (Gluck) ; il faudra que je regarde si cet air ne serait pas
spécifique à une des versions de cette œuvre.
Abandonnée par le fils de Vénus, c'est au tour de Didon des Troyens (Berlioz) de s'illustrer par sa superbe mort. Antonacci ayant une inclination particulière pour Berlioz, il n'est pas étonnant que ces airs soient mes préférés de ce spectacle. (Que je regrette qu'en 2003/2004, je n'allasse pas encore régulièrement voir des opéras, j'eusse pu l'entendre dans le rôle de Cassandre ; ah, il semble que cela soit sorti en DVD...). C'est tellement bien que lorsque les lumières réalisent un fondu au noir, le public se met à applaudir. Ce n'est pas tout à fait terminé. Hors scène, la chanteuse referme la boucle avec la deuxième partie de la mort d'Ophélie.
De l'orchestre Les Siècles dirigé par François-Xavier Roth, j'ai trouvé que les instruments à vent avaient un son quelque peu bizarre. Malgré ce bémol, apparemment subjectif, puisqu'une dame italienne qui m'expliquera dans le métro n'avoir pas compris le concept du spectacle me fera au contraire l'éloge de l'orchestre, ce fut un très beau spectacle, qui repasse jeudi prochain, et sera diffusé sur France Musique le jeudi 21 mai à 20h.
2009-04-24 00:49+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Je reviens de l'Opéra Bastille où j'ai vu une représentation d'Un bal masqué de Verdi. Première déception en entrant : Deborah Voigt est remplacée par Angela Brown dans le rôle d'Amelia. Je n'avais vu aucune de ces deux sopranos américaines auparavant et n'avais pas d'autre inclination que celle, a priori, liée à la plus grande notoriété de Deborah Voigt. Comme j'avais prévu de voir l'une dans un mois et l'autre ce soir, ce remplacement fait échouer mes plans. Une surprise agréable, néanmoins : en Renato, la brochure de l'Opéra de Paris avait annoncé Frank Ferrari, mais c'est Ludovic Tézier qui est venu.
Lors de mon opéra précédent, j'avais été un peu déçu du grossissement de mes jumelles (3×), ce qui n'est pas terrible quand on est au deuxième balcon. Je rachetai donc une autre paire, d'une vingtaine d'euros, de masse semblable et surtout ayant un grossissement triple. Elle se tient un peu mieux en mains, ce qui est heureux parce qu'avec ce grossissement, il ne vaut mieux pas trop bouger. J'avais hâte de l'essayer.
Ma place était à la galerie nº3, premier rang, place une. Cette galerie, ainsi que la symétrique, doit être le meilleur endroit pour se faire une vue d'ensemble du théâtre. Acoustiquement, c'est aussi un endroit privilégié pour entendre les toussotements, d'où qu'ils viennent. Les barreaux du rebord gênent cependant la vue sur une bonne partie de la scène. On peut soit regarder à travers la quadrillage (en profitant de sa vision stéréoscopique pour voir à travers les barreaux), soit se mettre une cale dans le dos pour s'installer sur l'avant du siège et regarder par dessus la rambarde. Globalement, je trouve que c'est plutôt une bonne place.
Ayant eu le temps de lire le synopsis en quatrième vitesse, j'ai pu délaisser les surtitres et profiter de ce que mes jumelles me permettaient de voir les chanteurs en beaucoup plus gros qu'avec les précédentes ! Ramon Vargas occupait presqu'entièrement l'angle de vue. Leur utilisation depuis les places que j'occupe habituellement et sensiblement plus éloignées devrait s'avérer très confortable.
Les chanteurs des rôles principaux sont très bons. Ramon Vargas en Riccardo, Angela Brown en Amelia et surtout Ludovic Tézier en Renato, le meilleur ami du gouverneur Riccardo, qui se joint aux conjurés pour l'assassiner quand il découvre son idylle avec Amelia, qui est son épouse. Un beau tableau met en scène séparément Amelia, Riccardo (et un marin) auprès de la sorcière Ulrica (Elena Manistina) qui leur révèle à chacun leur futur. Dans le rôle travesti d'Oscar, le page de Riccardo, Anna Christy, que j'avais déjà eu l'occasion d'entendre dans le rôle de Cunegonde dans Candide, pétille.
Suite à des problèmes avec la censure, le livret situe l'action aux États-Unis d'Amérique, auxquels font penser certains décors et costumes. Très bien. Le problème est que la mise en scène est de Gilbert Deflo. Ce n'est cependant pas aussi pire que dans Luisa Miller. En dehors du tableau avec la sorcière et du dernier, les chanteurs sont trop souvent droits, immobiles face à la salle. Je ne sais pas ce qui a pris à une partie du public d'applaudir au dernier tableau quand le rideau s'est ouvert sur la scène du bal masqué. Il y avait là une belle mise en place et une gracieuse chorégraphie qui commençait, mais de là à applaudir alors que l'orchestre joue, cela devient vraiment n'importe quoi ; ce n'est pas comme si le public avait été préparé à une extase collective par une préalable succession de tableaux superbement mis en scène.
2009-04-24 01:23+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Encore un concert à Saint-Roch, cette fois-ci pour écouter des cantates
de Pâques par la Petite Bande. Le programme étant plutôt court, afin
que nous en eussions pour notre argent, le chef Sigiswald Kuijken fit un
discours plutôt long pour introduire les trois cantates au programme,
toutes très belles, en expliquant le contexte liturgique, et déplorer que
cette connaissance se perde en mentionnant un sondage montrant que les
jeunes Allemands ignorent si Noël célèbre la naissance ou la mort du
Christ. Il fit également la digression maintenant habituelle sur le violoncello
da spalla, ou le petit gros-violon
, dont de nombreuses
documents attesteraient que c'était l'instrument qui était utilisé du temps
de Bach et remplacé quelques décennies plus tard par le violoncelle, placé
entre les jambes. Il
expliqua aussi que l'effectif vocal serait réduit à quatre solistes,
conformément à l'usage (ou aux contraintes) de Bach à l'époque.
Il ne mentionna pas les difficultés financières que pourrait rencontrer l'ensemble dans les prochains mois (ceci n'est pas un appel à signer la pétition sus-liée).
Si je vins à ce concert, c'était avant tout parce que la cantate BWV 12 Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen que j'aime beaucoup était au programme. Parce que c'était La Petite Bande, et parce que cela me permet de compléter ma collection de cantates et autres œuvres vocales de Bach entendues en concert, voir chez Bladsurb :
11 12(x2) 22 23 26 36 38 46 55(x2) 56 67 68 82 85 98 101 102 106 127 135 140(x2) 146 159 180 196 199(x2) 207 214 215 225 226 227 228 229 230 232(x4) 235 243(x2) 244(x4) 245(x6) 248(x6) [la cantate 248-5 a réussi à passer entre les gouttes] 249.
Cela fait quarante-deux œuvres.
Le chef avait promis que les deux premières cantates jouées seraient très belles. Elles le furent effectivement. Il s'agissait de Halt im Gedächtnis Jesum Christ (BWV 67) dont j'appréciai particulièrement l'air de basse avec chœur Friede sei mit euch et de Ich bin ein guter Hirt (BWV 85) dont j'aimai notamment le choral Der Herr ist mein getreuer Hirt. Il est inhabituel que dans une cantate, le mouvement que j'apprécie le plus soit un choral ; c'était un choral pour alto (Petra Noskaiová) avec un superbe duo de hautbois (Patrick Beaugiraud et Vinciane Baudhuin). Dans la cantate Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen, tous les mouvements me parurent beaux...
2009-04-23 14:59+0200 (Orsay) — Culture — Lectures
Il y a deux jours, l'UNESCO a annoncé le lancement de la Bibliothèque numérique mondiale.
L'interface est multilingue et ce n'est pas une plaisanterie : les méta-données des documents existent en sept langues. Ceci peut cependant provoquer quelques surprises au moment de l'ouverture des documents.
Je vois néanmoins deux gros défauts. Si on trouve quelques documents
assez exceptionnels, comme une
partition autographe d'un air de Carmen, le nombre de
documents disponibles (1170) est ridicule pour un projet ayant un titre
aussi pompeux, d'autant plus qu'une proportion non négligeable de ces
documents est faite de cartes (par exemple, les huit documents liés au
Pakistan sont des cartes). Je ne vois pas franchement comment ce site
pourrait réduire
la fracture numérique
.
L'autre défaut majeur réside dans l'interface de lecture, qui laisse à désirer. Si certains documents sont téléchargeables en PDF, un certain nombre d'entre eux ne peuvent qu'être visionnés dans l'interface du site et celle-ci n'a manifestement pas été envisagée dans l'optique de permettre à l'utilisateur de lire des livres : par exemple, le réglage du grossissement doit être refait après chaque tournage de page.
Parmi les curiosités trouvées, une carte de l'Inde à l'ère du Mahabharata où les noms sont écrits dans l'alphabet devanagari.
Un peu plus tard, je feuillette La Constitution de l'Inde et
m'aperçois avec surprise qu'elle commence par We, the people
of India, having solemnly resolved to constitute India into a sovereign
democratic republic...
alors, que ma mémoire non-défaillante (photo à l'appui)
me rappelle que cette république est aussi socialist
et
secular
. Surprise. J'ignorai ce fait, mais ces deux
adjectifs ont été ajouté en 1976 lors du quarante-deuxième
amendement. Aujourd'hui, l'adjectif socialiste
est assez
anachronique.
2009-04-14 02:41+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Je reviens d'une représentation de Macbeth à Bastille. Des cinq opéras de Verdi dont j'ai assisté à une représentation, c'est celui que j'ai le moins apprécié. Dans les extraits de lettres du compositeur que contient le programme, on le trouve presque plus préoccupé par la tragédie que par la musique.
Depuis l'avant-dernier rang du deuxième balcon, je n'entends guère Dimitris Tiliakos (Macbeth). J'apprécie davantage Violeta Urmana (Lady Macbeth). Hormis les sorcières sur lesquelles je reviens plus bas, les autres personnages sont secondaires. Par exemple, Stefano Secco (Macduff) ne chantera malheureusement qu'un seul air.
Deux décors sont utilisés. Le premier occupe tout l'espace scénique disponible, contient un réverbère et est entouré d'une douzaine de maisonnettes qui ne diffèrent que par la disposition des fenêtres. C'est dans cet espace que Macbeth et Banco entendent les oracles qui les concernent et qui conduiront Macbeth à commettre plusieurs assassinats pour obtenir la couronne d'Écosse et tenter de s'y maintenir. Dans cette production, le rôle des trois sorcières est chanté par le chœur. En voyant cette première scène, je me suis demandé comment le décorateur aurait envisagé le lieu plus intime de la résidence de Macbeth : je n'imaginais pas la planification de l'assassinat de Duncan dans un aussi grand espace. La transition avec le deuxième décor se fait à la manière d'Hitchcock, revue par Google Earth. Un petit mouvement de souris, on se déplace, on zomme sur la maison de Macbeth, on en fait le tour et on s'approche enfin de la fenêtre du salon. Quand la lumière est faite, le salon occupe la moitié de la largeur de la scène. On espionne chez Macbeth par la fenêtre. On ne surprend pas des amants, mais Lady Macbeth qui commence à avoir des pensées criminelles. D'après le livret, Lady Macbeth lit au début de cette scène la lettre de son mari ; ici, je ne sais pas exactement qui la lit, mais c'était parfaitement inaudible.
Ces interventions de personnages ou d'instruments depuis les coulisses se sont répétées jusqu'à la fin. J'ai trouvé cela dommage, cela donne un peu l'impression qu'on ne savait pas où les mettre, et que par défaut, on les a laissés en coulisses ; si ce procédé n'était pas toujours injustifié, j'ai trouvé qu'il était un peu trop utilisé. L'idée de passer de trois sorcières à un chœur plus volumineux est intéressante, mais ces séquences où tout l'espace de la scène était occupée m'ont déstabilisé : quand un personnage non anonyme intervient, la mise en scène devrait nous le faire ressortir de la masse d'une manière ou d'une autre ; ici, à plusieurs reprises, je ne savais pas trop où regarder pour le voir.
Cela dit, globablement, j'ai plutôt apprécié cette mise en scène et ces décors. Parmi les choses qui m'ont plu : la scène mimée où l'on voit le roi Duncan (peut-être un peu trop méprisant pour ses hôtes), la chanson à boire où Lady Macbeth réalise des tours de magie tandis que Macbeth voit des apparitions. Il y a aussi une surprise que je ne dévoilerai pas ici.
S'il n'y avait la chanson à boire, cet opéra serait uniformément sinistre. Le compositeur ayant décidé d'éviter tout ce qui était dramatiquement superflu, on ne trouve pas moult airs agréables à écouter. Je connaissais mal cet opéra, n'ayant qu'un enregistrement techniquement nul avec la Callas. Je ne sais donc pas à quoi doit ressembler une bonne interprétation de cette œuvre ; toujours est-il que pendant le premier acte, j'ai trouvé le son de l'orchestre assez brouillon. En revanche, le syndrome de l'hydr'avion était parfaitement maîtrisé.
2009-04-09 02:00+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Lectures — Culture indienne
Depuis deux jours, je n'arrive pas à faire sortir de ma tête l'air Je
veux vivre
de Roméo et Juliette (Gounod). Comme il n'y a pas
de raison que cela n'arrive qu'à moi, je vous laisse en exercice de
comparer les interprétations suivantes d'Angela Gheorghiu,
Anna Moffo,
Anne Netrebko,
Natalie Dessay,
Diana Damrau,
Barbara
Hendricks et
Lily Pons.
⁂
Rien à voir, mais chez moi, j'expérimente Firefox avec l'extension Vimperator. Ceci renforce
la cohérence entre les trois principaux logiciels que j'utilise : l'éditeur
de texte vim, le logiciel de
courrier électronique mutt
et le navigateur Web. Et ce n'est pas tout, puisqu'au niveau du window
manager (de dinosaure, puisqu'il s'agit de fvwm), j'ai aussi un raccourci
clavier pour faire apparaître une ligne de commande sur la dernière ligne
de l'écran.
⁂
Je suis passé à la librairie Ambikâ spécialisée sur l'Inde. J'ai réussi à n'acheter que trois livres.
⁂
J'ai passé l'après-midi à travailler à la BnF. En tant que bibliothèque mathématique destinée aux chercheurs, elle est très nettement moins intéressante que les autres bibliothèques mathématiques que j'ai fréquentées en région parisienne (IMJ, ENS, IHP, Orsay) et que les collègues étrangers nous envient, souvent.
⁂
Ce soir, j'ai assisté à ma sixième
Passion selon Saint Jean de J. S. Bach. Les chefs consécutivement
vus depuis 2003 dans la direction de cette œuvre sont Ton Koopman, Andreas
Spering, Sigiswald Kuijken, Emmanuelle
Haïm, Pierre Cao et donc Paul Dombrecht. Il me reste des souvenirs de
la plupart de ces différentes versions. Je me souviens avoir vu Sandrine
Piau et Klaus Mertens dans la première avec Ton Koopman. De la deuxième, je
me souviens d'une erreur dans le livret distribué (c'était le livret d'une
autre version de l'œuvre, le chœur introductif Herr, unser
Herrscher ayant été remplacé par le chœur qui apparaît maintenant à la
fin de la première partie de la Passion selon Saint Matthieu). La troisième
était originale en ce que le chœur y était on ne peut plus réduit (une voix
par pupitre). La quatrième était gâchée par une mise en scène
de
Robert Wilson. Dans la cinquième, Christoph Prégardien était
l'évangéliste.
Cette sixième version est assurément celle que j'ai le plus appréciée.
S'il n'y avait eu un ténor à la limite du soporifique (quel interminable
Erwäge), je serais parfaitement satisfait de ce concert. Mon
confort et mes conditions d'écoute dans l'Église Saint Roch étaient
presqu'idéales. Premier rang, un peu de côté, de la place pour les jambes.
L'estrade où les musiciens se sont installés est dans l'alignement du
transept. Pendant et après que les chanteurs ont fini de chanter, la
réverbération prolonge de son et engendre des effets saisissants, notamment
avant la partie da capo du chœur introductif où le chœur de la
radio flamande et l'orchestre Il Fondamento se sont arrêtés un
temps inhabuellement long avant de reprendre. Cela a contribué à la
solennité de la représentation, à laquelle concourait aussi le caractère
défendu des applaudissement pendant la semaine sainte et le long silence
qui suivit l'air Es ist vollbracht et les mots de l'évangéliste
Et inclinant la tête, il rendit l'âme.
.
La disposition du chœur était inhabituelle : de gauche à droite (de mon point de vue), les sopranos, les ténors, les basses, les altos (STBA), alors que la dispositions SATB est plus courante. Dans les chœurs où les différents pupitres commencent à chanter successivement, dans l'ordre basses, ténors, altos, sopranos (BTAS), comme dans le très joli Lasset uns den nicht zerteilen, sondern darum losen, wess' er sein soll, c'est un peu bizarre à suivre.
Je commence à bien connaître cette œuvre. Mon allemand biblique ne s'est pas trop perdu ; je n'avais pas de mal à suivre ce qui se passait. En dehors du Erwäge, je n'ai pas du tout eu le temps de m'ennuyer ; il s'est écoulé très vite. J'ai apprécié comme je ne l'avais éprouvé avant l'air pour alto Von der Stricken de la première partie où se répondent deux hautbois, alors que, outre la voix de la soprano, Ich folge dir gleichfalls laissent apprécier le son des flûtes.
Bref, je ne regrette pas du tout de m'être abonné cette année aux Concerts parisiens ― Philippe Maillard, dont la programmation fait une grande part à la musique baroque.
2009-04-05 11:06+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Théâtre — Lectures
Dans une entrée précédente, je discutais de mes impressions au sujet d'une retransmission d'une représentation de La Sonnambula, opéra de Bellini, et d'une perplexité qui avait refait surface à propos des liens familiaux supposés ou non entre Amina et le Comte Rodolfo. Entretemps, j'ai retrouvé ce que je cherchais dans les textes d'introduction de la production dont j'ai un enregistrement (Evelino Pidò, Opéra national de Lyon, avec Natalie Dessay, 2007) : la mention du fait qu'Amina était la fille naturelle de Rodolfo se serait trouvée dans une version préliminaire du livret de l'opéra.
Après avoir lu sur Gallica le texte du
ballet de Scribe et Aumer, je suis allé hier à la BnF pour consulter
d'autres sources littéraires. Ce fut l'occasion d'utiliser pour la première
fois un lecteur de microfiches ; un livre tient sur une ou plusieurs fiches
(mesurant environ 10 × 15 cm²) que l'on projète sur un écran ; c'est assez
confortable à lire, en blanc sur fond noir. J'ai ainsi lu d'une part une
analyse
du ballet par un certain M. H. (de moindre qualité que le
texte de Scribe et Aumer qui décrivait succintement chaque scène) et
d'autre part le texte de la pièce de Scribe et Delavigne dont le ballet est
inspiré (il est à noter que la pièce contenait des passages chantés). Voici
un tableau récapitulatif des correspondances :
| Titre | La Somnambule | La Somnambule ou l'Arrivée d'un nouveau seigneur | La Sonnambula |
| Genre | Comédie-vaudeville | Ballet-pantomime | Opéra |
| Auteurs | Eugène Scribe et Germain Delavigne | Eugène Scribe et Jean-Pierre Aumer, musique de M. Hérold | Felice Romani, musique de Vincenzo Bellini |
| Création | 1819, Théâtre du Vaudeville, Paris | 1827, Opéra de Paris | 1831, Teatro Carcano, Milan |
| Lieu de l'action | (Non précisé) | En Provence, dans l'île de la Camargue, auprès d'Arles | Un village suisse |
| La Somnambule | Cécile | Thérèse | Amina |
| Son parent | M. Dormeuil, son père | Mme Michaud, meunière, sa mère adoptive | Teresa, meunière, sa mère adoptive |
| Son fiancé | Frédéric de Luzy | Edmond | Elvino |
| L'étranger | Gustave de Mauleon | M. Saint-Rambert | Le comte Rodolfo |
| L'aubergiste | ― (Mauleon est logé dans le pavillon de Dormeuil) | Mme Gertrude | Lisa |
(Je renonce à comprendre la logique des changements de noms d'une œuvre à l'autre, et aussi l'helvétotropisme.)
L'intrigue de l'opéra est presqu'identique à celle du ballet, mais elle diffère de façon très-significative de celle de la pièce. Dans le ballet et l'opéra, un mariage se prépare entre une jeune fille dont on découvrira qu'elle souffre de somnambulisme et un jeune homme. Le contrat de mariage est signé ; la cérémonie religieuse est prévue pour le lendemain. Un étranger arrive au village où il a l'intention de passer la nuit avant de continuer sa route. Il rejoint la chambre qu'il a louée. Il flirte avec l'aubergiste qui laisse tomber son fichu et s'enfuit quand elle entend des bruits de pas. La somnambule rejoint l'étranger qu'elle prend pour son futur mari, ce qui trouble bien sûr l'étranger. La somnambule finit par s'endormir dans sa chambre. Pendant ce temps, au village, on a découvert que l'étranger était en fait le nouveau seigneur et on vient à son réveil lui manifester un joyeux accueil digne de son rang. Le scandale éclate quand on trouve la mariée dans sa chambre. L'étranger défend sa vertu en expliquant qu'elle souffre de somnambulisme. À d'autres. Son fiancé refuse de se marier avec elle et pour se venger, décide aussitôt d'épouser l'aubergiste (qui a un faible pour lui). Alors que la cérémonie se prépare, la mère de la somnambule intervient en brandissant le fichu de l'aubergiste qu'elle avait trouvé dans la chambre de l'étranger. Nouvel émoi, vite surpassé par l'arrivée de la jeune fille en état de somnambulisme. Elle se lamente sur son sort, clame son innocence et pourtant souhaite le bonheur à son ex-futur mari. Ce dernier est ému et quand elle se réveille, il lui dit qu'elle ne rêve pas et qu'elle est bien en train de voir son époux.
Dans la pièce, le personnage de l'aubergiste n'existe pas. Mauleon est hébergé dans un pavillon par Dormeuil. Mauleon est un ancien ami de Frédéric et un ancien prétendant à la main de Cécile. Elle avait refusé sa proposition le lendemain d'un bal où il avait passé la soirée à danser avec une autre ; pourtant ces deux-là s'aimaient sincèrement. Par dépit, elle avait accepté la demande en mariage de Frédéric. Quand elle voit Mauleon débarquer le jour de son mariage (il est là par hasard), elle est troublée. Quand elle le rejoint dans le pavillon en état de somnambulisme, elle semble essayer de dialoguer avec lui et d'apaiser sa conscience à propos du malentendu qui conduisit à ce qu'elle repoussât sa proposition ; bref, elle l'aime et regrette de n'avoir alors pas accepté.
Quand Frédéric entre dans le pavillon au matin, Mauleon essaie d'éviter qu'il ne regarde de l'autre côté du paravent où Cécile s'est endormie. Quand cela se produit enfin, elle a disparu : il ne reste plus que son schall. [...] La deuxième scène de somnambulisme dévoile l'amour de Cécile pour Mauleon. Frédéric, qui a déjà vu quatre de ses projets de mariage échouer, renonce à épouser Cécile et la donne en mariage à son ami. (On peut noter que dans le ballet, une renonciation hétérologue est exprimée par Mme Gertrude qui laisse Edmond épouser Thérèse ; dans l'opéra, Lisa se fait tout simplement oublier.)
Faire de Rodolfo le père d'Amina semblait être une bonne idée, puisque, de même que la passion liant Cécile à Mauleon expliquait que ses rêves et donc son somnambulisme la fît tendre vers lui, cette filiation rendait plausible qu'elle fût attirée vers lui. Cela eût aussi été cohérent avec la nostalgie qu'exprime Rodolfo dans la première scène. Cela dit, on imagine mal comment insérer cette révélation à la fin de l'opéra sans casser l'ambiance et tomber dans le ridicule qu'évoque Beaumarchais en imaginant comment écrire un Barbier de Séville qui plût à la critique :
Ce Figaro, qui pour toute famille avait jadis connu sa mère, est fils naturel de Bartholo. Le médecin, dans sa jeunesse, eut cet enfant d'une personne en condition, que les suites de son imprudence firent passer du service au plus affreux abandon.
Mais avant de le quitter, le désolé Bartholo, Frater alors, a fait rougir sa spatule ; il en a timbré son fils à l'occiput, pour le reconnaître un jour, si jamais le sort les rassemble. [...]
À l'instant, la plus touchante reconnaissance a lieu entre le médecin, la vieille et Figaro : C'est vous ! c'est lui ! c'est toi ! c'est moi ! Quel coup de théâtre.
Dans le genre, Palpatine avait relevé le ridicule des retrouvailles entre Idomeneo et Idamante dans Idomeneo de Mozart.
2009-04-03 01:07+0200 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne
Aujourd'hui, j'ai réussi à entrer dans une librairie sans y acheter de livres. Entre les livres de la sélection du Prix Biblioblog et deux livres injustement délaissés depuis quelques jours (Le docteur Jivago et Mythe et épopée II), j'ai de la lecture pour un petit moment, sans compter la plus que centaine d'autres livres qui traînent dans ma bibliothèque (les livres rangés à l'horizontale ayant été considérés à un moment donné par moi comme étant à lire en priorité).
Bref, quand je suis allé en fin d'après-midi à la Fnac Saint-Lazare pour écouter Jean-Claude Carrière parler de son dernier livre, Dictionnaire amoureux du Mexique, chez Plon (merci Gilda pour le tuyau), il a bien fallu que je passe par l'étage consacré aux livres.
Dans la partie Asie/Inde, un livre chez Connaissance de l'Orient, La cité d'or et autres contes est écarté parce qu'il s'agit d'un recueil de contes issus du Kathāsaritsāgara de Somadeva dont j'ai récemment acquis une traduction intégrale (Océan des rivières de contes, Pléiade).
Un autre livre a attiré mon attention : Golden Gate de Vikram Seth (Grasset & Fasquelle), traduction du roman en vers intitulé The Golden Gate de Vikram Seth, dont je possède déjà, depuis au moins un an, un exemplaire, en anglais. Le livre ayant paru en anglais en 1986, je pensais qu'il n'y avait plus aucun chance qu'il soit traduit en français. Pourtant, cela s'est réalisé, plus de vingt ans après la première parution. Cela m'était déjà arrivé avec Le Palais des illusions de Chitra Banerjee Divakaruni. Je vais donc probablement faire passer ce livre dans la liste de ceux à lire en priorité.
Avec le légendaire Vālmīki, Vikram Seth est l'auteur indien que je préfère. J'ai écrit sur le Biblioblog mes impressions de lecture sur plusieurs de ses livres : Deux vies, Le lac du Ciel, Voyage du Sin-K'iang au Tibet, Un garçon convenable, Arion and the Dolphin. J'ai découvert récemment l'existence de l'émission de radio World Book Club de la BBC. Vikram Seth a été invité dans cette émision pour discuter de son livre le plus fameux : A suitable boy. Les archives de ce World Book Club sont accessibles en ligne.
2009-03-29 12:05+0200 (Orsay) — Culture — Lectures
La sélection de la troisième édition du Prix Biblioblog vient d'être annoncée :
Comme les années précédentes, nous avons essayé de mettre en valeur des romans qui n'ont pas été très médiatisés.
2009-03-26 08:31+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse
Je suis allé hier soir pour la première fois à l'Opéra Comique. Le
théâtre est de dimension relativement modeste par rapport à pas mal
d'autres salles parisiennes. Les toilettes sont appelées lavabos
et
sont mixtes, ce qui ne laisse d'étonner (depuis l'École normale, je n'ai
pas souvenir d'avoir vu d'autre lieu où ce soit le cas) ; robinets
malpratiques (oui, je sais, ce mot n'existe pas, mais depuis que j'ai vu
le Figaro qualifier les personnalités issues de l'Outremer
d'ultramarines
, je ne crains plus rien ; dit-on que les Américains
sont ultra-atlantiques
? je dois confondre avec
ultra-atlantistes
).
Je m'installe à ma place. Troisième et dernier rang de trois quarts du deuxième balcon. Malgré les têtes des deux rangs précédents, l'ensemble de la scène est dans mon champ de vision. Je n'ai qu'une vue partielle sur Les Talens lyriques et il me faut me lever pour apercevoir le chef Christophe Rousset qui va diriger Zoroastre (seconde version) de Jean-Philippe Rameau.
L'opéra compte quatre personnages principaux : Zoroastre (ténor), Amélite (soprano) qui s'aiment, mais qui sont menacés par l'alliance des deux amoureux déçus Abramane (baryton) et Érinice (soprano). Les deux camps font usage de la magie et de pouvoirs divins pour contrer les attaques de l'autre. Happy ending. La divinité invoquée par Zoroastre anéantit ses adversaires aux pratiques sacrificielles.
On apprend dans le programme (élégamment mis en page, avec seulement
trois pages de pub'), on apprend que Zarathushtra
ne doit pas être
traduit en étoile d'or
(comme le fait penser Zoroastre
, qui
est une francisation du nom grec), mais en celui qui a de vieux
chameaux
.
Les chanteurs, nonobstant l'origine scandinave de la plupart, donnent l'impression d'avoir parlé français toute leur vie tant la diction est correcte et le texte ainsi rendu intelligible, les sur-titres sont presqu'inutiles. Comme toujours avec Rameau, la musique est très belle et on a plaisir à écouter l'orchestre.
J'ai beaucoup apprécié la mise en scène de Pierre Audi, à laquelle la chorégraphie des parties dansées concourt harmonieusement. On l'apprécie d'autant plus que le décor est très dépouillé, à tel point que dans le dernier acte, le théâtre est nu, on se serait cru dans un film de Lars von Trier.
Ayant commencé à 20h et entrecoupée de deux entr'actes, la représentation de cet opéra en cinq actes se termine à 23h30 ; avec le RER A et la correspondance triviale à Châtelet pour le RER B, je suis chez moi à peine une heure plus tard.
Une diffusion en direct est prévue sur Radio classique le 27 mars.
2009-03-24 00:27+0100 (Orsay) — Culture — Danse — Théâtre — Cinéma — Culture indienne
On n'imagine pas toujours les pépites que l'on peut découvrir parfois en cliquant sur le bouton Play dans Dailymotion.
Docteure, chevalière des arts et des lettres, danseuse de kuchipudi et de bharata-natyam, bouleversante Draupadi dans The Mahabharata de Peter Brook (version longue !), directrice de la Darpana Academy of Performing Arts qui créa Phèdre de Racine en hindi, combattante de la cause des femmes indiennes, opposante au controversé chief ministrer du Gujarat Narendra Modi, divorcée, athée, visiblement passionnée par tout ce qu'elle entreprend, Mallika Sarabhai est impossible à résumer.
Quelques vidéos :
2009-03-23 19:51+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Quand je lis ça, je me dis qu'il sera difficile de résister à l'envie de prendre un abonnement pantagruélique à l'Opéra de Paris l'an prochain...
2009-03-22 01:44+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
J'étais en fin d'après-midi à la Géode pour assister en direct (ou plutôt en léger différé) du Metropolitan Opera (New-York) à une représentation de l'opéra La Sonnambula de Bellini.
Si c'était à refaire, je choisirais peut-être un cinéma ayant un écran plat, plutôt qu'un écran sphérique. La liste des cinémas français participant à ces retransmissions en direct est trouvable sur le site de CielÉcran ; le prochain opéra ainsi diffusé sera La Cenerentola de Rossini, le 9 mai ; la programmation de l'année prochaine contient quelques opéras qui promettent (Les Contes d'Offmann (sic) avec Villazón, Netrebko notamment, Hamlet avec Natalie Dessay, Simon Keenlyside).
20€, c'est bien plus cher qu'une place de cinéma. Pour ce prix-là, on peut aussi aller à l'opéra de Paris, mais il faut s'être levé tôt, pas pour aller travailler, mais pour aller faire la queue. Bref, a priori, c'est peut-être un tantinet cher.
La mise en scène de Mary Zimmermann est une mise en abyme. Le décor est celui d'une salle de répétition où on prépare une représentation de La Sonnambula. Natalie Dessay (Amina) descend les marches pour entrer sur le parquet dans un costume de star et se fait habiller. Après que la scène des fiançailles avec Juan Diego Flórez (Elvino) a été répétée, les chanteurs se mettent à l'écart du reste de la troupe et un duo d'amour lie les deux chanteurs, qui ne sont plus les Amina et Elvino de l'opéra mis en abyme. Le principe de cette mise en scène marche très bien pendant l'essentiel du premier acte. Cela se gâte à la fin de cet acte et pendant le deuxième, puisqu'on ne peut plus alors dire qu'il y ait deux histoires imbriquées l'une dans l'autre, mais seulement l'opéra de Bellini, joué dans des costumes et un décor new-yorkais plutôt que tyroliens.
La manière de filmer privilégie les gros plans sur les chanteurs, de préférence en contre-plongée depuis une caméra mouvante. Jamais sur une scène d'opéra, on ne verra les chanteurs en si grand. Même depuis les tous premiers rangs, ce n'est pas si impressionnant. Un gros couac dans la réalisation quand la caméra s'attarde interminablement sur la mère d'Amina (Jane Bunnell) alors qu'il faudrait nous montrer Lisa (la très dynamique Jennifer Black), qui ne sourit plus après que sa duplicité a été mise au jour.
Si on aime écouter de belles voix, cet opéra est un pur plaisir. Celle qui a le plus d'occasions de se mettre en valeur est celle du personnage d'Elvino, élégamment interprété par Juan Diego Flórez, qui livre prouesses sur prouesses vocales. Il occupe le devant de la scène pendant la quasi-totalité de l'opéra. De très beaux duos avec Natalie Dessay. Cependant, il faudra attendre les tout derniers numéros de l'opéra pour entendre son talent s'exprimer pleinement.
Elvino voudrait qu'on lui prouve qu'Amina ne l'a pas trompé avec le Comte Rodolfo. Amina entre sur scène. Somnambule, elle est inconsciente de la présence des autres. Elle chante son amour pour Elvino. Pendant le superbe air Ah ! no credea mirarti, une bande de parquet s'est avancée au-dessus de la fosse avec Natalie Dessay dessus ; comme cet air est plus émouvant sur scène qu'au disque ! Quand elle se réveille, Elvino, qui s'était détourné d'elle, se présente à elle en se déclarant son époux. Le chœur a revêtu des costumes tyroliens. Le ballet de l'opéra réalise des mouvements de danse de circonstance. On habille rapidement Amina et Elvino conformément au nouveau dressing code ; Amina peut se réjouir et faire partager sa joie avec l'air Ah ! non giunge uman pensiero.
Il me semblait que l'on découvrait à la fin de l'opéra que Rodolfo était le père d'Amina, ce qui expliquait qu'elle fût attirée vers lui pendant sa crise de somnambulisme. Pour essayer de trouver une explication, je suis allé lire le texte du ballet-pantomime de Scribe et Aumer intitulé La Somnambule ou l'arrivée d'un nouveau seigneur sur Gallica. Rien. Rodolfo (Saint-Rambet) est trop jeune pour avoir eu une fille en âge de se marier. J'avais probablement lu cette explication dans le texte d'introduction à l'opéra dans le coffret de CD de l'enregistrement que j'en possède.
2009-03-19 18:08+0100 (Orsay) — Culture — Culture indienne
Épisodes précédents : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9.
Au cours des trois dernières soirées, j'ai visionné la version longue du
film (au format 4:3) de Peter Brook, adapté de la triple pièce écrite par
Jean-Claude Carrière, elle-même adaptée du Mahabharata, qui selon
la dédicace que m'a écrite l'auteur, se dit
.le plus grand poème du
monde
À voir...
Mon avis sur la version de trois heures n'a pas été évolué trois ans après le premier visionnage. Je faisais prémonitoirement une recommandation inconditionnelle de la version longue. Le moins que je puisse en dire est que je n'ai pas été déçu. Mes avides attentes ont été réalisées et bien davantage.
Le double DVD (~20€) contient en fait trois films, chacun d'environ deux heures. Les trois films portent des titres identiques à ceux des trois pièces constituant la version théâtrale : La partie de dés, L'exil dans la forêt, La guerre. Le découpage n'est toutefois pas exactement le même puisque la Bhagavad-Gita intervient à la fin du deuxième film et non au début du troisième. Les DVD sont en anglais uniquement, avec des sous-titres anglophones pour malentendants.
Cette version contient de nombreux épisodes qui avaient été coupés pour la version de trois heures. D'autres qui avaient été raccourcis sont plus développés. Vu l'enthousiasme que m'inspire la version longue, je me demande vraiment pourquoi il fut décidé de faire une version courte, tant cette dernière me semble difficile à apprécier par ceux qui ne connaissent pas déjà le poème. Ceci dit, un film de six heures, c'est plus difficile à sortir en salles.
Parmi tous les personnages qui pouvaient paraître mineurs dans la version courte, celui qui retrouve de façon la plus éclatante la place qu'il mérite est celui de Draupadi, l'épouse commune des cinq Pandava, interprétée par Mallika Sarabhai, l'unique interprète d'un rôle principal à être de nationalité indienne dans ce film aux comédiens aux origines les plus diverses. Le climax est atteint à la fin du premier film, dans la scène où Draupadi, perdue aux dés par Yudhishthira, est traînée de force dans la salle du jeu de dés. (Si vous voyez pas de quoi je parle, je rappelle que j'ai écrit un résumé de l'épopée pour le Biblioblog.) Le seul grief que je pourrais faire à propos de la première partie est qu'elle ne montre pas le svayamvar de Draupadi et en particulier l'humiliation qu'elle inflige à Karna quand elle affirme qu'elle n'épousera pas le fils d'un cocher. Cela dit, comme Karna vient déjà d'être humilié pour la même raison lors d'un tournoi où il voulait défier Arjuna, cela aurait peut-être fait doublon ; et puis, cela aurait éventé la surprise qui attend le spectateur dans la scène qui suit...
Le deuxième film me paraît le moins réussi des trois. Il raconte l'exil
dans la forêt après la partie de dés, la révolte de Draupadi, la naissance
du fils rakshasa de Bhima (qui intervient à un autre moment dans le poème,
mais qui s'insère très bien ici), la quête que mène Arjuna pour obtenir des
armes divines, celle de Karna auprès de Parashurama (Rama à la hache), la
rencontre mortelle avec Dharma, l'année passée incognito à la cour du roi
Virata et enfin, les préparatifs de la guerre. La Bhagavad-Gita apparaît
curieusement à la fin de ce deuxième film. Pour certains de ces épisodes,
les passages correspondants de la pièce de théâtre étaient plus développés.
Dans les trois films, le narrateur Vyasa intervient souvent pour raconter
quelques épisodes, parfois les personnages s'en chargent eux-mêmes, en
parlant d'eux-mêmes à la troisième personne (cela paraît curieux, mais
c'est une bonne manière d'adapter la confusion qui règne tout au long du
poème sur le statut du narrateur). Vyasa, disais-je, intervient souvent.
Pendant leur exil, il suggère aux Pandava de rencontrer des sages. Cet
aspect de leur exil fait tout l'intérêt du troisième livre du Mahabharata ;
j'ai trouvé dommage qu'on ne nous les montre pas en train d'écouter une
légende racontée par un de ces sages. Ce qui m'a davantage troublé est
l'épisode évoquant l'année passée à la cour du roi Virata. L'art est
difficile... La façon dont la première scène de cet épisode est filmée et
mise en scène est pourtant remarquable. Je n'ai pas visiblement pas
ressenti de la même manière que les scénaristes l'ambiance qui régnait au
palais. J'imaginais les cinq Pandava et Draupadi vivant séparément, chacun
étant très isolé. Ici, on a l'impression, sinon qu'ils restent en contact,
au moins qu'ils sont heureux. Je n'ai pas très bien compris pourquoi les
jumeaux ont d'autres métiers que dans le poème, cela dit, comme ces
personnages sont très mineurs, il n'y a pas de mal à les modifier un peu et
le choix du métier de chacun n'est trop discordant par rapport à la
fonction
qui est la leur. La façon de montrer Arjuna ayant perdu sa
vilité manque de subtilité.
Le troisième film raconte la guerre, sans prendre autant de raccourcis que le faisait la version courte. Une bonne partie des épisodes principaux de la guerre sont traités. On retrouve ainsi le personnage d'Amba dont l'amour destructeur pour Bhishma entrevu dans le premier film réapparaît alors qu'elle s'est réincarnée en Shikhandin, un homme, pour le tuer. On y voit aussi la mort d'Abhimanyu, fils d'Arjuna, pris au piège dans le disque constitué par l'armée de Drona. La mort de ce dernier est aussi très détaillée, à une curiosité près : à ce moment de la guerre, Drona est censé être un guerrier très menaçant, capable de tuer des millions d'ennemis, mais on le découvre dans son camp, très sage, occupé à aiguiser une arme. La scène la plus dévastatrice du poème, l'holocauste du camp des Pandava, n'est évoquée qu'oralement, par Ashvatthaman, le responsable de ce massacre, qui vient en rendre compte à Duryodhana qui s'en réjouit avant d'expirer. Après la guerre, on suit les personnages jusqu'à leur montée au ciel.
Je ne saurais expliquer pourquoi, mais j'ai l'impression que Krishna paraît plus sombre que dans la version courte. Bien que la plupart de ses apparitions à l'écran soient illustrées par le son d'une flûte (que la tradition ultérieure au poème associe au jeune Krishna enchanteur), pendant la guerre, on le voit constamment suggérer des entorses aux règles : il envoie le fils de Bhima au casse-pipe et se réjouit de sa mort, il demande à Bhima de frapper Duryodhana à la cuisse, etc.
Les dialogues et monologues du film sont, comme ceux de la pièce,
irréprochables. On n'y trouvera jamais quelque bavardage inutile. Toutes
les phrases ont un sens, conforme à l'idée qu'il convient de se faire des
personnages. Le respect de la tradition littéraire indienne est évident.
Cela s'applique même aux scènes qui n'existent pas dans l'épopée, puisqu'on
se laisse volontiers tromper
. Un exemple frappant, illustrant le
caractère universel de la divinité de Krishna, est celui où Ganesha enlève
son masque à tête d'éléphant : qui donc se cachait derrière cette apparence
illusoire ? Krishna, bien sûr !
Contrairement à la version courte, je pense que ces trois films sont accessibles à ceux qui ne connaissant pas déjà le poème. Les critiques que je me hasarde à faire sont noyées dans l'océan de leurs qualités. Je pense que voir la pièce devait être encore plus intéressant que voir le film, mais vingt ans après, il est bien trop tard...
2009-03-15 19:10+0100 (Orsay) — Culture — Théâtre
Je reviens du Théâtre de la Ville où avait aujourd'hui lieu une représentation de Casimir et Caroline de Ödön von Horváth, mis en scène par le nouveau directeur du théâtre, Emmanuel Demarcy-Mota, avec de très bons comédiens, parmi lesquels Sylvie Testud et Thomas Durand qui occupent les deux premiers rôles mentionnés dans le titre de la pièce.
La pièce se passe pendant la crise des années 1930, en pleine Fête de la
Bière. Une bande de jeunes
regarde un Zeppelin chargé de riches dans
le ciel. On danse, on joue au toboggan, on boit de la bière, on regarde des
objets de foire, on chante, plutôt bien d'ailleurs (notamment la
Barcarolle des Contes d'Hoffmann, dans un mélange
d'allemand et de français). Le vieux tailleur désabusé Eugène Schurzinger
(Hugues Quester) apparaît comme un oiseau de mauvais augure, déclarant que
dans un homme, les femmes ne voient qu'une bonne ou une mauvaise situation.
Casimir et Caroline forment un couple, qui se délite alors que Casimir perd
son emploi de chauffeur. Schurzinger offrirait bien une glace à Caroline,
mais elle veut faire un tour de montagnes russes. Ces dernières sont
figurées par la projections d'une vidéo en noir et blanc, alors que Caroline
est en haut du décor métallique, mi-échafaudage, mi-grillage.
En dehors de la bande de jeunes et de Schurzinger, deux hommes d'un plus haut niveau social courtisent Caroline, qui, libérée de Casimir, se laisse tenter. De son côté, Casimir doit choisir entre la faim et les larcins, personnifiés par Franz le Merkl. Entre ces deux hommes, Erna, remarquablement bien interprétée par Sarah Barbasnikoff, hésite.
J'ai apprécié ce spectacle qui mêle différents genres. Le travail de
mise en scène paraît impressionnant. On trouve presque en permanence plus
d'une dizaine de comédiens sur scène, participant aux festivités, déplaçant
les éléments de décor, projetant un film, dansant ou goûtant une glace,
tandis que le texte passe de la bouche d'un personnage à un autre, sans
temps mort. Ce curieux désordre est ainsi décrit dans le programme :
Comme des atomes identiques agités de mouvements browniens forment des
combinaisons moléculaires différenciées, ainsi se compose un Monde dont le
sens universel échappe, même si localement, les choses s'expliquent un tant
soit peu. Est-ce au spectateur de faire lui-même son montage ? Peut-être,
mais un mystère demeurera au fond des êtres.
2009-03-15 00:49+0100 (Orsay) — Culture — Musique
En janvier, je m'étais retrouvé transitoirement dans la situation où j'avais déjà écouté au moins une fois tous les disques de ma collection. J'envisageais alors quelques achats, qu'il n'y avait pas lieu de précipiter puisque j'allais partir pour un mois en Inde.
Après réception de mes dernières commandes (notamment une semi-intégrale Haydn), je m'aperçois que mes fichiers musicaux (issus de ma collection de CD et de quelques autres enregistrements, pour la plupart issus de DVD d'opéras) viennent de franchir la barre des mille heures.
Bref, j'ai maintenant environ cent cinquante heures de musique nouvelle en réserve.
2009-03-14 21:44+0100 (Orsay) — Culture — Culture indienne — Mathématiques
J'ai eu connaissance il y a quelques jours d'une démonstration assez impressionnante de l'équipe de recherche LEAR, dépendant de l'INRIA Rhônes-Alpes et du laboratoire Jean Kuntzmann (Grenoble). L'application de démonstration, Bigimpaz, est utilisable depuis un navigateur Web. En entrée, on choisit une photographie. L'application affiche en sortie les photographies similaires prises dans une base de dix millions de photographies. Cela fonctionne très bien avec certains monuments célèbres : si on choisit une photographie de la Tour Eiffel, du Sacré-Cœur ou du Taj Mahal, on voit paraître de nombreuses autres photographies de ces monuments, eventuellement sous des angles et avec des luminosités différentes.
Tout irait bien si je n'avais pas tenté de regarder ce que renvoyait l'application pour la photographie suivante, prise le 21 août 2007 :
Il s'agit d'une photographie de la sculpture géante de Shiva qui se trouve à Baroda (Gujarat). Le problème, c'est que l'application de démonstration sus-mentionnée fait apparaître une photographie d'une statue en tous points semblable à la première :
(Adresse originale de l'image : http://bigimbaz.inrialpes.fr/data/megabaz/1024x768/579/85df1decdf2bba114bde80d6d2e99.jpg.
Je ne connais pas le détenteur des droits sur cette photographie. Il est
donc évident que je l'utilise ici sans son accord. Il va de soi que s'il
demandait à ce que je l'enlève, je le ferais ; mais j'espère qu'il
consentirait à répondre à la question qui suit.)
Où se trouve cette statue ?
D'après les données EXIF, la photographie aurait été prise en mars 2007, quelques mois avant que je ne prenne la mienne. Il est donc très peu vraisemblable que les deux photographies soient celles d'un unique exemplaire, qui aurait été déplacé d'un endroit à un autre, en l'occurrence à Baroda. Bref, tel les Statues de la Liberté dont de nombreux exemplaires existent (le concept est même breveté), Shiva portant le trident ne serait pas unique. Je suis preneur de toute aide pour éclaicir ce mystère.
PS (15 février) : Grâce au mail et au commentaire de PB, je connais maintenant la réponse. La statue se trouve à Grand Bassin, à l'île Maurice. Elle aurait été inaugurée assez récemment, en 2007.
2009-03-14 20:31+0100 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne
Je suis allé aujourd'hui au salon du livre 2009. Le site Internet du
Salon est complètement buggé. Je suppose que c'est fait exprès, pour forcer
les gens à acheter un hebdomadaire partenaire pour pouvoir consulter dans
des conditions acceptables la liste des dédicaces. Il serait pourtant
tellement facile de mettre en ligne cette liste dans un fichier PDF, voire
dans un fichier texte. La boutique ne marche pas mieux puisqu'après que
j'eus commandé une entrée plein tarif, le billet que j'imprimai
comportait la mention Auteur en dédicace
. Je me suis donc fait jeter
à l'entrée grand public
. Mon code-barre ne passait pas non plus du
côté de l'entrée des auteurs, mais sans discuter, on m'a émis un badge
Joeol (sic) Riou, auteur en dédicace
et donné un
hideux cahier rose.
Année après année, la visite au Salon se révèle de plus en plus éprouvante, physiquement. Je ne pourrais pas faire ça plusieurs jours de suite. Les allées sont toujours trop étroites, surtout quand les Bernard Werber, les Amélie Nothomb, les Olivier Adam font des dédicaces. L'année dernière, c'était Daniela Lumbroso...
Sans avoir pris rendez-vous avec elles, j'étais sûr de tomber sur Laurence et Douja du Biblioblog au stand Actes Sud à 14h quand Lyonel Trouillot devait venir dédicacer ses livres. Il était en retard, personne n'avait l'air de savoir où il pouvait se trouver. Après avoir reçu une promesse de nous faire appeler au téléphone quand il arriverait, nous nous sommes retrouvés du côté des éditions de l'atelier in-8 où j'avais déjà pris deux courts textes. À 15h30, je reviens avec Douja du côté d'Actes Sud pour une autre dédicace, trop pleine de monde, à laquelle nous renonçons donc. Mais, qui apercevons-nous ? Lyonel Trouillot, qui s'en va, mais qui promet de revenir dans dix minutes. Pendant ce temps, l'équipe des rédacteurs du Biblioblog se reconstitue. Nous sommes quatre, puisque nous ont rejoints Laurence, Yohan et sa moitié. Quand Lyonel Trouillot arrive, il trouve un coin de table pour nous dédicacer des livres et une discussion enrichissante peut commencer.
J'abandonne les autres pour rejoindre Plon, où Jean-Claude Carrière me dédicace la réédition de Le Mahabharata, récit théâtral chez Albin Michel. J'avais déjà lu à la BnF le texte de cette pièce de théâtre en trois parties, publiée en 1985 par le Centre international des créations théâtrales (bref, le théâtre des Bouffes du Nord dirigé Peter Brook), mais je voulais un exemplaire pour ma bibliothèque. J'ai ensuite fait le tour d'un pâté de stands pour me rendre compte que Jean Teulé était juste en face pour dédicacer Le Montespan. Il prend le temps de faire un dessin, mais c'est apparemment le même pour tout le monde. Plus tard, je verrai Raharimanana pour Madagascar, 1947. Le livre qu'il dédicace contient du texte en français et en malgache. Le club Confusion est complice de l'éditeur Vents d'ailleurs puisque le livre est vendu en deux versions. Bref, je passe quelques minutes à parcourir le livre, pour essayer de voir si les passages en malgache sont bien des traductions des textes en français (à moins que ce ne soit l'inversion, peu m'importe). J'ai déjà conclu que cela semble bien être le cas quand l'auteur vient à ma rescousse et m'explique qu'entre les deux versions du livre vendues, seules diffèrent les couvertures. J'achète son dernier roman chez Philippe Rey un peu plus loin. La dernière dédicace à laquelle je vais est encore chez Actes Sud puisqu'il s'agit de Jeanne Benameur.
Voilà la liste de mes achats :
Cela ne fait que deux livres ayant un rapport avec l'Inde. Il faut bien dire que le stand Z64 où devait prendre place un éditeur indien était tristement inoccupé, et que de chez Picquier, j'ai déjà presque tous les livres qui m'intéressent.
Nombre PAL : 117.
2009-03-07 01:45+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Ah, donc, vous voulez voir Villazón ?
Voilà ce que me demandait
au téléphone un employé de l'Opéra de Paris au moment de finaliser mon
abonnement. Je répondis par l'affirmative et au lieu de la raisonnable
sixième catégorie, je dus donc me résoudre à prendre une onéreuse place en
quatrième catégorie.
L'opéra de Massenet est une adaptation du roman épistolaire Les Souffrances du jeune Werther de Goethe. Ce roman est dans ma bibliothèque depuis plusieurs mois, mais je n'ai pas encore pris le temps de le lire.
J'ai trouvée que la mise en scène de Jürgen Rose était très réussie. En
particulier, j'ai apprécié l'idée permettant d'évoquer avec le plus
d'acuité le tourment du héros et sa solitude. En effet, même quand il ne
prend pas part à la scène, il reste assis à sa table de travail, qui est
fixée sur un rocher situé au milieu du décor qui tourne, au sens propre,
autour de lui. J'ai un peu plus modérément aimé le fait de recouvrir le
décor de fragments de lettres, mais pourquoi pas. Quelques curiosités :
même au plus fort de ses face-à-face avec Charlotte, Werther, debout,
continue à écrire dans ses carnets ; quand Charlotte s'exclame
Werther
en se rendant compte de sa présence, elle lui tourne le
dos !
Suivant les dates, deux versions de l'œuvre sont présentées. Dans la version pour baryton, c'est Ludovic Tézier qui joue Werther ; c'est d'ailleurs ce qui est arrivé pour la première où Rolando Villazón s'est fait remplacer. Dans la version originale pour ténor, Werther est joué par Rolando Villazón, Charlotte par Susan Graham, Sophie par Adriana Kucerova et Albert par Ludovic Tézier. J'avais déjà eu l'occasion d'entendre ce dernier dans Falstaff et dans Lucia di Lammermoor, inutile de dire qu'il est toujours aussi bon. Je n'avais jamais entendu Susan Graham ni Adriana Kucerova. Le rôle de la jeune Sophie semble fait pour Adriana Kucerova. Susan Graham est impressionnante, autant par la voix que par son jeu. Reste Rolando Villazón. Vu son remplacement lors de la première et les craintes au sujet de sa voix, il y avait de quoi avoir peur pour lui. Le premier acte ne mettant que modérément son talent en valeur, j'ai attendu le deuxième acte pour m'enthousiasmer en l'écoutant chanter l'air Un autre est son époux !. Les scènes en duo avec Susan Graham sont bouleversantes de lyrisme, avec une progression entre le deuxième acte où Charlotte ne paraît pas excessivement affligée et la déchirante mort du héros au quatrième acte, en passant par le troisième acte où elle est torturée par ses sentiments.
Renaud Machart, du Monde, n'a pas du tout aimé cette production. C'est plutôt bon signe. En revanche, Marie-Aude Roux, malheureusement trahie par le typographe, dresse un portrait sensible du ténor français et s'interroge sur sa voix menacée.
2009-03-05 22:19+0100 (Orsay) — Culture — Expositions — Culture indienne
En cherchant des informations sur le mythe du barratage de la mer de lait, le photographie Bernard Grismayer était tombé sur mon blog. Il m'avait alors invité au vernissage de l'exposition qu'il réalise à la galerie-librairie Impressions à Paris. Lors du barratage de la mer de lait, un mythe dont la description la plus précise que j'ai lue pour le moment était dans l'édition de Mahâbhârata de Madeleine Biardeau (j'aurai probablement l'occasion d'approfondir cela un peu avec le Bhagavata-Purana), un événement mythique, disais-je donc, au cours duquel, selon des sources qui me sont inconnues, quatre gouttes de la liqueur sacrée amrita se seraient échappées sur quatre villes : Prayag (Allahabad), Ujjain, Haridwar, Nashik. Depuis très longtemps, des pélerinages très importants, appelés Kumbh Mela y ont lieu tous les ans. Tous les douze ans, chacune de ces villes célèbre un Maha Kumbh Mela. Ils rassemblent des dizaines de millions de pélerins... J'ai eu la chance de me trouver à Allahabad en janvier 2007 pendant un Aardh Kumbh Mela, qui se tient six ans avant (ou après) un Maha Kumbh Mela. Les photographies que j'y avais prises sont ici, pour les moins ratées, et là, pour les autres.
Bernard Grismayer expose les très belles photographies qu'il a réalisées dans ces quatres villes pendant le pélerinage du Kumbh Mela. La foule se masse au bord du fleuve sacré. Des hommes et des femmes se baignent dans la Ganga (ou d'une autre rivière suivant l'endroit), prient. Des sadhus les précèdent. Le front des hommes est recouvert de marques sectaires (le plus souvent vishnouistes sur les photographies, m'a-t-il semblé).
J'ai un peu regretté que les photographies ne contiennent pas de légende, fût-elle minimaliste, à savoir indiquant simplement la ville où chacune a été prise. Des quatre villes, n'ayant visité qu'Allahabad, il m'était impossible de deviner où elles avaient été prises puisque le cadrage ne me permettait pas de reconnaître le moindre lieu.
Une photographie a attiré la curiosité des personnes présentes : un portrait d'un homme au visage peint en bleu, avec un chignon tressé, le troisième œil et trois lignes horizontales sur le front, probablement un collier de rudraksha. Bref, une représentation de Shiva. Pour qu'elle fût encore plus fidèle au mythe, il eût peut-être fallu que seule la gorge fût bleue.
L'exposition se tient au 98 rue Quincampoix (côté Nord) jusqu'au 4 avril, apparemment le mercredi de 18h à 21h et le samedi de 14h à 20h.
⁂
Entre hier et aujourd'hui, j'ai fait 3h de cours, 3h de travaux pratiques en calcul formel et 3h30 d'exposé sur la dualité en cohomologie étale ; je suis crevé.
2009-02-28 01:56+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Je suis allé ce soir à la première représentation de la reprise d'Idomeneo. Je ne sais plus très bien pourquoi j'avais inscrit cet opéra de Mozart à mon abonnement ; peut-être parce que Joyce DiDonato était dans la distribution ? L'opéra m'a semblé moins ennuyeux que je ne l'avais ressenti en en écoutant un enregistrement. Cela dit, le troisième acte est nettement plus enthousiasmant que les deux premiers.
L'histoire est abracadabrantesque. Idoménée, roi de Crète, manque mourir en mer. Il n'est épargné par Neptune que parce qu'il a promis de sacrifier la première personne qu'il rencontrera après avoir débarqué. Le problème, c'est qu'il voit Idamante, son propre fils. Pour le protéger, il l'éloigne, mais Neptune fait apparaître un monstre marin meurtrier. Idamante, déçu de la volonté de son père de l'éloigner, cherche la mort en allant combattre le monstre, mais il parvient à le vaincre. Idoménée révèle que la victime sacrificielle que Neptune attend est Idamante. Celui-ci s'offre en sacrifice sous le fer d'Idoménée, mais au dernier moment, une voix caverneuse s'élève pour satisfaire Neptune, il suffit qu'Idamante abdique en faveur de son fils. Sur cette histoire, se greffe une rivalité amoureuse entre Ilia et Électre pour Idamante. Ilia est tourmentée par la contradiction entre d'une part l'honneur de Troie dont elle est issue et d'autre part son amour pour Idamante. Idamante l'aime aussi, mais il méconnait les sentiments d'Ilia. Électre est un personnage qui ne semble exister ici que pour faire obstacle à l'amour entre Ilia et Idamante.
Une fois que l'on a en tête le résumé, j'ai l'impression que l'on ne perd pas grand'chose en ne regardant que très distraitement les sur-titres afin de viser les solistes avec les jumelles. Les chanteurs des rôles principaux sont tous très bons : Paul Groves (Idoménée), Joyce DiDonato (Idamante), Camilla Tilling (Ilia) et Mireille Delunsch (Électre). Par contre, le décor est un peu trop minimal et est revêtu de bien curieuses couleurs. Je n'ai pas aimé les lumières non plus, puisque comme trop souvent, les ténèbres envahissent la scène de sorte que le seul moment pour vraiment bien voir les chanteurs est à la fin du spectacle, quand ils viennent saluer...
À part ça, le deuxième rang des troisièmes loges de côté, c'est horrible ; je préfère très nettement le premier rang des quatrièmes. De là, à moins de se tordre dans tous les sens, une bonne partie de la scène n'est pas visible et pour les parties visibles, il faut compter sur l'absence de conjonction avec les têtes des spectateurs du premier rang. Je n'ose imaginer ce que ça doit être pour ceux du troisième rang, qui devaient carrément se lever pour y voir quelque chose.
2009-02-24 18:34+0100 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne — Voyage en Inde VI
Je suis parti ce matin vers 2h30 à l'aéroport de Chennai pour un vol
d'environ onze heures. En préparant mes bagages, j'avais eu peur de ne pas
réussir à tout faire rentrer dans mes sacs et à répartir le poids de façon
à ne pas dépasser la limite pour les bagages allant en soute. À l'aller,
mon sac faisait quatorze kilogrammes. Au retour, il est tout juste en
dessous de la limite de vingt kilogrammes. Pourtant, j'avais mis
l'essentiel des livres que j'ai achetés dans le sac à dos que j'ai pris
comme bagage à main. J'ai un peu stressé au moment des contrôles de
sécurité en raison des règles arbitraires et imprévisibles qui
fleurissent. En effet, peu après être entré dans l'aéroport, j'ai vu sur
des écrans des instructions donnant non seulement des listes d'objets
interdits dans les bagages à main, mais aussi une liste de choses
autorisées, parmi lesquelles on pouvait lire Books: one or two
. Mon
sac en contenait huit et plutôt pas des petits puisque le sac pesait huit
kilogrammes. Au moment du passage du bagage aux rayons X, j'ai espéré que
l'empilement de pages ne soit pas trop opaque pour être suspect. C'est
passé.
Ma collection de livres ayant un rapport avec l'Inde occupe maintenant presque une bibliothèque complète. Voici mes nouvelles acquisitions :
Les éditions du Ṛgveda et de The Hindu Temple m'ont coûté chacune un peu moins de 2000 roupies (environ 30€), ce qui n'est pas donné, mais est quand même assez raisonnable. Les ouvrages édités par Gita Press ont des prix dérisoires. Je voulais profiter de ce séjour pour acquérir une édition du Bhāgavata Mahāpurāṇa (la traduction française d'Eugène Burnouf étant hors de prix) ; sinon, je ne serais peut-être pas allé à Tirupati, qui était le lieu de vente le plus proche de Chennai d'après le site Web de Gita Press. En fait, la librairie située à Chennai que j'ai mentionnée distribue aussi des livres de Gita Press ; il suffit de leur demander.
La version du Mahabharata de Samhita Arni, qui était très jeune quand elle l'a écrit et illustré, existe aussi en français. J'en avais entendu parler, mais n'y avais pas repensé avant de voir le deuxième volume dans une librairie. En cherchant le premier volume dans diverses librairies, au rayon jeunesse, je suis forcément tombé sur des bandes-dessinées d'Amar Chitra Katha et ai acheté le numéro intitulé Draupadi. Elles couvrent divers sujets, mais une bonne proportion d'entre elles sont liées présentent de façon agréable et pittoresque les mythes et épopées indiennes. C'est très bien fait et cela procure une bonne initiation à l'iconographie indienne. Les prix sont très petits.
(En résumé, contrairement à la musique baroque qui est plus chère si on l'achète in situ, la culture indienne est moins onéreuse là-bas qu'ici, et cela vaut aussi bien pour les disques de musique carnatique que pour les livres ou encore pour les spectacles.)
Ma PAL qui était descendue assez nettement en-dessous de 100 est remontée à 104 et le Salon du Livre est pour bientôt...
2009-02-23 11:55+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VI
Ce week-end, je suis resté à Chennai. J'ai visité la cathédrale St. Thomas, qui est bâtie au-dessus de la tombe putative de l'apôtre du Christ. L'entrée de la tombe est située à l'arrière de la cathédrale ; des photographies montrent le précédent pape visitant la tombe. Un mini-musée expose un morceau de l'arme qui l'aurait tué.
Samedi, en fin d'après-midi, je suis allé à l'ouverture du quatorzième festival annuel de danse organisé par l'association Nayaki. La cérémonie a commencé par une prière de Miss V. Deepika, disciple de Sudha Raghunathan. Le Managing director d'Ashok Leyland a fait un discours (en tamoul) ; un prix d'excellence a été remis à la compositrice et interprète Dr. Rukmini Ramani ; diverses personnes se sont succédé au micro pour faire son hagiographie, vantant notamment son travail de thèse de doctorat sur son père Papanasam Sivan, grand compositeur de musique carnatique. Des récompenses ont été données à beaucoup de monde, comme à Mrs Lakshmi Ranganathan pour avoir allumé la flamme au cours de la cérémonie.
Après une heure de congratulations, le spectacle de danse a finalement commencé. La danseuse est Revathy Ramachandran dont j'avais déjà vu une disciple. C'est le premier spectacle payant auquel j'assiste lors de ce séjour, la danseuse est manifestement la plus expérimentée de toutes celles que j'aie vues ; elle a déjà dansé dans de nombreux pays, dont la France. Je n'ai pas saisi le sens de la plupart des parties, le plus souvent consacrées à Shiva. Le varnam, la partie principale du récital, devait raconter une rivalité entre deux dévotes de Shiva. La danseuse était accompagnée de quelques musiciens : mridangam, cymbales, chant et vînâ. La dernière partie était très originale, mais j'en avais déjà vu une similaire par sa disciple. Le joueur de mridangam était à mon avis moins bon que l'autre ; l'échange entre cet instrument et la danse était moins riche.
Je suis retourné hier à l'Abirami Chidambaram Community Hall pour le
deuxième jour de ce festival qui en compte neuf. Comme pour la plupart des
soirées qui vont suivre, il n'était plus question de danse, mais uniquement
de musique. Le chanteur N. Vijay Siva était accompagné de la violoniste
Amritha Murali et du joueur de mridangam Manoj Siva. Deux jeunes disciples
jouaient du tanpura. Des problèmes techniques de sonorisation ont perturbé
le début du concert. Le micro du chanteur ne fonctionnait pas pendant les
premières minutes ; sa voix ne portait même pas jusqu'au
quatrième rang, plein centre, où je me trouvais ! En fait, j'ai trouvé la
première demi-heure du concert assez médiocre. Quand la composition
principale (environ une heure) a débuté, j'ai commencé à apprécier. Sans
être extraordinaire, c'était plutôt bien. La manière d'utiliser le violon
est très différente de ce qui se pratique dans la musique occidentale. Une
partie importante du travail de la musicienne était de reproduire en écho
la mélodie chantée par le maître
. La spectacle a duré environ deux
heures et demie, sans entr'acte.
⁂
Un groupe d'avocats sont devenus complètement fous ces derniers jours. Scènes d'émeutes dans et autour de la Haute Cour de Madras. Le Chief Minister, qui se déplace en fauteuil roulant, annonce qu'il commencera une grève de la faim si les avocats et les policiers ne font pas la paix.
2009-02-13 15:55+0530 (சென்னை) — Culture — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VI
Hier soir, je suis retourné au R. K. Swamy Auditorium à Mylapore pour un nouveau spectacle de bharatanatyam, le dernier que je vais voir pour le festival de danse Sri Parthasarathy Swami Sabha. La danseuse Shilpa Darshan Kumar (disciple de Revathy Ramachandran) est sans doute la plus expérimentée de celles que j'aie vues en Inde jusqu'à maintenant. On annonçait au microphone qu'elle s'était déjà produite en Italie, aux États-Unis d'Amérique et à Singapour.
Le public indien n'apprécie pas les spectacles dans le même recueillement que ne le fait le public occidental dans les situations comparables (dans ou musique classique indienne ou européenne). On parle, on bat la mesure un peu bruyamment, on fredonne, on n'a aucune gêne à répondre au téléphone. Hier, un jeune garçon a poussé les limites de la bêtise et du mépris à un point que je n'envisageais pas : courant un peu partout, se rapprochant vraiment très très près de la scène, la gourou s'est même éclipsé de la scène, est passée par les coulisses pour venir lui dire deux mots, ce qui a permis un petit quart d'heure de répit. Je ne comprends pas comment des parents peuvent être aussi peu respectueux pour laisser faire ça.
Le bharatanatyam de la danseuse était très différent de celui de Radhica Giri. Celui de l'une était sobre, solennel, exigeant, ascétique, et malgré tout très gracieux. Celui d'hier était au contraire foisonnant de mouvements complexes de mains, de pieds, exécutés très rapidement. La vitesse était telle que la danseuse a dû perdre en tout cinq ou six clochettes parmi celles accrochées à ses chevilles. À un moment donné, deux ou trois petits mouvements latéraux de pieds ont été nécessaires pour faire table rase de ces obstacles. Après une première pièce, la partie la plus importante du spectacle a été le Varnam, qui était dédié à Subramanian (un des noms de Muruga). Une pièce Om Namah Narayana a ensuite permis à la danseuse de représenter Krishna ou encore Vishnu couché sur l'océan cosmique. Certains exploits de Vishnu devaient aussi être représentés puisqu'un des passages ressemblait à une scène de combat. Ensuite, une autre pièce dont je n'ai pas compris le nom et enfin, un étonnant numérooù les clochettes étaient reines : on a même installé un microphone dédié sur le devant de la scène pour qu'on les entendent mieux. Questions rythmiques du mridangam et réponses de la danseuse.
La gourou, qui jouait des cymbales, a eu un problème sérieux de toux en plein spectacle. Sans que la danse soit perturbée le moins du monde, une jeune femme l'a remplacée et elle s'en est très bien tirée.
2009-02-11 16:22+0530 (சென்னை) — Culture — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VI
Avant-hier soir, je suis allé dans une autre salle de spectacle de
Chennai, la Narada Gana Sabha (plus précisément, son mini-hall),
pour assister à un nouveau spectacle de bharatanatyam. Dans le journal
The Hindu, les annonces de spectacles en page quatre comportent
souvent l'indication All are welcome
et parfois la plus énigmatique
Rasikas welcome
. M'étant renseigné sur le sens de ce mot, j'ai
compris que cela pouvait se traduire par mélomane
et désigne plus
particulièrement qui apprécie la musique carnatique. Bref, je pouvais
sans problème aller voir ce spectacle. Comme mes expériences en matière de
spectacles gratuits à Chennai le montrent, il n'est pas tout à fait évident
de savoir a priori à quoi va ressembler le spectacle. Je suis
arrivé un peu avant la fin du spectacle précédent où sept étudiants (dont
un très jeune garçon) d'une même gourou dansaient. Les deux danseuses
les moins jeunes qui intervenaient dans le final (avant les salutations
d'usage) semblaient d'un très bon niveau. Pendant que je me replaçais,
l'organisateur félicitait les artistes et des récompenses étaient
distribuées.
Dans le spectacle que je venais voir intervenaient les douze disciples
de gourou Srimati Vijaya-Lakshmi Chandrasekaran ainsi que quelques
musiciens (mridangam, cymbales, chant, flûte). Onze filles ayant environ
entre sept et quatorze ans et un garçon. Le niveau était assez disparate.
Il y a eu un mouvement amusant où une toute petite fille dansait au milieu
de quatre autres plus âgées. Pendant les mouvements les plus complexes
réalisés par les autres, elle prenait la position Nataraja, en alternant le
pied qui vient se porter à la hauteur de la hanche opposée. Vers la fin,
les quatre se prosternent devant la divinité, seigneur de la danse. Une
seule danseuse était d'un niveau très inférieur aux autres ; elle manquait
complètement d'équilibre quand elle se tenait sur un seul pied et elle
n'était vraiment pas loin de s'écrouler. Malgré ces défauts ostensibles, le
spectacle était assez intéressant et varié. Quelques mouvements rythmiques,
quelques pièces qui profitaient de la multitude des danseurs pour réaliser
des sortes de tableaux vivants typiques de l'iconographie hindoue. D'autres
pièces racontaient une histoire, comme des légendes liées à Krishna.
Certaines jeunes danseuses semblaient assez intimidées, d'autres au
contraire avaient des visages faits de détachement et de sérénité dignes de
déesses et dansaient remarquablement bien. Parmi les pièces très
intéressantes, une était dédiée à Shiva et se déroulait sur une musique qui
doit être très connue puisque depuis le début de mon séjour, je l'aurai
entendue trois fois : Shiva Shambhu Svayambhu (Svayambhu
signifie Qui est né de lui-même
; ce nom est notamment appliqué à
Brahma, mais dans la tradition shivaïte, Shiva réalise cinq fonctions dont
les trois premières sont celles souvent attribuées ailleurs à d'autonomes
Brahma, Vishnu et Shiva alors que dans cette tradition, la fonction
destructrice n'est qu'une des formes de Shiva, appelée Rudra-Shiva ; bref,
il n'est pas inconsistant de dire que Shiva est aussi un créateur, s'étant
engendré lui-même).
Hier, je suis retourné au R. K. Swamy Auditorium où un festival de danse se poursuit. J'ai choisi un jour où un récital d'une unique danseuse était au programme ; j'espérais ainsi voir un spectacle d'un niveau un peu supérieur à la moyenne. Je n'ai pas été déçu. La danseuse, Radhica Giri, est américaine, mais manifestement d'origine indienne. Vu qu'il y avait de la place, je me suis installé au premier rang. Au cours du premier mouvement, Pushpanjali, dédié à Ganesh, elle a intégré une séquence où seule la moitié supérieure de son corps bougeait. Il était saisissant de la voir recueillir l'attention du public par des mouvements aussi simples en apparence et réalisés avec une exquise lenteur. À d'autres moments du spectacle, elle n'utilisait au contraire que ses pieds. La partie principale du spectacle était assez exigeante. Elle racontait une histoire d'amour-dévotion de Venkateshwar et était plus abstraite que bien d'autres pièces sur des sujets similaires que j'aie vues. Le novice que je suis n'y a pas compris grand'chose. Ensuite, une pièce dédiée à Radha et Krishna, un long tillana dédié à Devi et enfin une pièce appelant à la paix universelle.
⁂
La salle de spectacle est située à Mylapore, non loin du temple Kapaleeshwar. Étant arrivé un bon quart d'heure d'avance avant le début du spectacle, je suis passé autour du temple qui est exceptionnellement illuminé de toutes sortes de lumières, de même que l'immense bassin qui le jouxte. Vers le centre du bassin, une sorte de mandapam de lumières est dressé. Sur un des côtés, un paon ; sur un autre, un lingam.
En rentrant du spectacle, j'ai été bien inspiré de repasser près de ce bassin. Une curieuse cérémonie s'y déroulait. Le public affluait sur les marches des ghats autour du bassin et de l'autre côté des grillages. Un gigantesque radeau bariolé, guidé par des cordes tirées par des hommes depuis le bord de l'eau flottait au son de Shiva Shambhu Svayambhu. Au centre du radeau, trois minuscules idoles de divinités non identifiées (Shiva, Parvati, Muruga ?). Je l'ai regardé faire deux ou trois tours du bassin et suis rentré par le dernier train.
2009-02-09 11:54+0530 (சென்னை) — Culture — Culture indienne — Voyage en Inde VI
Samedi, j'ai pris le train local de 6h59 (annoncé à 7h59 du fait d'un bug). À Parry's corner, je ne comprends rien au défilé des bus. Je choisis donc de prendre un rickshaw pour rejoindre l'immense gare routière Mofussil. Je fais le tour des six plates-formes et regarde visiblement mal le nom des destinations, puisque je me rends finalement compte du fait que les bus pour Tirupati partent de la première plate-forme qui s'était présentée à mes yeux. Chaque plate-forme comporte une trentaine d'emplacements. Je prends le premier bus pour Tirupati et il se trouve qu'il est très confortable. Départ à 8h30, arrivée un peu après midi.
J'éprouve quelques difficultés à trouver mon hôtel, mais le concours d'un rickshaw et de la population locale me permet de m'y rendre. J'avale un thali en vitesse pour essayer de ne pas arriver trop tard à Tirumala, où se trouve un temple dédié à Venkateshwar, une des formes de Vishnu, je n'ai pas davantage de détails à ce sujet. La route est sinueuse. Au pied de la colline, on passe à côté d'une sculpture géante de l'aigle Garuda, la monture de Vishnu. Comme on ne croise personne sur la route, et heureusement vu la vitesse folle du bus dans les virages, je suppose que la descente ne se fait par la même route que la montée.
En haut, les panneaux indicateurs sont assez mal fichus. Quand je vois qu'en aucun cas, des appareils-photo ne doivent entrer dans le temple, je demande au bureau des renseignements où se trouve la consigne. On m'aiguille vers le Pilgrim amenities complex, où on m'engueule parce que je ne suis pas dans la bonne file ; de toute façon, cela ne correspond pas à ce que je cherche.
J'arrive au Vaikuntam Q Complex, trouve enfin où déposer mes chaussures et mon appareil-photo. Un bureau des renseignements me dit d'entrer par une petite porte gardée et d'aller dans la salle 17 pour obtenir un cellar darshan pour cent roupies, censément pour accélérer mon passage dans la queue (un autre garde m'avait préalablement indiqué un autre bureau inadapté). Dans tous les cas, ce n'est pas très au point puisqu'en arrivant au bureau 17, on ne fait que me donner un formulaire qui me permet d'aller payer à l'extérieur...
En tout, il s'est ainsi écoulé un peu plus d'une heure entre mon arrivée
à Tirumala et le moment où je vais m'insérer dans la queue. Au passage,
j'ai dû signer un papier selon lequel je vénérais Venkateshwar. Le
formulaire demandait de préciser sa religion. J'aurais bien mis
meta-agnostic
ou pastafarian
, mais je n'ai rien mis,
l'absence de mention engendrant déjà suffisamment d'étonnement.
À 16h, je suis dans la queue pour de bon. L'intérêt du cellar
darshan par rapport au special darshan (cinquante roupies)
semble minime (on peut aussi emprunter la file gratuite, mais il doit
falloir faire preuve d'encore davantage de patience). La queue avance très
lentemps, par à-coups. C'est interminable. De temps en temps, quelqu'un
crie Govinda
et de nombreux pélerins, dont une bonne proportion ont
le crane rasé, reprennent le nom du bouvier Krishna en chœur.
On avance, on tourne, on se pousse, on monte un escalier, on descend. Au bout d'une heure et demie, on longe le mur d'enceinte du temple, on passe à côté de deux éléphants. Plus haut, on peut apercevoir des niches enfermant des représentations d'avatars de Vishnu, comme Narasimha, Vamana, Rama Jamadagnya, Rama, Krishna. Plus bas, un grand Vishnu ferait face au sage Bhrigu.
La cohue se fait plus sauvage quand on s'approche du temple. On se fait poser sur le front une marque rouge verticale, mais personne ne semble avoir le matériel pour la compléter avec les marques blanches latérales afin d'obtenir le dessin caractéristique de Vishnu. Une odeur de ghî se fait sentir.
Quand on entre enfin dans l'enceinte du temple, tout a la couleur et l'éclat de l'or. C'est assez impressionnant. Après quelque supplémentaire déambulation, on approche enfin de Venkateshwar. On arrive par le côté et soudain on l'aperçoit au fond du sanctuaire. Cela ne dure que quelques secondes, le temps de faire une dizaine de pas vers lui, avant de continuer par le côté. Je l'ai peut-être regardé de travers, puisqu'une femme m'a attrapé par le bras pour me faire rebrousser chemin, de façon à ce que je le voie mieux, sans doute.
Un peu plus loin, la distribution d'eau parfumée et la puja sont réalisees à toute allure. Nous somme maintenant un peu plus libres de nos mouvements, je peux regarder la suite des scènes mythiques représentées en blanc autour du sanctuaire. Certaines sont très contradictoires avec les légendes que je connaissais.
Les mouvements ne sont pas si libres que ça puisque je ne vois pas comment sortir sans faire d'abord la queue pour le prasad : de la nourriture gratuite pour les pélerins. Quelques bouchées de riz chaud et gras. Il est presqu'aussi difficile de sortir du temple que d'y entrer. Cela pousse de tous les côtés. On s'écarte aussi pour laisser passer des pélerins infirmes que d'autres portent.
Bref, la visite de ce temple m'a pris environ deux heures et demie, passées essentiellement à attendre. La première heure d'attente est assez glauque, dans des couloirs carcéraux, mais dès que l'on approche du temple, le sommet doré du sanctuaire apparaît et quand plus tard les dorures intérieures étincellent, la dévotion est à son comble. La seule visite un peu comparable que j'ai faite en Inde est celle du Hanuman Mandir à Allahabad pendant l'Ardh Kumbh Mela, mais à Tirumala, tout est mille fois plus grand et riche. À la tombée de la nuit, on peut voir de l'extérieur la foule qui continue à faire la queue.
J'ai ensuite essayé de trouver la petite boutique de Gita Press. Il m'a fallu demander
plusieurs fois mon chemin pour la trouver. Quand j'ai vu le panneau TTD
Mini-shopping complex
, j'ai su que je n'en étais plus très loin. Avec
la multitude de petites boutiques, j'ai demandé mon chemin une dernière
fois et là, je n'ai plus eu qu'à lever les yeux vers le premier étage pour
voir paraître Gita Press
. Je m'y suis précipité, ai salué les deux
hommes présents : un vieux sage silencieux, avec les marques sectaires
vishnouistes et un autre, qui fait le travail. Sur deux ou trois mètres
carrés, des centaines de livres en anglais et dans de nombreuses langues
indiennes sont empilées. Par chance, les quatre volumes que je voulais et
dont j'avais noté les références étaient dispionibles : le
Ramcaritmanas de Tulsidas en version bilingue hindi-anglais, le
Bhagavata-Mahapurana (sanskrit-anglais) en deux volumes et une histoire de
Mira Bai. Tous les livres sauf le dernier sont en grand format et en dur.
L'ensemble m'a coûté la bagatelle de 385 roupies. En France, le chiffre
serait du même ordre, mais en euros, vu que la traduction d'Eugène Burnouf
du Bhagavata-Purana est vendue au prix extravagant de 340€ : c'est vraiment
trop cher et cette œuvre est trop longue pour que je puisse envisager de la
lire à la BnF (le premier volume était téléchargeable sur Google Books il y
a quelques semaines, mais il semble que ce n'est plus le cas).
Quand le bus du retour est parti, il faisait déjà nuit noire. malgré la Lune quasi-pleine (on annonce une éclipse de Lune pour ce soir). Depuis le bus, les lumières de la ville de Tirupati n'étaient pas désagréables à regarder.
2009-02-09 11:00+0530 (சென்னை) — Culture — Culture indienne — Voyage en Inde VI
Vendredi après-midi, suivant les conseils de la chercheuse qui m'accueillle ici, je suis allé à Dakshina Chitra, une reconstitution de villages du Sud de l'Inde. Ce n'est pas inintéressant, mais c'est inondé d'écoliers en visite pédagogique. Quelques peintures murales du Kerala, des métiers à tisser, etc.
En ce moment, des expositions ont lieu sur le thème de Devi, Durga, Kali et autres shaktis. Parmi les curiosités, on trouve quelques affiches de films, comme celles de Kottai Naariamman (dont j'ai du mal à savoir s'il se confond avec le grand nanar Devi Maa) et Adiparasakthi dans lequel jouait Jayalalitha, qui entretemps s'est hissée au sommet de la politique au Tamil Nadu ; elle est actuellement dans l'opposition, mais on voit son portrait un peu partout des les rues.
Pendant encore une dizaine de jours, un artiste originaire du Bengale occidental travaille sur une idole de Kali. En ce moment, aussi, des artisans de diverses régions vendent leur travail. Peinture sur soie d'Udaipur, dessins sur bois pliables d'Orissa, etc.
Dans la boutique fixe, je trouve le deuxième volume du Mahâbhârata, A Child's view de Samhita Arni (texte et illustrations). Le premier volume est absent, mais la vendeuse me donne le numéro de téléphone de la maison d'éditions. Comme celle-ci est située à Chennai, j'ai encore une chance de mettre la main sur le premier volume avant la fin de mon séjour.
Je me rends ensuite au Cholamandal centre for contemporary arts. Les œuvres présentées dans les galeries, à l'extérieur ou dans le musée sont assez inégales à mon avis, mais quelques unes sont vraiment intéressantes. Elles sont pour la plupart le fruit du travail d'artistes de l'école de Madras.
2009-02-01 15:44+0530 (சென்னை) — Culture — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VI
Vendredi soir, je suis allé à pieds au temple Mahalakshmi que j'avais déjà essayé de visiter. Ce temple est dédié à Lakshmi, l'épouse de Vishnu dans ses différentes incarnations. Un escalier monte sur la gauche au niveau du sanctuaire principal, ce qui permet de monter à l'étage, où d'autres formes de Lakshmi sont visibles. On se retrouve alors au milieu des divinités sculptées en pyramide. Quelques mini-temples se trouvent tout autour. On trouve par exemple une galerie des dix avatars de Vishnu, tous drapés d'un tissu blanc, ou encore une représentation de Hanuman (je présume que c'était lui bien que le nom tamoul soit différent).
Hier, je voulais faire un tour à la société théosophique et éventuellement accéder à sa bibliothèque. Je suis arrivé un peu trop tôt dans l'après-midi, j'ai donc poursuivi mon chemin. Dans les environs de ce lieu, appelés Besant Nagar, toutes les rues s'appelent Besant Avenue, Besant Nagar Road ou quelque chose comme ça, avec éventuellement des numéros, ceci en l'honneur d'Annie Besant, célèbre théosophe. Tout était de toute façon hors la carte de mon guide Lonely Planet. Je me suis retrouvé à nouveau du côté du temple Mahalakshmi et des églises voisines. Le temps était très ensoleillé à Elliot Beach.
Après avoir mangé un masala dosa, je suis retourné à la société théosophique et suis entré dans son parc. Ce lieu est extrêmement paisible. Les noms de quelques pays sont écrits au bord des chemins. On y trouve un temple hindou, une église, et paraît-il d'autres lieux de culte. On peut également s'approcher d'un gigantesque banian. J'ai essayé de rentrer dans l'Adyar Library, mais il s'agit d'une forteresse plus difficile d'accès que la Bibliothèque nationale de France ou la Société asiatique de Kolkata puisqu'il faut deux lettres de recommandation pour y entrer. Je pourrais probablement obtenir la signature d'un récipiendaire récent du Padma Bhushan, mais d'ici à la fin de mon séjour, je n'aurai certainement plus l'occasion de repasser.
Je suis retourné à Mylapore pour visiter le temple universel de la mission Ramakrishna et retourner au R. K. Swamy Auditorium pour voir un nouveau spectacle de bharatanatyam. Cette fois-ci, les danseuses étaient des étudiantes de la Natyanrit Academy. Elles n'avaient pas plus de treize ou quatorze ans et dansaient soit seules soit en groupe. Un Pushpanjali dédié à Ganesh, des épisodes de la vie de Krishna, une pièce intéressante sur la dieu de la danse, Nataraja, et bien d'autres. Les musiciens n'étaient pas tous parfaitement au point. À un moment donné, leur guru Marinalini s'est absentée pendant un passage musical et à tendu ces cymbales au chanteur. Ce dernier n'a pas cessé de tenter de faire coller un rythme 2+2 sur un rythme qui avait l'air d'être à cinq temps. J'étais étonné de la longueur des cheveux qui tombaient dans le dos des danseuses. Une d'entre elles a perdu sa rallonge de cinquante centimètres en cours de route...
Aujourd'hui, j'ai pris le train jusqu'au terminus Chennai Beach. Je suis passé devant la haute cour de Madras, protégée des regards par une envahissante végétation verte. Peu de restaurants sont ouverts en ce dimanche, je n'ai trouvé qu'un restaurant qui s'avère être un repaire de mangeurs de viande. J'ai dû renvoyer mon biryani aux œufs en cuisine vu qu'il contenait de gros morceaux de poulet.
2009-01-30 12:26+0530 (சென்னை) — Culture — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VI
Un grand festival de danse a eu lieu il y a quelques semaines à la Music Academy de Chennai. Je n'ai pas pu en profiter, mais, tous les jours, dans The Hindu, on peut trouver des annonces de spectacles, souvent gratuits, qui ont lieu à Chennai. Hier soir, je suis donc allé au Sri Parthasarathy Swami Sabha Dance Festival qui se tient pendant un mois au R. K. Swamy Auditorium à Mylapore (près du Temple Kapaleeshwarar).
J'ai eu un peu de mal à trouver le lieu du spectacle, la rue n'étant pas référencée dans Google Maps. Je suis arrivé à l'entr'acte séparant deux spectacles, tous les deux de bharatanatyam. Dans ce festival, tous les spectacles sauf un de kuchipudi qui avait lieu la veille appartiennent à ce style. Je me suis retrouvé au premier rang, plein centre.
La danseuse Kumari Seetha Lakshmi (disciple de Guru Natya
Kalasarathy
Malathi Thothadri) n'a certes pas l'élégance des toutes
meilleures danseuses de bharatanatyam, comme celles que l'on peut voir à
Paris, aux Abbesses, mais néanmoins le spectacle était de très bonne tenue.
Accompagnée de cinq musiciens (mridangam, flûte, violon, cymbales, chant)
et d'un tanpura électronique, la danseuse a présenté un programme en cinq
parties. Les deux premières, dont la pièce principale Varnam, étaient
consacrées à Krishna. Le langage dansé m'a semblé globalement plus concret
que ce que je vois d'habitude. Krishna était représenté en joueur de flûte.
Plusieurs épisodes de sa jeunesse étaient évoqués : sa naissance, ses
bêtises (le pot de yaourt renversé), son combat contre un serpent. Je ne
sais plus si c'était dans le Varnam ou dans la pièce introductive, mais le
personnage de Draupadi intervenait aussi, évoquant un épisode de sa
jeunesse dont je ne connais pas l'origine, mais qui trouve un écho dans le
Mahabharata quand Draupadi, maltraitée par les Kaurava, invoque Krishna qui
se porte à son secours.
La troisième pièce était dédiée à Shiva. La danse cosmique de Shiva Nataraja était bien sûr au rendez-vous. La danseuse a pris plusieurs fois la posture caractéristique de cette forme de Shiva (dont une petite sculpture, comme il est de coutume, était visible sur le côté de la scène). Lorsque le pied gauche vient se hisser plus haut que le genou droit, l'équilibre de la danseuse est mis à l'épreuve.
La quatrième pièce était dédiée à Krishna. Elle évoquait la Bhagavad-Gita. Au début, Arjuna tente désespérément de bander son arc, mais il ne peut s'y résoudre. Son cocher Krishna, dont la fonction est mimée par les mouvements de la danseuse, lui livre une partie de son savoir. Krishna apparaît tantôt comme joueur de flûte, tantôt comme une sage divinité, presqu'aussi sereine qu'un Bouddha. Ensuite, on trouve apparemment une histoire à l'intérieur de l'histoire, censée illustrer la véritable dévotion. Le spectacle s'est terminé par une pièce rapide, un Tillana.
⁂
Je suis ensuite allé mangé dans un restaurant du Kerala où j'avais déjà mangé en 2006, près de la Music Academy. J'ai fait l'erreur de commander un Nandu Curry, un curry de crabe, puisqu'aucun instrument du type casse-noix n'était fourni pour briser la carapace. Le manager a écouté mes doléances et accueilli avec curiosité l'idée que l'on puisse utiliser un tel ustensile ; jamais quiconque ne s'était ému à ce sujet auprès de lui. Avec la fourchette, quelques minuscules morceaux de chair étaient accessibles, bref, j'ai surtout mangé la sauce rouge curry avec des pains. Elle s'avère très pimentée ; on doit pouvoir souffrir plus facilement ce piquant comme il accompagne une nourriture solide.
Comme il se faisait tard, plus aucun train local ne circulait, mais j'ai trouvé le moyen de monter dans un rickshaw collectif qui pour un prix modique m'a déposé à une distance raisonnable de ma guest house.
2009-01-27 12:32+0530 (சென்னை) — Culture — Opéra — Voyage en Inde VI
Hier, je suis retourné aux cinémas Satyam pour faire usage du ticket que j'avais acheté la veille pour une séance de Slumdog Crorepati. Je ne suis pas arrivé suffisament en avance pour déjeuner au restaurant avant d'entrer, j'ai donc mangé debout dans une dhaba en face. J'ai demandé des samosas, mais à peine l'homme les avait-il saisis qu'ils se sont retrouvés en miettes, mélangés à une sauce et saupoudrés de quelques autres ingrédients. C'était plutôt bon. En fait, il y avait un restaurant à l'intérieur du cinéma, peut-être pour une prochaine fois.
Contrairement à la plupart des cinémas indiens qui diffusent un unique film trois ou quatre fois par jour, ce cinéma est un grand édifice avec six salles, des guichets de réservation informatisés très modernes (la fréquence de défilement des écrans annonçant les disponibilités de chaque film est quasi-stroboscopique...).
Je monte dans la salle Santham, qui est complètement remplie et m'installe à ma place (un peu chère payée pour un cinéma en Inde : cent roupies alors que d'habitude, je paye plutôt autour de quarante ou cinquante roupies). Divers écrans publicitaires et bandes-annonces toujours précédées d'un écran montrant le visa de la censure. Le film d'aujourd'hui serait dans la catégorie (A), bref, interdit aux moins de dix-huit ans.
Le film est en double flash-back. Jamal Malik est interrogé
par
la police après avoir répondu brillamment aux questions du jeu Who wants to be a millionaire?
; on le soupçonne d'avoir
triché. On est soit au poste de police, soit dans le jeu télévisé, soit
dans des scènes de l'enfance du personnage qui, tout en montrant l'horreur
de sa vie dans son slum, expliquent pourquoi il sait qui est
l'acteur de tel ou tel film ou bien ignore ce que Rama tient dans sa main
droite dans l'iconographie hindoue.
C'est un très beau film, montrant un envers invisible de situations bien observables en Inde. Si ce n'est quelques images du Taj Mahal ou du slum, peu de plans larges dans ce film, ce qui nous immerge dans le cœur de l'action (mais heureusement pas de l'olfaction !).
Comme l'a noté Palpatine, on trouve dans ce film un clin d'œil musical à Orphée et Eurydice de Gluck (en français ! par l'orchestre Lamoureux). Cela fait bien sûr écho à l'histoire de Jamal et Latika depuis leur enfance. Si ma mémoire est bonne, le film se termine comme dans cet opéra (ce n'est pas vraiment un spoiler, ça, si ?).
Le public indien ne boude pas ce film, bien au contraire. Contrairement à ce que j'ai observé plusieurs fois, le public est resté parfaitement silencieux pendant le film et certains ont même applaudi à la fin. Ce week-end, l'équipe du film participait à un débat pas inintéressant sur NDTV (la seule chaîne d'information convenable en Inde). En dehors des questiosn importantes, on se demandait si Shahrukh Khan avait été approché pour le rôle joué par Anil Kapoor. Les réponses ont plutôt été discordantes : Anil Kapoor remerciait SRK pour lui avoir laissé l'opportunité de faire ce rôle vu les honneurs que ce film reçoit tandis qu'une personne de la production disait en substance que faire jouer à SRK ou à Amitabh Bachchan plus ou moins leur propre rôle, vu qu'ils ont présenté KBC (Kaun Banega Crorepati), aurait nui à leur image, étant entendu que le présentateur du film est hautain et méprisant alors qu'eux deux avaient bénéficié d'un regain de popularité grâce à cette émission.
Les dialogues du film ont gardé une petite contribution d'Amitabh
Bachchan : quand le héros jour son joker 50/50 (à moins que ce ne soit à un
autre moment du film), le présentateur commence sa phrase par
Computerji
, bref, il s'adresse cérémonieusement à l'ordinateur pour
qu'il enlève deux mauvaises réponses. En revanche, pas de clin d'œil à SRK
et son Freeze karõ
.
Je suppose que la version que j'ai vue est la version originale. L'essentiel était en anglais, mais quelques passages étaient en hindi (avec des sous-titres en anglais, quoique non systématiques).
Quelques autres avis sur le film : Palpatine, Yohan, Agnès, Naina.
⁂
J'avais encore un peu faim après avoir vu le film. Je suis donc allé dans un des restaurants de la chaîne de fast-food haut de gamme Saravana Bhavan spécialisée dans la cuisine du Sud. C'était en fait plutôt la version très haut de gamme appelée Swathi.
J'ai été dépaysé par les premières pages du menu, mais j'ai été rassuré en voyant la toute dernière page, puisqu'elle seule mentionnait les spécialités du Sud. J'ai choisi un South Indian Parota : deux parotas de taille moyenne accompagnés d'un curry dans lequel nageaient quelques petits morceaux de paneer, juste de la bonne taille pour que l'on ait pas l'impression de manger du caoutchouc. C'était vraiment excellent.
Je me suis ensuite dirigé vers la mer. Face à la baie du Bengale, près de Besant Road, se trouve la rose Ice House (du nom de la fonction qu'elle occupait autrefois dans l'importation de glace en Inde). Swami Vivekananda y a passé quelques jours en février 1897 ; c'est maintenant un musée qui lui est dédié. Une statue du moine accueille le visiteur avant qu'il n'entre dans la maison et ne s'acquitte du modeste pécule de deux roupies.
L'accueil est très sympathique ; on m'a même octroyé le privilège d'une petite visite guidée, dont les explications les plus triviales m'ont été épargnées après que j'eus dit que j'avais déjà visité Kanyakumari et Belur Math (Kolkata). À l'étage, on trouve une galerie de peintures assez réussies sur l'Inde, son histoire, ses religions. La seule véritable entorse au bon goût est celle qui consiste à avoir représenté l'avatar du poisson (Matsya) par un authentique aquarium (avec des vrais poissons dedans). Un peu plus haut, les murs s'ornent de photographies. La plupart d'entre elles sont des portraits du moine.
J'avais lu dans le journal qu'un concours de portraits de Swami Vivekananda avait été organisé, mais je n'avais pas trop fait attention au lieu. Bien sûr, c'était au musée qui lui est consacré. Les moins de vingt ans pouvaient participer et ils l'ont fait en nombre puisqu'il y avait pas moins de vint mille participants !
Les premiers prix sont les portraits les mieux réalisés techniquement, mais pas forcément les plus originaux dans la conception. On trouve néanmoins une sorte de Trimurti Swami Vivekananda, Shri Ramakrishna, Sharada Devi (les trois figures importantes dans le mouvement initié par Ramakrishna). Les vainqueurs sont exposés en haut de la maison, dans l'antichambre de la salle de méditation. Les autres le sont sur les murs circulant tout autour. En dehours de nombreux dessins ordinaires, on trouve un portrait réalisé avec le pied, un autre avec la bouche, un autre dessiné avec vingt millilitres de sang. Voilà pour les excentriques. Plus intéressant, on trouve aussi quelques dessins assez hofstadteriens. Un portrait a été réalisé en écrivant de nombreuses fois le nom du moine en tamoul, ce sont les lignes d'écritures (courbes) qui, dans leur globalité, font apparaître la figure du moine. Un autre, malheureusement achevé trop tard pour le concours, a été obtenu en écrivant environ deux cents pages d'une biographie tamoule en tout petits caractères ; deux loupes sont fournies.
J'ai fini la journée par une petite balade sur Marina Beach. Le vent tendait la ficelle de nombreux cerfs-volants.
⁂
Aujourd'hui, le Chennai Mathematical Institute est ouvert ; je vais pouvoir commencer à faire des mathématiques.
2009-01-24 04:51+0100 (Orsay) — Culture — Lectures — Voyage en Inde VI
Je suis prêt à partir pour ce sixième séjour en Inde. Les prochaines entrées de ce blog seront sur le fuseau horaire de l'Inde (UTC+5½). J'emporte moins de livres que pour mon dernier séjour mathématique :
La dernière fois, j'en avais pris au moins deux fois trop et mes bagages firent plus de vingt kilogrammes à l'enregistrement...
2009-01-21 02:55+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Ce soir, j'ai assisté à concert aussi bon que long à Pleyel. Les
Musiciens du Louvre-Grenoble dirigés par Marc Minkowski ont commencé par
Hail! Bright Cecilia de Purcell. J'étais dans un état léthargique
pendant la première œuvre de ce programme, je n'ai guère eu le temps que
d'apercevoir le chapeau de Palpatine.
Il aime beaucoup cette œuvre de Purcell. Pour ma part, je suis surtout venu
pour entendre l'Ode for Saint Cecilia's Day de Händel qui
intervient après le premier entr'acte qui fut l'occasion pour moi de
prendre un café... Comme au début de la soirée, le chef Marc Minkowski
intervient pour introduire brièvement les œuvres, toutes dédiées à la
patronne des musiciens et des mélomanes
(encore que ce soit moins
clair pour la troisième œuvre au programme). Connaissant déjà cette œuvre,
je savoure tout particulièrement son écoute pendant le concert. Je
redécouvre cependant quelques morceaux que j'avais oubliés, comme le solo
pour violoncelle (accompagné du théorbe) dans l'air pour soprano What
passion cannot Music raise and quell!. La soprano Lucy Crowe est
magnifique dans But oh! What art can teach. Toute cette œuvre est
tellement händelienne ; j'aime beaucoup.
Après le deuxième entr'acte, on continue dans la chronologie avec cette fois-ci Haydn et la Missa Cellensis in honorem Beatissimae Virginis Mariae (Cäcilienmesse). Cette œuvre, dont une version courte en deux parties seulement (Kyrie et Gloria) est interprétée, me confirme dans mon appréciation de ce compositeur dont on célèbre cette année le deux-centième anniversaire de la mort. Je ne sais pas comment j'ai fait pour autant le méconnaître par le passé. Le public a droit à un excellent bis : le Et incarnatus est et le Et resurrexit qui n'existent que dans la version longue. Superbe.
En sortant, vers minuit moins quart, j'achète à la boutique la toute nouvelle version de la Messe en si mineur par cet ensemble. Elle a la particularité d'avoir un effectif vocal réduit : les parties du chœur sont chantées par des solistes, comme c'était généralement le cas du temps de Bach, selon certains spécialistes.
2009-01-18 02:48+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Ce soir, c'était la première de Lady Macbeth de Mzensk, de
Chostakovitch, à l'Opéra Bastille. L'opéra n'est pas une adaptation de la
pièce de Shakespeare, mais d'une nouvelle de Nikolai Leskov. Pas de
sorcières, pas de soldats déguisés en arbres. Si Macbeth
apparaît
dans le titre, c'est que l'héroïne 1,
Katerina Lvovna Ismailova, a des penchants meurtriers.
Au premier acte, pour tromper son ennui, elle se laisse séduire par Serguei, un ouvrier qui travaille pour son mari, alors que ce dernier est parti réparer un moulin. Le beau-père lubrique profiterait bien de sa bru, mais il surprend Serguei et le bat. Katerina l'empoisonne. Ensuite, au retour de son mari, de peur d'être abandonnée par son amant, elle tue son mari avec la complicité de Serguei. Ils cachent le corps dans le cellier et s'en vont se marier.
Prévenue par un ouvrier ayant découvert le corps, la police fait une apparition spectaculaire pendant le mariage. Ils sont tous les deux arrêtés et envoyés au bagne. Serguei se détourne de Katerina et séduit une autre détenue, Sonietka. Trompée, Katerina étrange sa rivale et meurt elle aussi dans la confusion, apparemment lynchée par les autres détenus (dans le livret, elles sont toutes les deux noyées).
L'opéra dure presque trois heures. Ignorant la durée de l'opéra en entrant, le temps passant, j'ai cru qu'il n'y aurait pas d'entr'acte. Il est finalement intervenu au bout d'environ deux heures. L'opéra est découpé en neuf tableaux répartis en quatre actes. L'entr'acte survint à un drôle d'endroit. Après la reprise, un tableau, puis le spectacle s'est interrompu pendant de longues minutes nécessaires à l'installation du superbe décor carcéral. Ce long changement de décor eût vraisemblablement gagné à coïncider avec un entr'acte, quitte à ce qu'il y en eût un de plus.
Pendant les deux premiers actes, le décor est constitué d'un sol terreux (salissant) encadré par de hautes palissades, avec au milieu, une grande pièce dépouillée aux murs transparents ; c'est le domaine de Katerina, brillamment interprétée par Eva-Maria Westbroek. Les scènes crues de son intimité avec Serguei sont terriblement violentes, ceci étant encore accentué par la musique et les lumières.
On ne peut pas vraiment dire que j'aie été séduit par la musique de Chostakovitch. L'action violente, crue, laisse très peu d'espace pour que les personnages, et en particulier Katerina, puissent exprimer leurs sentiments, leurs motifs et leurs éventuelles hésitations alors qu'ils s'apprêtent à commettre des méfaits. Bref, des personnages on ne peut plus antipathiques.
[1] Le français est vraiment une langue de
fous : comment expliquer que le h de héros
soit aspiré et que celui
de héroïne
ne le soit pas ?
2009-01-11 21:50+0100 (Orsay) — Culture — Danse
Cette année, pas de grève de RER pour m'empêcher de me rendre à Paris pour voir un spectacle du Tanztheater Wuppertal (Pina Bausch), une reprise de Wiesenland.
Grâce à mon abonnement acheté très tôt l'an dernier, je collectionne les
premiers ou deuxièmes rangs. Cette fois-ci, je suis au premier rang qui,
compte tenu des différentes configurations possibles pour l'avant-scène,
est aujourd'hui le rang C. Le public du Théâtre de la Ville
fait envie au futur ex-directeur de l'Opéra de Paris (Le Monde
daté du 2009-01-09), il n'empêche qu'il est moins doué que l'autre pour ce
qui est de se placer : avec un numéro de rang et un numéro de place
(numéros impairs côté jardin, numéros pairs côté cour), il ne ne devrait
pas y avoir autant de problèmes.
Quand les lumières s'allument, on voit apparaître dans le fond le décor vert bosselé recouvert de mousse dressé verticalement et d'où suinte de l'eau. Vers la fin de la première partie, des machinistes le mettront à l'horizontale. Nous verrons de l'eau, crachée, en seaux, en bouteille, un fauteuil, des serviettes, des cigarettes, une brouette, un inquiétant empilement de sept chaises tête-bêche, des flûtes, une table, de la nourriture (Leader Price), une pomme, trois poules, un ballon et une enveloppe, qui a été déposée dans mes mains par Julie Shanahan :
Pour ne craindre pas d'être accusé de partialité pour avoir été ainsi corrompu, je dirai juste que j'ai autant aimé, sinon plus, que Vollmond.
2009-01-11 01:48+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Ce soir, je suis allé à la dernière de 希尔薇娅 par 中国国家芭蕾舞团, en français Sylvia ou la nymphe de Diane par le Ballet national de Chine. Les quatrièmes loges de l'Opéra Garnier sont toujours aussi inconfortables, mais j'étais dans un angle idéal pour voir en entier la scène et l'orchestre Colonne dirigé par le plutôt jeune Zhang Yi.
Le sujet de ce ballet, chorégraphié par Lycette Darsonval en 1979 d'après le ballet de Louis Mérante (1876) sur une musique de Léo Delibes, est mythologique : faunes, satyres, naïades, etc. Au premier acte, Aminta est épris de la nymphe Sylvia qu'il espionne. La nymphe Sylvia, associée à Diane, est coiffée d'un croissant de Lune. Sylvia lance une flèche en direction de la statue du dieu Amour, mais Aminta s'interpose et est frappé par ce trait. Amour se venge en visant Sylvia qui se met à aimer Aminta, mais le chasseur Orion enlève Sylvia. Des paysans découvrent Aminta inanimé, mais heureusement, un vieux sorcier en haillons se pointe et le ranime en utilisant une fleur médicinale. Le sorcier est le dieu Amour en personne ; il enlève son déguisement et va tout faire pour qu'Aminta retrouve Sylvia.
Au deuxième acte, Sylvia est dans une grotte, prisonnière d'Orion. Des esclaves dansent. On mange, on danse, on boit. Sous l'effet de la boisson, tout le monde s'endort sauf Sylvia, qui implore Amour de la sauver. Une porte coulissante s'ouvre faisant paraître un bateau ; c'est Amour qui vient chercher Sylvia.
Au dernier acte, les créatures célestes et les paysans sont joyeux, mais Aminta est triste. Pourtant le bateau accoste et un Amour enturbanné relâche de nombreuses jeunes femmes portant toutes le même costume. Pendant cinq ou dix minutes, j'essaie de régler mes jumelles, sans y parvenir : les personnages féminins sont flous. Curieusement, je vois bien les autres. Au bout d'un moment, je comprends qu'elles portent un voile transparent et que c'est une épreuve à laquelle est soumis Aminta : il doit reconnaître Sylvia. Bien entendu, il y parvient. Mes jumelles se remettent à fonctionner, mais Orion revient sur scène et il n'est pas content. Un combat s'engage entre lui et Aminta. Sylvia se réfugie auprès de Diane qui finalement l'abat. Un beau final au premier plan alors qu'au fond de la scène, Amour et Diane montent sur leurs piédestaux respectifs tandis que Sylvia et Aminta sont enfin réunis.
Ailleurs : l'avis de Palpatine.
2009-01-10 11:43+0100 (Orsay) — Culture — Cinéma — Lectures — Culture indienne
Si vous avez vingt bonnes minutes devant vous pour le lire, j'ai écrit pour le Biblioblog un résumé du Mahâbhârata avec quelques commentaires et une petite bibliographie commentée des versions que j'ai lues, en attendant ma critique du Palais des illusions de Chitra Banerjee Divakaruni qui apparaîtra au même endroit cet après-midi.
2008-12-31 15:44+0100 (Orsay) — Culture — Cinéma — Lectures — Culture indienne
Hier, j'ai revu The Mahabharata de Peter Brook (version courte de trois heures). Je pensais faire un billet pour préciser mon point de vue, ayant eu l'occasion de me replonger dans l'épopée récemment, mais il s'avère que je n'ai rien à modifier à ce que j'avais déjà écrit il y a plus de deux ans.
Très bientôt, une critique de The Palace of Illusions de Chitra Banerjee Divakaruni (acheté à Kolkata) qui a été traduit en français plus rapidement que je ne l'imaginais : Le Palais des illusions (Picquier). Comme ce roman est une adaptation du Mahābhārata, raconté du point de vue de Draupadī, j'ai aussi préparé un petit résumé de l'épopée...
2008-12-19 00:03+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Lectures
Il y a quelque temps, je parlais de la quarantaine d'heures de musique qu'il me restait à écouter après que j'eus finis de découvrir mon intégrale de Mozart. Cela fait au moins cinq ans que ça ne m'est pas arrivé, mais aujourd'hui, il n'y a pas dans ma collection de disques une minute de musique que je n'aie pas écoutée.
Parmi les opéras écoutés dernièrement, Fidelio de Beethoven m'a beaucoup impressionné. Rarement, au disque, je n'ai autant été ému par un opéra, alors même qu'aucun personnage ne meurt ! Si le premier acte ne m'a pas particulièrement enthousiasmé, le deuxième est vraiment superbe. J'avais acheté cet enregistrement (Sir Colin Davis, London Symphony Orchestra, 2006) pour me préparer à la représentation que je me disposais à voir cette année ; un grain de sable a dû compromettre la saisie de mon formulaire d'abonnement par les services de l'Opéra de Paris puisque de la production présentée cette année, je n'ai reçu nul billet. Quel dommage !
Là, tout de suite, je viens de visionner un DVD conseillé par Madame Abricot : Carmen avec Anna Caterina Antonacci et Jonas Kaufmann à l'Opéra royal de Londres. De cet opéra, je n'avais écouté que les suites pour orchestre qui en sont extraites. Avec d'excellents chanteurs et une bonne mise en scène, c'est tellement mieux ! Je me réjouis d'avoir pris une place pour la production de l'Opéra Comique en juin 2009, avec ladite Anna Caterina Antonacci. En regardant à nouveau la distribution, je viens de remarquer que le chœur d'enfants sera le chœur Sotto Voce. Tant mieux.
Mon mois de janvier s'annonçant chargé et celui de février indien, j'attendrai sans doute mars avant de me livrer à quelque nouvelle dilapidation (une semi-intégrale Haydn ?).
Côté livres, cette situation ne risque pas se produire de sitôt. À mon rythme actuel de lecture (environ quatre-vints livres cette année), j'ai de la réserve pour plus d'une année, étant entendu qu'en dernier recours, il me restera toujours une Bible (Segond).
2008-12-15 00:13+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Lectures — Culture indienne
Vendredi, quand j'en pris le chemin, cela faisait deux ans que je n'avais pas mis les pieds dans l'Église des Billettes. J'étais alors allé écouter Sigiswald Kuijken interpréter les trois premières suites pour violoncelle de Bach sur un étonnant instrument : le violoncello da spalla. Cette fois-ci, c'était pour écouter L'Art de la fugue. Les versions que j'en ai en disque sont pour clavecin, piano ou orgue. Je savais que cela avait aussi été adapté pour orchestre. Ce soir-là, à ma grande surprise, c'était un ensemble de quatre violes, le consort de violes Sit Fast qui interprétait cette œuvre, qui est une des toutes dernières de Bach.
Ce concert faisait partie du programme des productions Philippe Maillard auxquelles je suis abonné depuis plusieurs années. En entrant, je me suis assuré que le prix de leurs programmes n'avait pas changé depuis mai dernier et étaient toujours de 5€. Le placement étant libre, je me suis installé sur les bancs grinçants, aussi près que possible des musiciens : sinon, à moins de passer à l'étage, on ne voit pas grand'chose.
Les musiciens se sont installés, plaçant sur ou entre leurs genoux leur viole. Celles-ci étaient de différentes tailles. Je ne suis pas expert en violes, mais je soupçonne fortement que le programme comportait une erreur dans la distribution : la viole qu'utilisait Isabelle Saint-Yves avait une taille plus voisine de celle du dessus de viole d'Atsushi Sakaï que de celle des violes des deux autres musiciens, Thomas de Pierrefeu et Josh Cheatham. Une de ces deux dernières violes, grandes par la taille, arborait un charmant motif constitué d'arabesques.
L'ensemble a interprété les onze premiers contrepoints ainsi que la Fuga a 3 sogetti. À de nombreuses reprises, les musiciens ont dû réaccorder leurs instruments, ce qui prenait bien cinq minutes à chaque fois ! J'étais quelque peu sceptique à l'écoute du premier contrepoint, joué dans un tempo très lent. Cette interprétation très austère transporte les spectateurs dans l'ascèse (au point qu'ils en oublient de tousser). Mes préventions ont été rapidement dissipées et au bout du sixième, j'étais convaincu et appréciait vraiment ce que j'entendais. Après un court entr'acte intervenu après le septième contrepoint, le concert a continué jusqu'au onzième. Atsushi Sakaï est alors intervenu pour évoquer le dernier morceau qu'ils allaient interpréter. Il a expliqué que diverses théories avaient été proposées au sujet des contrepoints qui suivent les onze premiers qui, eux, ne sont pas l'objet de controverses. Il a annoncé que son ensemble avait retenu l'hypothèse selon laquelle la Fuga a 3 sogetti fait bien partie de L'Art de la Fugue, mais qu'elle s'arrête malheureusement avant que le thème revienne. L'ensemble a interprété cette fugue, et de façon subite, au bout de quelques minutes, la musique s'est interrompue.
⁂
Pour le chemin du retour, ayant apporté des livres choisis aléatoirement dans ma bibliothèque et ayant déjà eu le temps au cours de la journée de finir La Centurie, Poèmes amoureux de l'Inde ancienne d'Amaru, je n'ai pas eu d'autre alternative que de commencer la pièce de théâtre de Krishna Baldev Vaid, en version bilingue hindi-français : La faim, c'est le feu (भूख आग है), traduit du hindi par Muriel Calvet et Jyoti Garin, Asiathèque. Je pensais ne rien comprendre, mais j'arrive à saisir le sens d'une phrase sur deux du texte hindi. Il faut bien dire que les personnages rencontrés jusqu'à présent, une jeune fille et ses parents, parlent une langue qui est un Hindglish caricatural. Ils utilisent ainsi de nombreux mots anglais. Certaines répliques sont même entièrement en anglais, mais transcrites dans l'alphabet devanagari, comme celle-ci :
बच्ची. ― ममी, प्लीज़ नो ! आइ लव माइ हिंदी मैदम ।
Cette réplique de la jeune fille se transcrit ainsi : Mamî, plîz no !
Âi lav mâi hindî maidam.
. La traduction franglaise qui est donnée est
Maman, non, please! I love ma prof
de hindi !
. Bref, c'est très amusant à lire.
2008-12-11 00:49+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Olivier Messian étant né en 1908, ses œuvres sont davantage jouées cette année que d'ordinaire. Depuis le début de l'année, il y a eu une autre Turangalîla-Symphonie à Pleyel et même une version concert de l'opéra Saint François d'Assise. En m'installant hier à mon siège, j'ai découvert dans le programme que ce concert de l'Orchestre de Paris célébrait le centenaire, jour pour jour, de la naissance du compositeur. La représentation était enregistrée, filmée et diffusée en direct sur Mezzo (rediffusion le lundi 15 décembre à 17h).
Une seule œuvre était au programme de ce concert, sans entr'acte : la Turangalîla-Symphonie pour piano solo, ondes Martenot et grand orchestre. L'effectif de l'orchestre s'avère bien grand : les premières rangées de fauteuils ont été escamotés, mon rang L côté impair est plus proche de la scène que je ne l'avais imaginé. Ce placement me procure un bon angle pour observer le pianiste Jean-Yves Thibaudet et le chef, Christoph Eschenbach, que je voyais pour la première fois (fait qui a surpris Palpatine, rencontré en fin de concert). Eussé-je été de l'autre côté que j'eusse pu voir sous un meilleur angle les ondes Martenot, un bien curieux instrument électronique, qui fête ses quatre-vingts ans cette année.
C'était la première fois que je voyais une œuvre de Messian en concert.
Je dois bien avouer que ce qui me fit cocher la case correspondant à ce
concert pour mon abonnement Pleyel est que cette œuvre porte un nom
sanskrit... Le programme me stupéfie quand il affirme qu'il faut prononcer
Tourânegheulî-lâ (sic)
; je suis étonné de la présence du eu
.
Les premiers mouvements sont choquants pour moi qui ne suis pas du tout
habitué à cette musique (seulement écoutée une fois au disque il y a
quelques jours). On veut alors bien croire que Turanga puisse
signifier le cheval au galop
. Ces mouvements introduisent néanmoins
des thèmes que l'on pourra apprécier à nouveau quand ils reviendront. Un
des vénérables spectateurs situés à ma gauche s'endort et se met à ronfler
pendant un de ces mouvements, pourtant, sans toutefois être oppressants,
les décibels ne manquaient pas. Je me délecte de l'écoute du Jardin du
sommeil d'amour, le sixième mouvement de cette symphonie
qui en
compte dix ! un des rares mouvements lents de l'œuvre. Pendant le huitième
mouvement Développement de l'amour, je me demande si je ne me suis
pas perdu dans mes comptes parce que le recours répété aux violentes
percussions me donne l'impression qu'on est à la fin de quelque chose, mais
non, la pression redescend et l'œuvre se poursuit, jusqu'au dixième
mouvement, qui est très beau.
2008-11-30 20:50+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Hier soir, j'étais au TCE, dont la salle était bien pleine, pour écouter La Création de Haydn. L'effectif était important : une trentaine de choristes du Collegium Vocale Gent, une cinquantaine de musiciens de l'Orchestre des Champs-Élysées dirigé par Philippe Herreweghe.
Le moment fort de l'œuvre est celui où, après que Dieu a dit Que la
lumière soit !
, l'ambiance musicale passe subitement des ténèbres à la
lumière en même temps que le chœur nous dit que la lumière fut.
Si tous les mouvements de cet oratorio ne sont pas inoubliables, d'autres retiennent l'attention comme ceux qui évoquent, parmi les diverses créatures, le rossignol chantant, le lion rugissant ou encore le tigre bondissant.
Les trois solistes, la soprano Christina Landshamer, le ténor James Gilchrist et la basse Yorck Felix Speer remplissaient très bien leurs rôles respectifs. Seuls, en duo, en trio, ou avec le chœur, ils récitaient ou chantaient un texte à la gloire de la Nature et du Créateur. Les émotions exprimées ne sont pas aussi variées qu'elles peuvent l'être dans une Passion, un opéra ou un oratorio sur un sujet plus humain. L'arrivée d'Adam et Ève n'assombrit même pas le tableau de ce point de vue-là puisque l'oratorio s'achève avant que cela se gâte. Seul un récitatif mettra le couple en garde avant que Dieu soit loué une dernière fois :
Ô heureux couple, et heureux à tout jamais
si de fausses chimères ne les incitent pas
à désirer jamais davantage que ce qu'ils ont,
à savoir jamais davantage que ce qu'ils doivent !
Étant placé au premier rang du premier balcon de côté, une petite partie du côté cour ne m'était pas visible, à moins que je ne me penchasse. La soprano et la basse étaient du côté jardin et le ténor de l'autre côté, mais suffisamment au centre pour que je le voie. Pendant le dernier chœur, j'ai remarqué qu'une des mezzo-sopranos du chœur n'était plus à sa place (pas que je l'eusse particulièrement remarquée, mais cela fait un certain nombre de fois que j'assiste à des concerts du Collegium Vocale Gent et certains visages sont restés dans ma mémoire). Je me demandais où elle était passée. Quand l'oratorio se fut terminé, je la retrouvai à droite du ténor James Gilchrist. Comme ce dernier chœur (avec solistes) a été bissé, je pus me pencher un peu pour rattraper cette distraction.
2008-11-29 01:24+0100 (Orsay) — Culture — Danse — Culture indienne
Après le récital de bhârata natyam d'hier, je suis retourné cet après-midi aux Abbesses et ai monté les 180 marches du quai de métro à la sortie pour voir un spectacle de Shantala Shivalingappa que j'avais déjà vue deux fois dans le superbe Gamaka (kuchipudi). J'avais acheté une place pour voir Namasya l'an dernier, mais un déplacement au Maroc m'avait contraint à donner ma place. J'avais aussi prévu de la voir dans Bamboo blues, mais cette fois-là, ce fut de la faute de la RATP si je ne pus pas assister au spectacle.
Ce spectacle Namasya n'est pas un récital de danse indienne kuchipudi ; il rassemble quatre soli contemporains issus de collaborations respectives avec Ushio Amagatsu, Pina Bausch, elle-même et sa mère Savitry Nair. Les intervalles permettant à l'interprète de changer de costume sont remplis par des projections de vidéos d'Alexandre Castres montrant la danseuse dans sa spécialité. Bien que le sujet soit très intéressant et photogénique, j'ai trouvé ces images affreuses : floues, mal éclairées, mal cadrées. Il s'est malgré tout trouvé quelques plans réussis.
Dans ces quatre soli, le sens de la danse n'est pas évident. Sans être particulièrement hermétique, la notice du Théâtre de la Ville n'est pas très éclairante non plus à ce sujet.
La première pièce Ibuki est celle que j'ai préférée. Un bien élégant costume blanc, une musique et des mouvements de danse qui pourraient suggérer un cadre naturel dans lequel les plantes et les animaux vivent joyeusement, mais cela pourrait très bien être tout autre chose... Dans cette pièce et dans quelques autres, certains mouvements de mains sont des mouvements de danse kuchipudi. Voir ces mouvements hors contexte est assez troublant.
Dans la deuxième pièce Solo, une danse sensuelle en longue robe noire, peut-être un peu trop longue parce qu'on ne voyait plus les pieds de l'interprète, ce qui est un peu dommage pour de la danse.
Le troisième solo Shift, chorégraphié par l'interprète, m'a
fait l'effet d'un ovni. La notice évoque la lenteur de la gestuelle
découpée dans l'espace. Et qui n'est pas sans rappeler certains motifs de
la statuaire indienne classique
. Le début me faisait plutôt penser à
une bête féroce à l'affût.
Le quatrième solo Smarana, sur une musique indienne classique, présente la particularité de présenter l'interprète principalement de dos, avec un éclairage assez faible.
Le bilan est globalement positif. À l'avenir, j'irai toujours les yeux fermés voir ses spectacles de danse indienne, et j'irai probablement aussi voir ses spectacles de danse contemporaine, mais par curiosité plus qu'autre chose.
Ailleurs : Bladsurb (2007).
2008-11-29 01:45+0100 (Orsay) — Culture — Danse — Culture indienne
Ce soir, j'ai assisté à un nouveau récital de bhârata natyam : The Forgotten Seed d'Alarmel Valli. Avant que j'arrive au
théâtre, les ennuis RATP s'étaient accumulés. Le RER B s'arrêtait de
nombreuses minutes à chaque gare avant de repartir. La ligne 4 était
perturbée pour cause de passager malade
. On signalait un passager
sur les voies de la ligne 1. La ligne 13 n'était pas non plus en reste.
Heureusement, il restait la ligne 12 pour rejoindre la station
Abbesses.
Le récital s'ouvre sur une pièce dédiée au Soleil. Les mouvements de la danseuse évoquent l'éclosion des lotus, le chant des oiseaux et bien d'autres éléments. Quoique certains mouvements soient très intuitifs, le langage du bhârata natyam m'est encore très largement étranger, mais le problème de langue n'empêche nullement de se laisser enchanter par les mouvements bien plus amples qu'anguleux de cette danseuse.
Comme toujours, les musiciens sont en effectif réduit. Un son de tanpura, un flûtiste, une violoniste, une chanteuse, deux percussionnistes (cymbales et mridangam). La musique, et tout particulièrement le mridangam, concourent admirablement bien à la danse. La variété des sons émis par cet instrument est déroutante.
Avant de commencer le varnam, on prépare un micro afin que la danseuse puisse, dans un français élégant, résumer l'histoire de cette pièce (et plus tard celle des autres) en montrant en même temps les mouvements de mains correspondant aux différentes situations.
Dans ce varnam, l'adoration du dieu prend une double forme : dévotion, amour. Il n'est ni question du Dieu des Juifs, ni de Krishna, mais bien de Shiva, sous la forme du danseur cosmique (Nataraja) ou encore de Nilakantha, celui qui a la gorge bleue (cf. mythe du barattage de la mer de lait). Cette pièce m'a laissé un peu plus perplexe. Si l'action du personnage féminin était parfaitement intelligible, je n'ai pas reconnu les manifestations de Shiva.
Après un entr'acte musical, deux belles pièces. La première s'intitule Lamentations pour un soldat tombé. Elle n'est pas que triste, puisque des moments heureux sont évoqués, quoiqu'avec nostalgie. La deuxième est celle qui donne son nom au récital : La Graine oubliée. À mon avis, c'est la plus réussie. Un jeune couple laisse libre court à son amour sous un laurier. Mais une amie leur dit qu'ils se comportent mal : le laurier fait partie de leur famille, puisqu'ils en ont semé la graine.
Ce très beau récital s'est achevé par un numéro aux rythmes rapides et un court rappel.
Ailleurs : Bladsurb.
2008-11-24 20:06+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
J'ai déjà parlé d'actes anodins de disquaires pouvant nuire à leur commerce. Le parcours du discolique est parsemé d'un autre type d'embûches : les malfaçons.
Ces dernières années, j'ai rencontré ce type de problèmes à plusieurs reprises. Dans mon intégrale Hänssler de Bach, un disque était en double et un autre était manquant. La plupart de ces disques, peut-être tous, étaient aussi en vente à l'unité et j'en possédais déjà quelques uns que j'ai donnés ici ou là. Par une chance inouïe, le disque qui était manquant faisait déjà partie de ma collection.
Les trois autres problèmes qui m'ont fait souffrir quelques désagréments sont dus à divers problèmes avec EMI Classics. Un des premiers opéras que j'ai acheté était Norma de Bellini (avec Maria Callas, 1960). Commandé sur Amazon.fr, le boîtier de trois CD contenait le CD nº1, deux exemplaires du CD nº2, mais pas de CD nº3. Retour à l'envoyeur, qui me réexpédie un nouveau coffret, souffrant du même défaut. Deuxième retour ; la troisième expédition sera la bonne.
J'ai déjà parlé du caractère bâclé de certain livret fourni par cet éditeur. Hier, en écoutant pour la première fois Orphée aux enfers d'Offenbach, dirigé par Marc Minkowski, avec notamment Natalie Dessay (Eurydice), Yann Beuron (Orphée), Laurent Naouri (Jupiter), j'ai été tout perturbé que la page 73 du livret succède à la page 96. Bref, une vingtaine de pages manquent au livret, ce qui m'a pas mal déstabilisé dans mon écoute des troisième et le quatrième tableaux. Heureusement que l'opéra est en français ! Bien sûr, le livret complet n'est pas disponible sur le site Internet de l'éditeur. Comme Offenbach a proposé deux versions de son œuvre et que Laurent Pelly et Marc Minkowski ont retenu plutôt la première avec quelques éléments de la seconde, une version du livret trouvée sur Internet s'est avérée assez différente de ce que j'entendais. Cet incident m'a un peu gâché cette première écoute de ce bien charmant opéra-bouffe, qui cite parfois pour plaisanter Orfeo ed Euridice de Gluck (dont je ne me lasse pas non plus d'écouter un enregistrement avec Bernarda Fink dans le rôle d'Orfeo).
On voit là un des dangers de l'achat compulsif de disques pour une
consommation
non immédiate. Si j'écoutais mes disques aussitôt après
les avoir achetés, je saurais vers qui me retourner pour obtenir
remplacement d'objets défectueux (encore que dans le dernier cas envisagé
ici, il ne me semble pas aller de soi que le commerçant accepte de procéder
à un échange). Pour Orphée aux enfers, je n'ai absolument aucun
souvenir de l'achat, qu'il se réalisât par Internet ou en magasin.
⁂
Les organisateurs de concerts proposant à la vente des programmes ne sont pas toujours irréprochables non plus. Je me souviens d'une Johannes-Passion au TCE pour lequel le livret apparaissant dans le programme commençait par O Mensch, bewein dein Sünde groß. Dans les versions usuelles des Passions de Bach, ce chœur apparaît à la fin de la première partie de la Matthäus-Passion, mais c'était aussi et avant tout le chœur introductif d'une des versions de la Johannes-Passion, mais qui n'est pas la version canonique jouée actuellement. Pendant les minutes précédant le concert, je me réjouissais donc par avance de l'écoute prochaine d'une version non standard de cette œuvre. Ce ne fut donc pas sans une certaine déception que j'entendis le concert débuter par le traditionnel chœur Herr, unser Herrscher.
Je n'ignore s'il y a lieu d'y voir un changement de politique de l'Opéra de Paris, mais je constate avec réjouissance que les trois programmes d'opéra que j'y ai achetés depuis le début de la saison comportent une version française du livret alors que ce cas était plutôt l'exception les années précédentes (sur les huit programmes précédemment achetés, seul celui de Luisa Miller incluait un livret).
2008-11-23 19:20+0100 (Orsay) — Culture — Danse
Mon agenda du mois de novembre est assez chargé en spectacles. Quatre cette semaine et il y en aura encore la semaine prochaine. Pour l'heure, j'avais un spectacle de prévu cet après-midi au Théâtre de la Ville, In-I, conçu et interprété par Juliette Binoche et Akram Khan. Cela faisait plusieurs années que j'essayais d'inclure à mon abonnement des places pour des spectacles de ce dernier, mais à chaque fois, on me disait que c'était plein. Peut-être m'y prenais-je un peu tard ? Cette année, j'ai envoyé mes réservations très tôt, ce qui fait que je me retrouve avec non seulement des places, mais aussi un excellent placement au deuxième rang.
Ce spectacle est à mi-chemin entre théâtre et danse. Juliette Binoche est assurément une excellente comédienne, Akram Khan un excellent danseur et ils le montrent ; nonobstant, leurs possibilités dans la spécialité de leur partenaire semblent tout à fait respectables. Pendant une heure quinze, ils représentent une aventure amoureuse, en commençant par une rencontre inattendue dans un petit cinéma où se projette le Casanova de Fellini. La palette des situations parcourues est diverse : félicité, trivialité du quotidien, union, désunion, violence, réminiscence, réconciliation, etc.
Les textes parlés (en anglais) sont omniprésents au début du spectacle. J'ai été soulagé de les entendre se raréfier par la suite, permettant ainsi aux corps de s'exprimer plus librement.
Ailleurs : l'avis de Palpatine, Bladsurb.
2008-11-23 12:06+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Promis, après cette note, je ne vous ennuierai plus avec la cantate 140 Wachet auf, ruft uns die Stimme. Cela n'était pas arrivé depuis 1989, mais aujourd'hui, selon le calendrier liturgique luthérien, nous sommes le vingt-septième dimanche après la fête de la Trinité. Il faut que la date de Pâques intervienne très tôt dans l'année pour qu'il soit possible d'intercaler autant de dimanches en partant de fêtes dans les dates sont calculées par rapport à Pâques et le premier dimanche de l'Avent. Du vivant de Bach, cette situation s'était présentée le 25 novembre 1731, date de la création de cette cantate. D'après mes calculs, les prochaines dates sont les 25 novembre 2035, 25 novembre 2046, 26 novembre 2062, 26 novembre 2073 et 26 novembre 2084.
Le chœur introductif, et d'autres mouvements, peuvent être écoutés sur Youtube : Wachet auf, ruft uns die Stimme (Ton Koopman). Attention, on y trouve aussi des horreurs, comme cette version par Karl Richter.
2008-11-23 01:16+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
J'avais entendu beaucoup de mal de la production de La Flûte enchantée qui est reprise en ce moment à l'Opéra Bastille. J'étais à la représentation d'hier. Un placement plutôt bon : deuxième balcon, plein centre.
Je suis horrifié par le début. Les costumes sont d'une laideur et d'un mauvais goût incroyables à ce niveau (avec une mention spéciale pour les trois Dames et la Reine de la Nuit). Des vidéos de mauvais économiseurs d'écrans sont projetées en surimpression.
Au bout d'un moment, j'arrive à surmonter mon premier sentiment. Les chanteurs des rôles principaux, Tamino, Pamina, La Reine de la Nuit, Sarastro, Papageno et Papagena sont bons. Monostatos me paraît un peu plus limite. Le chœur est planqué sous la scène et il ne sera pas donné au public d'apercevoir José Van Dam qui a le rôle parlé de la Voix. Je profite de mon placement pour observer l'orchestre.
Si on laisse de côté les costumes affreux et l'essentiel des vidéos, ce qu'il reste de la mise en scène se laisse bien regarder. Le décor est constitué de douze matelas géants gonflables (et dégonflables). Ces éléments bougent beaucoup et se transforment aussi bien en temple, en pyramide ou en les terribles lieux des épreuves d'initiation que subissent Tamino et Pamina.
D'autres aspects de la mise en scène laissent perplexes, comme la pluie
de boules noires et blanches dans un grand récipient, constituant une sorte
de piscine dans laquelle Monostatos, Pamina puis Papageno plongent. Le bout
de phrase quand j'ai placé les pièces
dans la bouche de Sarastro
donne lieu à un grand n'importe quoi au deuxième acte où un grand échiquier
est projeté sur scène ; des figurants viennent s'y placer, Sarastro en
échange trois ou quatre ; une très courte partie d'échecs grandeur nature
se déroule. On assiste à deux tours de magie classiques : Sarastro est
coupé en trois morceaux et plus loin est transpercé d'épées avec en plus du
sang qui coule de la boîte dans laquelle il se trouve, sang, qui vidéo
aidant, se répand sur toute la scène. Ce deuxième tour me paraît assez
incohérent avec l'histoire : dans la version du livret que j'avais lue,
après que la Reine de la Nuit a exprimé sa colère terrible en demandant à
Pamina de tuer Sarastro, Pamina ne semble pas le moins du monde disposée à
lui obéir (elle n'a de toute façon pas le temps d'y penser, vu que
Monostatos revient la harceler). Ce soir, elle plantait des épées dans
Sarastro, sans le tuer pourtant. L'utilisation des clochettes
par
Papageno est curieuse. Parfois, il actionne son attirail, parfois, on
entend leur son mais il ne fait même pas semblant de s'en préoccuper, ayant
autre chose à faire. Les trois enfants apparaissent avec des consoles de
jeux portables en mains. Bref, l'onirisme décomplexé des concepteurs ne
s'est pas exprimé sans quelques débordements.
Malgré tout, ce spectacle est tout à fait regardable et écoutable. Le public, constitué d'un nombre inhabituellement élevé d'enfants, semble avoir apprécié ; je n'ai pas entendu de sifflets.
Ailleurs : l'avis de Palpatine.
2008-11-22 14:24+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Hier, je suis allé pour la deuxième fois à l'Opéra Bastille pour assister à une représentation d'un opéra de Wagner. En mai 2007, j'avais plutôt aimé Lohengrin (mis en scène par Robert Carsen) et une Waltraud Meier terriblement convaincante en Ortrud. Qu'elle incarne Isolde a été ma principale motivation pour inscrire cet opéra à mon abonnement. Ce qui est ennuyeux avec les abonnements, c'est qu'on ne peut réserver que des places dans les six premières catégories de prix. Faute de place disponible en sixième, j'avais dû opter pour une place de cinquième catégorie. À mon humble avis, le prix des places et le plaisir de spectateur en résultant est complètement décorrélé. Je préfère être au premier balcon avec vue plongeante sur l'orchestre, la vision des sur-titres en fût-elle mise en péril que d'être à l'avant-dernier rang du parterre, en ayant payé ma place à quadruple prix : on ne voit que la tête du chef dépasser, les chanteurs sont très loin et la santé et la fortune ne s'accordant guère, on tousse bien davantage au parterre que dans les hauteurs. Bon, je me console en me disant que les personnages du rang situé juste devant moi eurent à payer encore 26€ de plus !
L'opéra commenca vers 18h, les opéras normaux commençant plutôt vers 19h30. Tristan dure 4h, également divisé en trois actes. Des entr'actes de 45 et 30 minutes ayant été prévues, pour que l'œuvre finît à une heure raisonnable, il fallait commencer tôt.
Globalement, je suis déçu par cette représentation. Quelques prosélytes lyriques ont même abandonné après le premier ou le deuxième acte. Le seul élément de décor était une toute petite plateforme où les personnages pouvaient s'asseoir ou s'allonger. Les costumes étaient trop sobrement noirs. À part peut-être au troisième acte où il y avait un peu de couleur, les lumières n'éclairaient pas grand'chose. Non, le spectacle visuel n'était pas sur scène, mais sur l'écran situé entre les chanteurs et le sur-titrage. Pendant quatre heures ou presque, nous avons été abreuvés des vidéos de Bill Viola. Le premier acte a représenté des rites de purification. Du fait d'un petit coup de barre, j'ai un souvenir plus confus du deuxième acte. Lumières dans un bois pendant une partie de chasse, coucher de Lune, lever de Soleil. Vidéos accélérées ou ralenties représentant la nature, des effets d'optique plus ou moins naturels. Bravo au directeur de la photographie, l'esthétique et la qualité des images était impressionnante. C'est bien beau, mais cela distrait le spectateur de ce qui se passe sur scène. Il ne m'a pas été possible de me détourner de ces images, puisque, n'entendant guère l'allemand, j'ai besoin des sur-titres pour suivre. Il n'est pas évident de suivre simultanément l'action qui se passe en bas et en même temps ces sur-titres situés tout en haut, deux éléments sobres, quand le centre est accaparé par d'ondoyantes images (cela empêche aussi de s'endormir complètement, la luminosité étant importante, surtout si on est situé à proximité de la cabine de projection). Ajouter à cela que les textes sont largement métaphoriques, de sorte qu'une ligne de sur-titres de perdue engendre bien dix lignes d'incompréhension.
La mise en scène est très statique. À plusieurs reprises, des personnages se retrouvent à rester immobiles pendant de longues minutes. Certains personnages semblent avoir des yeux dans le dos ; Isolde fait même à distance et de dos un diagnostic de Tristan mourrant. Pour tenter de faire oublier ces limitations, certains personnages (Brangäne, le berger) apparaissent non plus sur scène mais dans dans les hauteurs du théâtre (invisibles depuis ma place). On fait aussi entrer un chœur d'hommes par le fond du parterre (tout près de moi, donc). Bref, ce n'est pas très convaincant.
Heureusement, il reste la musique. Si je suis partagé sur les parties chorales, très limitées et assez peu intéressantes, aussi bien l'orchestre que les solistes lui font honneur. L'ouverture de l'œuvre est belle ; on réentend ensuite avec plaisir quelques leitmotivs.
2008-11-20 17:02+0100 (Orsay) — Culture
Europeana, la nouvelle
bibliothèque numérique, chapeautée par l'Union européenne, dont j'apprends
aujourd'hui
le lancement dans le Monde a l'air d'être toute cassée. En persévérant,
on finit par arriver à voir la page d'accueil et à tenter de faire une
recherche. Pour l'instant, en tapant Voltaire
, je n'ai que réussi à
obtenir le message Something went wrong! An email has been
sent to inform our technical staff.
. C'est dommage, espérons que cela
finisse par tomber en marche.
En bas de la page d'accueil, je ne sais pas si ce sont les thèmes les plus demandés ou si c'est fait exprès, mais en ce moment, on y voit des images intitulées L'Origine du monde et Le cinéma porno.... Hum.
PS : Ce soir, on a droit à L'infâme Vénus couchée, posture
lubrique, au Dieu Priape et à Mein Kampf. Pensez
culture
, qu'ils disent ‽
2008-11-20 08:01+0100 (Orsay) — Culture — Musique
J'ai assisté hier à un concert de l'Ensemble orchestal de Paris. En dehors de l'ouverture du Freischütz de Weber que je n'avais toutefois pas encore entendue en concert (et que John Nelson dirige de mémoire), je ne connaissais aucune des œuvres au programme. Si j'ajoutai ce concert à mon abonnement, c'est qu'après cette ouverture était prévue une œuvre de Berlioz, La Mort de Cléopâtre, interprétée par Anna-Caterina Antonacci. J'apprécie toujours autant cette chanteuse, dont le programme nous apprend qu'elle vit à Paris. Elle m'a pourtant semblé un peu tendue, même pour venir saluer de nombreuses fois sous les applaudissements enthousiastes du public.
La deuxième partie du concert était réservée à la symphonie nº9 La Grande de Schubert, que je découvrais aussi. Ses dimensions sont effectivement assez grandes puisqu'elle dure environ une heure. Je n'ai pas terriblement été emballé par le premier mouvement. Les autres mouvements m'ont bien plu, et tout particulièrement les deuxième et troisième.
⁂
Depuis mon premier concert Haydn à Pleyel, je me
disais que Haydn faisait partie des compositeurs que je découvrirais
volontiers plus en profondeur. Bien que son style soit proche de celui de
Mozart, j'apprécie l'un alors que l'autre tend plutôt à m'exaspérer. Hier
soir, en feuilletant le Monde, je tombe, page une, sur une publicité
annonçant une intégrale
Haydn, publiée par le même éditeur que l'intégrale Mozart que je
possède déjà. Je me laisserai peut-être tenter prochainement. Il fait
longtemps que mon penchant discolique n'a pas été satisfait : en réserve,
je n'ai plus que 18 heures de musique non écoutée, plus que cinq opéras et un
oratorio. Ce qui m'inquiète, c'est que cette intégrale
de 150 CD a
un sous-titre : volume 1
. Je savais ce compositeur très prolifique,
mais je n'imaginais pas que son œuvre pût être aussi volumineuse. Ce
premier volume comporte la centaine des symphonies de ce compositeur,
l'oratorio La Création (qui est au programme du concert du 29
novembre au TCE) et bien d'autres œuvres encore.
2008-11-15 02:25+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Hier soir, c'était ma quatrième Messe en si mineur. La deuxième de suite à Pleyel après celle de février dernier par Le Concert Spirituel (que j'avais beaucoup appréciée). La deuxième de Koopman après celle de février 2006 au TCE, avec déjà la basse Klaus Mertens. Les solistes de ce soir étaient plus enthousiasmants que ceux d'hier. J'apprécie toujours autant cette basse, ai agréablement découvert l'alto Marie-Claude Chappuis et réentendu Sandrine Piau (que je n'avais pour le moment entendue que dans La Passion selon Saint Jean au TCE en 2003). J'ai un peu plus modérément apprécié le ténor Jörg Dürmüller (déjà entendu en évangéliste dans L'Oratorio de Noël 1 et la susdite Passion).
Entre chacune des parties et sous-parties de l'œuvre, les instrumentistes se réaccordaient. En revanche, j'ai apprécié que souvent les mouvements s'enchaînassent quasiment sans temps mort (ce qui permet de faire passer son tour au chœur de tousseurs). De très beaux airs, duos et chœurs. Mimiques caractéristiques de Ton Koopman. Un très bon concert. Malheureusement, les applaudissements énergiques de la salle n'ont pas été récompensés d'un bis. (Ce qui est ennuyeux avec la messe en si mineur, c'est qu'il n'y a pas vraiment de mouvement qu'il soit logique de bisser, alors que pour une cantate, il est courant de reprendre le choral final.)
J'ai eu le plaisir de revoir Palpatine à l'entr'acte.
[1] Je fréquente le TCE depuis 2002. J'y ai assisté à des représentations de l'Oratorio de Noël (BWV 248) chaque année depuis cette date, c'est dire si cette œuvre me plaît. J'ignore pourquoi elle n'a pas été reprogrammée cette année ; si cela avait été le cas, j'y serais retourné. Cette œuvre est très longue : elle est composée de six cantates. Lors de ces concerts, seules quatre cantates étaient jouées : 1-2-3-4 ou 1-2-3-6. Je n'ai donc jamais entendue la cinquième cantate en concert.
2008-11-14 08:11+0100 (Orsay) — Culture — Musique
J'étais hier soir au Théâtre des Champs-Élysées pour un concert du Collegium Bach Japan dirigé par Masaaki Suzuki. Un des premiers disques de musique classique que j'aie acheté était de Bach et c'était la Passion selon Saint-Mathieu interprétée par cet ensemble (probablement vers 2000/2001). J'étais donc a priori très content d'aller écouter ces musiciens.
Je m'installe au deuxième balcon de face. Les musiciens s'installent. L'effectif sera réduit au possible : une petite quinzaine de musiciens. Quand commence le choral de la cantate BWV 102 Herr, deine Augen sehen nach dem Glauben, je me demande si le chef n'aurait pas prévu de faire rentrer les solistes au fur et à mesure. En regardant plus attentivement le chœur, je remarque que les trois solistes hommes (que j'ai déjà entendus chacun un certain nombre de fois dans ce registre) sont bien là, chantant avec les douze autres choristes ; pour découvrir la soprano, j'attendrai un peu. La cantate BWV 102 ne me paraît pas terriblement intéressante (eu égard à la moyenne des cantates) ; je me distrais en lisant le texte, disons assez amer envers les incroyants.
La partie de programme qui m'enthousiasme le plus est la cantate BWV 140 Wachet auf, ruft uns die Stimme. J'ai plusieurs fois parlé ici de cette cantate, dont la position peu enviable dans le calendrier liturgique fait que les occasions de la jouer à la date prévue par icelui sont très rares puisque la date de Pâques, calculée en fonction des phases de la Lune (en gros), doit intervenir le plus tôt possible dans l'année pour que ce soit le cas (prochaines occasions : 23 novembre 2008, 25 novembre 2035).
Le chœur introductif de cette cantate est superbe, tout comme son choral final (dont on aura un bis à la fin du concert). Le mouvement qu'on attend le plus est le choral du milieu, chanté par le ténor, morceau célèbre pour n'avoir pas été plagié dans la chanson A Whiter Shade of Pale. La dernière fois que je l'avais entendu en concert pour des cantates de Bach, j'avais été un peu déçu par le ténor, peu puissant. Je n'avais donc pas de trop hautes attentes concernant ce choral. Cela me désespère un peu, mais ce ténor Jan Kobow n'était pas très convaincant ; son visage trahissait un certain ennui, la ferveur du texte aidant, on en eût pu attendre un peu plus d'enthousiasme, bon sang. Néanmoins, c'était acceptable, un peu plus que ce que le Concentus Musicus Wien (Harnoncourt) et le ténor d'alors avaient proposé l'année dernière salle Pleyel dans l'interprétation de cette même cantate. Entre ces choraux s'insèrent des couples de mouvements récitatifs/duo soprano-basse. Ces duos sont délicieux et leur texte a beaucoup amusé Palpatine.
La deuxième partie du concert est réservée à la messe en sol mineur (BWV 235). Le premier mouvement Kyrie ressemblait très fortement au premier mouvement de la cantate 102 ! Bach est coutumier de ce genre d'emprunts. Ayant lu le programme au début du concert, je savais déjà qu'il y aurait une telle conjonction. La surprise est encore plus forte quand on s'en rend compte en plein concert. C'était la première fois que je voyais deux versions d'un mouvement au programme de la même soirée de concert. Pas grand chose d'autre à dire sur cette messe (brève). J'étais avant tout venu pour la cantate 140.
2008-11-01 16:47+0100 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne
Je viens de terminer La légende immémoriale du dieu Shiva : le Shiva-purâna, traduit du sanskrit, présenté et annoté par Tara Michaël, Connaissance de l'Orient, Gallimard/Unesco. J'ai déjà évoqué la Vidyeshvara-samhitâ qui raconte un mythe qui vise sans doute à montrer la supériorité de Shiva sur Brahmâ et Vishnu. C'est d'ailleurs suite au mensonge de Brahmâ que j'évoquais que Shiva, sous sa forme terrible Bhairava, tranche la cinquième tête de Brahmâ et le condamne à ne pas recevoir de culte (la seule exception que je connaisse étant le temple de Brahmâ à Pushkar). D'autres légendes attribuent ces punitions au fait que Brahmâ avait incestueusement désiré sa propre fille.
Le texte de la Rudra-samhitâ se présente sous la forme d'un dialogue entre le sage Nârada et le dieu Brahmâ qui répond à ses questions. Le mythe qui est raconté est celui du mariage de Shiva et de la Déesse. Je ne peux donc m'empêcher de comparer ces passages avec ceux que j'ai lus dans La naissance de Kumara, Kalidasa, traduit du sanskrit par Bernadette Tubini, Connaissance de l'Orient, Gallimard/Unesco. Dans ceux-là, Shiva épouse la fille du seigneur des montagnes après que les Dieux ont estimé que Shiva devait engendrer un fils pour débarasser la Terre du démon Târaka. Pour cela, Kâma, le dieu Amour, et le Printemps sont chargés de détourner Shiva de son ascèse. Par leurs charmes et les flèches de Kâma, Shiva s'éprend de Parvati, mais foudroie Kâma du feu de son regard. Dans ceux-ci, il n'est pas question du démon Târaka, mais d'une volonté de vengeance de Brahmâ pour l'humiliation que Shiva lui a fait subir.
Le dieu Kâma est créé : Avec cette forme et grâce à ton carquois à
flèches de fleurs, tu pourras rendre épris et captiver hommes et femmes et
leur faire continuer l'œuvre éternelle de la création.
. Brahmâ lui-même
éprouve les effets de ces flèches en désirant sa propre fille Sandhyâ (mais
personne ne vient lui couper sa cinquième tête à ce moment). Brahmâ lance
une malédiction sur Kâma : il sera foudroyé pour avoir lancé une flèche sur
Shiva. Kâma proteste, pourquoi le punir ? il n'aura fait que sa mission de
répandre l'Amour. Brahmâ lui promet la vie éternelle après qu'il aura été
réduit en cendres. Kâma, son épouse Rati (la Volupté) et le Printemps
tentent de faire sortir Shiva de son ascèse. Les multiples tentatives échouent
et on n'entend presque plus parler de Kâma, qui ne sera pas réduit en
cendres, contrairement à ce que le texte promettait (une malédiction de
Brahmâ ou de brâhmane est faite pour se réaliser, sinon, à quoi eût-il
servi qu'elle eût été formulée ?). Les Dieux se réunissent. Ils vont
favoriser la manifestation de Satî, qui d'après des promesses anciennes,
est censée devenir l'épouse de Shiva, de même que Sarasvatî et Lakshmî sont
respectivement les épouses de Brahmâ et de Vishnu.
Brahmâ loue la Déesse (Durgâ) qui accepte de s'incarner comme Satî. Après quelques péripéties, Satî naît fille de Daksha (qui est lui-même issu de Brahmâ) sous le nom d'Umâ. Satî-Umâ utilise l'ascèse et l'adoration pour s'attirer les faveurs de Shiva. Émerveillés par cette ascèse, les Dieux et Brahmâ en particulier viennent demander à Shiva de prendre épouse. En tant que yogin, il refuse d'abord puis accepte, pourvu que son épouse soit une yoginî. Brahmâ lui révèle le nom de Satî (que l'Omniscient connaissait déjà bien sûr).
La mariage est célébré. C'est Brahmâ qui officie aux cérémonies. Shiva
et Shivâ (Satî) accomplissent la circumambulation du feu sacré. Chants et
danses. Un incident se produit : lui-aussi épris d'amour pour Satî, Brahmâ
regarde un peu trop fixement les pieds, puis le visage de la Déesse dont il
a écarté le voile. Il va jusques à laisser échapper quatre gouttes de sa
semence. Shiva en est furieux et brandit son trident pour le tuer, d'autant
plus qu'il avait promis à Vishnu qu'il tuerait qui regarderait son épouse
de façon concupiscente. L'incident semble imaginé pour que Vishnu puisse
dire : Ô Éternel Shiva, Brahmâ n'est pas autre que toi, et tu n'es pas
autre que lui. Je ne suis pas autre que toi, Seigneur, et tu n'es pas autre
que moi.
. Bref, Shiva accepte de ne pas se tuer Lui-même. Une pluie de
fleurs se répand, Shiva et Satî montent sur le taureau (leur monture) pour
rejoindre le mont Kailâsa.
Favorisés par Kâma et le Printemps, les ébats amoureux de Shiva et de
Satî durent vingt-et-un ans. Elle lui demande comment les créatures
peuvent surmonter les épreuves de l'existence
. Shiva répond que
c'est par la prise de conscience Je suis Brahman
(la fusion en
l'Être suprème, Brahman, est le but ultime de la philosophie de la
non-dualité). Il affirme que le moyen d'y parvenir est la bhakti,
la dévotion et en décrit les neuf formes.
⁂
Je n'ai pas pu lire sans un certain effroi la phrase suivante dans cet
ouvrage : Bien que le désir de saisir Sandhyâ aux traits attirants
subsistasse (sic) encore dans mon esprit, je comptai mes sens bouleversés
dans ma crainte respectueuse de Shiva.
. Combien de fois craignis-je
qu'une telle erreur subsistât dans mes écrits !
⁂
Comme il ne me restait qu'une quinzaine de pages à lire pour ce dernier round de lecture à la Bibliothèque François Mitterrand, je réservai aussi un autre livre. Il s'agissait du premier volume de la traduction du Bhâgavata-Purâṇa ou histoire poétique de Krĭchṇa d'Eugène Burnouf, professeur de sanscrit au Collège royal de France (1840). Je n'ai pour le moment lu que la préface nouvelle de Jean Filliozat pour la réédition de 1981 et le début de la préface de l'auteur. J'hésite beaucoup à me lancer dans cette lecture. L'ouvrage semble excellent, les explications de l'auteur visant un public non expert en indianisme (vu l'époque où cela a paru) sont très intéressantes. Il est aussi amusant de découvrir quelques particularités orthographiques et typographiques de ce siècle. Ce qui me fait un peu peur est l'extrême longueur de l'œuvre, les cinq tomes répartis en quatre volumes font environ 2250 pages. Le lire en bibliothèque serait une tâche assez démesurée, d'autant plus que je ne peux bien sûr y consacrer que d'occasionnels samedis ou dimanches (ces volumes étant par chance disponibles aussi dans la partie Haut-de-Jardin de la BnF et non seulement au Rez-de-Jardin qui ferme le dimanche). Acheter les quatre volumes auprès de l'éditeur est exclu, vu les prix prohibitifs que celui-ci oppose. Quoiqu'il fût louable de sa part de rééditer cette traduction, un prix de 340€ pour les pages, fussent-elles deux mille deux cent cinquante, d'un auteur mort en 1852, me paraît bien excessif. Lors de mes prochains voyages en Inde, j'essaierai d'acheter la traduction anglaise publiée par Gita Press pour un prix modique de 250 roupies.
2008-10-25 20:00+0200 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne
Continuant mes lectures indianisantes, je suis tombé tout à l'heure sur un étonnant passage du Shiva-purâna. Au cours de mes lectures, j'ai pu remarquer que les traducteurs du sanskrit mentionnaient assez souvent en note que le texte initial comportait moult jeux de mots intraduisibles, expliquaient que tel ou tel vers pouvait être entendu de multiples manières, que les commentateurs classiques eux-mêmes en perdaient leur sanskrit. Certains poussent même le vice jusqu'à dire que pour bien apprécier la littérature sanskrite, il faut devenir soi-même sanskritiste...
Je n'ai pas cette ambition ; je lisais donc une traduction sélective de la Vidyeshvara-samhitâ, la
première samhitâ de ce Purâna majeur qu'est le
Shiva-purâna. Pour ce texte, Shiva est le dieu suprême. Il réalise cinq
fonctions parmi lesquelles la création (Brahmâ), la préservation (Vishnu),
la destruction (Rudra) ; il est responsable aussi d'éclairer les esprits ou
au contraire de les laisser dans la confusion. On trouve peu de mythes et
légendes dans cette première partie. Il est surtout question de rituels :
doit-on adorer le lingam ou une représentation anthropomorphe, que
signifient les marques sectaires shivaïtes, que signifient les cinq
syllabes du mantra (Om) Namah Shivaya
, comment se vider les
intestins convenablement, comment consacrer par les bonnes formules son
collier de larmes de
Rudra suivant le nombre de faces de chacune, etc. On y trouve cependant
une légende mettant en scène Brahmâ, Vishnu et Shiva. Shiva est présent
sous la forme d'une colonne doublement infinie. Brahmâ et Vishnu jurent
d'en voir le bout, Vishnu par en bas et Brahmâ par en haut. Ils reviennent
tous les deux sans avoir réussi. En redescendant, Brahmâ avait essayé de
convaincre une fleur qui descendait avec lui de mentir et de témoigner
qu'il avait réussi à voir le sommet. Shiva en est très mécontent et lui
jette un sort. D'après la table des matières, la deuxième partie, la
Rudra-Samhitâ, semble beaucoup plus riche en mythes.
Pour revenir au sujet de cette entrée, au vers 77 du chapitre XVIII, je lis :
Le mot Shiva désigne Celui qui a l'emprise sur tout et sur qui personne n'a d'empire, par le jeu de mots de l'inversion : Shiva est Vashî, celui qui possède le contrôle absolu, de même que le lion simha, est par le jeu de mots de l'inversion, himsa, c'est-à-dire la créature qui attaque les autres animaux et qu'aucun autre animal ne peut attaquer.
Il est bien connu que les noms des jours de la semaine sont liés aux planètes que les Romains leur associaient. Je viens de voir que ce Shiva-Purâna faisait les mêmes associations ! en associant de plus une divinité à chaque jour, du dimanche au samedi : Shiva, Mâyâ, Skanda, Vishnu, Brahmâ, Indra, Yama.
2008-10-25 01:52+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse
Ce soir, c'était la première fois que j'allais à l'Opéra Garnier pour assister à un ballet. J'y étais déjà allé pour un opéra-ballet, mais sans texte chanté, ce n'est pas du tout la même chose. J'ai vraiment adoré ce spectacle, Les Enfants du paradis, création de José Martinez, d'après le scénario de Jacques Prévert du film du même nom de Marcel Carné, qu'à ma grande honte, j'avoue n'avoir pas vu.
Cela avait failli ne pas commencer du tout. Bien que j'eusse prévu une marge d'une demi-heure, mon RER a été tellement retardé que j'ai craint d'arriver en retard. Il a été transformé en omnibus, s'est trouvé bondé et pour couronner le tout, déguisés en lapins, un petit groupe d'imbéciles étudiants faisaient les zouaves. Changement à Châtelet, direction Pyramides. Je n'avais pas le souvenir que l'avenue de l'Opéra fût si longue. J'arrive tout juste à l'entrée de ma quatrième loge de côté (tout en haut) avant que le spectacle commence. En ayant payé 20€, je ne m'attendais pas à avoir une place aussi satisfaisante. Certes, cela donne un peu le vertige, on est un peu serrés, ce n'est pas très confortable, il faudrait prévoir une genouillère pour ne pas se faire mal en se cognant contre le bord. Pour prévenir l'engourdissement des jambes, il n'y a probablement rien à faire. Malgré ce relatif inconfort, bien calé dans mon siège, je voyais la scène et l'orchestre presqu'en entier. Pour voir le coin qui manquait, il me suffisait de me pencher un peu. M'étant installé au tout dernier moment, je n'ai pas sorti mes jumelles d'opéra pour ne pas faire de bruit. Je me suis bien rattrapé au deuxième acte et ai été agréablement surpris des excellentes conditions de vision que cette place offrait. En comparaison, à Bastille, en six- ou septième catégorie, je ne vois pas aussi bien les visages des artistes.
La musique de Marc Olivier Dupin était belle à écouter. Les décors
étaient magnifiques, tout en mise en abyme. Les décors étaient des décors,
à l'endroit ou à l'envers. La mise en scène du premier acte était
époustouflante, il était impossible de se focaliser sur un point de la
scène tant il se passait de choses en même temps :
funambules
, un bal populaire, du théâtre à l'intérieur du théâtre,
etc. Ce n'était finalement pas plus mal de voir ce premier acte sans les
jumelles. Bien sûr, l'intrigue se noue autour de Garance et de ceux qui la
convoitent : Baptiste, Frédérick, le Comte. Le programme comportait un
véritable entr'acte, c'est-à-dire non seulement une pause entre les deux
actes, mais aussi un mini-spectacle à part entière. Des tracts ont
d'ailleurs été jetés du poulailler pour annoncer une représentation
d'Othello au Théâtre du grand escalier. Ainsi donc, sur
l'escalier de l'Opéra, Desdémone n'en finissait pas d'agonir. Sur la scène
du théâtre, une répétition du ballet Robert Macaire se tenait.
Le début du deuxième acte se passe toujours dans l'univers du spectacle, avec donc, la création du ballet Robert Macaire de Frédérick Lemaître, qui en est la vedette. À la fin de cette scène merveilleuse, on ne sait plus très bien si on applaudit Frédérick Lemaître et la Ballerine qui viennent saluer ou bien s'il s'agit de Karl Paquette et Sarah Kora Dayanova qui interprètent leurs rôles. Nous sommes à une autre époque qu'au premier acte. Garance a épousé le Comte pour la protection qu'il lui procure et Baptiste a épousé Nathalie qui lui a donné un enfant. En assistant à un spectacle depuis un des fauteils de l'Opéra (décidément), elle retrouve Baptiste, déguisé en Pierrot, faisant un numéro de pantomime, dont le thème se rapproche curieusement du niveau méta de moins. Il n'a pas d'argent pour acheter un costume au 'chand d'habits, il le poignarde. Quand il débarque au bal du Comte, il porte le costume que son personnage a volé. Garance retombe sous son charme. Le Comte est assassiné par un homme qu'il a humilié. Garance et Baptiste pourraient s'aimer, mais ils sont surpris par un chiffonnier qui est accompagné de Nathalie. Se sentant de trop, Garance part pour ne jamais revenir.
Voilà, c'est superbe, et ça se joue jusqu'au 8 novembre.
Ailleurs : l'avis de Palpatine.
2008-10-24 01:48+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Une des qualités du Théâtre de la Ville est de proposer des prix très modérés, de sorte que l'on en a toujours pour son argent, que le spectacle plaise ou non. Pour 12€, j'aurai donc eu le privilège d'assister depuis le premier rang à un spectacle qui fait davantage rire que pleurer, mais vu le thème censément abordé, ce n'est pas un compliment.
C'est la troisième fois que j'assiste à un spectacle mettant en scène des œuvres de Bach. Ce spectacle était de loin le moins inspiré des trois. La musique de Fabrizio Cassol reprend, déforme et massacre la musique de la Passion selon saint Mathieu de J. S. Bach. Elle est interprétée par un groupe de huit musiciens situés en hauteur en arrière-scène, au cœur du décor Ikea. Le chant est assuré par la soprano Laura Claycomb (que j'avais déjà vue dans le rôle de Gilda), la mezzo-soprano Maribeth Diggle et l'étonnant contre-ténor Serge Kakudji. Des airs, des choraux et mêmes quelques récitatifs se succèdent. Certains sont adaptés de façon non grotesque, mais d'autres sont complètement dénaturés, comme Können Tränen meiner Wangen ou Mache dich, mein Herze, rein. Le plus vilain massacre est celui du chœur final Wir setzen uns mit Tränen nieder. Il est correctement interprété par l'ensemble jazz Aka Moon, mais au moment où s'attend à entendre le chant débutant de belles voix, on entend les dix danseurs gémir de grotesques onomatopées.
Les trois chanteurs ont des costumes noirs, sauf Serge Kakudji qui a un sweat à l'effigie d'un Jésus pourvu de marques sectaires vishnouïstes. Des pansements sur ses mains et pieds semblent figurer les stigmates de la crucifixion. La répartition des voix n'est pas très cohérente puisqu'on a entendu la mezzo-soprano chanter des phrases en principe chantées par Jésus.
Les dix danseurs forment un groupe étonnant. Certains passages sont assez impressionnants, comme le premier solo de type hip-hop. Les corps sont pincés, contorsionnés, s'utilisent les uns les autres de façon bien curieuse, jouissent, se font mal. Ce n'est pas désagréable, mais tout cela n'a pas fichtrement rapport avec l'histoire qu'ils sont réputés illustrer. En outre, je ne vois pas trop l'intérêt de céder à la trivialité qui consiste à faire voir le séant des danseurs.
Un vers de la Bible à été mis en scène de façon indiscutablement spectaculaire :
Matthieu 27:51 : Alors le voile du sanctuaire se déchira en deux, d'en haut jusqu'en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent.
En effet, Laura Claycomb a empoigné une grande hache et en a frappé une table. Au moment précis de l'impact, plusieurs rangées de lumières se sont mises à bouger dangereusement au plafond.
Voilà, c'était Pitié ! d'Alain Platel. Ne pas y aller si on aime trop la musique de Bach pour la voir souffrir ; de toute façon, c'est déjà complet...
2008-10-14 21:12+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Dimanche dernier, j'étais au Théâtre des Champs-Élysées pour une représentation d'Armide, opéra en un prologue et cinq actes de Lully.
Le prologue, panégyrique de Louis XIV et annonce du thème de l'opéra,
est interprété par William Christie et les Arts florissants pendant que les
choristes déguisés en touristes envahissent la salle par diverses portes.
La scène ressemble à l'entrée d'une exposition. On annonce Prochaine
visite à 17h
. La Gloire et la Sagesse (Claire Debono et Isabelle Druet)
entrent sur scène en guides touristiques munies de baguettes et de
télécommande pour vidéoprojecteur pour faire défiler des images du
Roi-Soleil sur la grande toile située au milieu de la scène. On voit un
film d'un groupe de touristes à Versailles, écoutant dans un premier temps
sagement leur guide, puis se mettant à danser en entrant dans la galerie
des Glaces. Ce prologue joyeusement animé par écran interposé par les
danseurs du Centre chorégraphique national de Grenoble (groupe Émile
Dubois) et par nos deux guides et les choristes installés dans la salle me
fait me demander si j'ai bien lu le programme : cela ne ressemble guère à
du Robert Carsen.
Quand le premier acte commence, je retrouve une mise en scène et des décors d'un style plus familier. Un joli fondu enchaîné entre la fin du film projeté et la première scène où Armide, Stéphanie d'Oustrac, se réveille dans un lit à baldaquin. On vante les victoires de la magicienne sur les croisés, mais un guerrier, Renaud (Paul Agnew), lui résiste, il vient d'ailleurs de libérer les prisonniers. Elle promet de se venger.
Au deuxième acte, Armide et son oncle Hidraot convoquent des charmes pour enchanter Renaud. Des nymphes vêtues en rouge et portant des fleurs entourent Renaud qui s'assoupit au milieu de la scène, couverte de fleurs. Par le pouvoir des machinistes, il se trouve surélevé de quelques dizaines de centimètres. Armide arrive avec un poignard pour le tuer, commence l'air Enfin, il est en ma puissance. Quand elle le voit, elle en tombe amoureuse et renonce à le tuer.
Entr'acte. Armide ne pense pas être aimée de Renaud. Elle croit ne pouvoir le divertir de ce sentiment que par magie. Elle convoque la Haine (Laurent Naouri) pour se défaire de son amour pour lui. La Haine et sa suite, vêtus de rouge, interviennent. Au dernier moment, Armide renonce aux pouvoirs de la Haine et prend refuge dans l'Amour. Les membres de la suite de la Haine embrassent goulûment l'héroïne.
Le quatrième acte est très curieux. Ubalde et le Chevalier danois sont chacun à son tour perturbés dans leur recherche de Renaud par l'apparition d'une nymphe enjôleuse. Pendant que l'un est charmé, l'autre utilise une arme magique pour défaire la nymphe de son pouvoir charmeur.
Au dernier acte, Armide et Renaud sont devenus amants. Armide craint que Renaud ne lui préfère la Gloire et le laisse sous le charme des plaisirs. Les deux compères du quatrièmes actes retrouvent Renaud et le libèrent du pouvoir d'Armide. Renaud s'habille (en rouge) et répond à l'appel de la guerre. Armide revient (en gris) et le maudit.
Si j'ai toujours un peu de mal avec les opéras baroques en français, j'ai passé un bon moment. J'ai revu avec plaisir Paul Agnew et Laurent Naouri. Après vérifications dans mes archives, si j'avais déjà entendu Stéphanie d'Oustrac dans plusieurs rôles secondaires d'Alceste (en version oratorio), je ne l'avais jamais vue dans un rôle principal. J'ai particulièrement apprécié son jeu et son chant dans l'air final du deuxième acte.
La dernière est samedi prochain. Elle sera diffusée en direct sur France Musique.
En rentrant, mon RER B est bloqué à Laplace en raison d'un accident
grave de voyageur
(en clair : un suicide). Je continue à pieds. Trois
stations plus loin, à Bourg-la-Reine, je trouve un RER pour
Massy-Palaiseau, puis un autre pour Orsay.
2008-10-09 23:05+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Je viens enfin de finir d'écouter mon intégrale Brilliant de Wolfgang Amadeus Mozart. Il m'aura fallu 1074 jours pour cela, c'est-à-dire un peu moins de trois ans. Voici le graphique de ma lente progression (le nombre de jours depuis l'acquisition en abscisse et en ordonnée le pourcentage écouté à cette date) :
Je l'ai écoutée essentiellement dans l'ordre chronologique de composition, à savoir dans l'ordre du catalogue Köchel. Ce qui m'a beaucoup ralenti, voire bloqué, surtout au début, étaient les opéras, franchement pas très intéressants. J'ai un peu accéléré le rythme d'écoute il y a un an, et il y a quelques semaines, pressé d'arriver au bout, je me suis presque infligé une sorte d'anti-traitement Ludovico. À partir des Noces de Figaro, les opéras de Mozart deviennent tout à fait supportables à mon goût ; j'ai hâte de voir une représentation de La Flûte enchantée.
Comme je le disais il y a trois ans, je n'ai pas acheté cette intégrale par goût. J'avais juste envie de connaître un peu mieux ce compositeur. J'estimais alors qu'il était moins ruineux d'acheter l'intégrale qui venait de sortir que d'acheter isolément tels ou tels symphonies, concertos ou opéras. À la fin de cette écoute, je suis toujours très loin de considérer Mozart comme un de mes compositeurs préférés.
⁂
J'ai encore en réserve une bonne quarantaine d'heures de CD non écoutés, parmi lesquels quelques opéras et oratorios :
Il paraît que je suis discolique.
2008-10-09 16:02+0200 (Orsay) — Culture
J'apprends aujourd'hui qu'un écrivain français, J.-M. G. Le Clézio, est
lauréat du Prix Nobel de littérature. Diverses
sources
mentionnent
que ses œuvres comprennent des traductions de mythologie indienne
.
Encore faudrait-il préciser très clairement qu'il s'agit-là des Indes
occidentales ou des Amérindes ! d'autant plus que les références aux Indes
orientales ne sont pas exemptes dans son œuvre, d'après les commentaires que je
lis sur son roman La Quarantaine.
2008-10-02 22:37+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Mardi soir, j'étais salle Pleyel pour le concert de l'Orchestre des
Champs-Élysées, dirigé par Philippe Herreweghe. Jusques alors, je le
connaissais surtout comme le chef du Collegium Vocale Gent pour avoir
assisté à quelques concerts où des cantates de Bach étaient au programme.
D'après Wikipédia,
le répertoire de l'Orchestre des Champs-Élysées va de Haydn à Mahler.
Justement, mardi, les deux premières œuvres au programme étaient de Haydn.
Je ne connaissais pas du tout ce compositeur, si ce n'est que j'avais
vaguement entendu dire qu'il avait inspiré Mozart. Je découvris la
symphonie La Surprise
et le concerto pour violoncelle en ut majeur
et fut très étonné qu'ils me plussent autant. Avant l'entr'acte, le
violoncelliste Jean-Guilhen Queyras nous a gratifiés de la Sarabande de la
deuxième suite de Bach. La troisième symphonie de Beethoven constituait la
deuxième partie du programme. Parmi toutes les symphonies de Beethoven, la
troisième est de très loin celle que j'ai écoutée le plus souvent. Certains
diront que c'est de la musique militaire, mais c'est quand même très
beau.
⁂
Hier, je suis retourné dans cette salle pour un récital de June Anderson. Un rhume naissant m'a un peu angoissé : mes voies respiratoires seraient-elles suffisamment fonctionnelles pour éviter aux autres spectateurs de devoir souffrir le fait que je tousse pendant les airs ? Le rhume a repris de plus belle depuis, mais pendant le concert, je n'ai pas eu de souci de ce côté-là.
La soprano était accompagnée de l'Orchestre National Bordeaux Aquitaine,
dirigé par Paolo Olmi. Au cours du concert, plusieurs œuvres orchestrales
issues d'opéras ont été jouées : l'Ouverture du Voyage à Reims de
Rossini, le Sinfonia de Norma de Bellini et l'étonnante musique de
danse des Vêpres siciliennes de Verdi. La part restant pour le
chant de la soprano n'était pas aussi importante que je l'eusse souhaité.
Heureusement, ce fut quand même plus long que ce que le programme
indiquait : le concert a fini trois quarts d'heure après les 21h30
annoncées. June Anderson a donc interprété des airs de Semiramide (Rossini)
que je ne connaissais pas, puis l'air très connu Casta diva de
Norma. Elle est revenue pour les deux airs finaux de La sonnambula
de Bellini. J'affectionne tout particulièrement l'air final Ah, non
giunge uman penseiro. Cet opéra présente la caractère inhabituel de se
bien finir. Amina se réjouit de ce qui lui arrive. La soprano chante les
deux strophes normalement
, puis recommence en insérant des
ornementations tout à fait charmantes. Après l'entr'acte, June Anderson a
chanté quelques airs d'Otello (Verdi) et d'Anna Bolena
que je n'avais jamais entendus. Bien sûr, elle a été ovationnée tout au
long du récital et a interprété un air supplémentaire (que je n'ai pas
identifié).
C'était la première fois que j'allais à un tel récital. Si June Anderson est évidemment sur le déclin, vu son âge, elle semblait parfaitement maîtriser son art et susciter l'émotion de ces airs d'opéra. Si ce n'était pas à tomber par terre, c'était malgré tout très bien.
2008-09-28 23:22+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne
Je reviens des vingt-quatre heures du râga, qui ont commencé hier à 18h. Ce programme audacieux de la Cité de la musique était divisé en deux parties : Nuit, Jour. Sur les neuf spectacles présentés dans chacune des deux parties, sept étaient communs, je n'ai donc pas jugé utile de suivre les deux programmes !
Je me suis donc levé à une heure invraisemblable pour arriver un peu avant 7h à la Cité de la Musique, porte de Pantin, où j'allais pour la première fois. Les alentours de la salle des concerts sont sobrement décorés à l'indienne. J'hallucine un peu en voyant passer devant moi un marchand ambulant de CD ayant quelques difficultés d'expression, ou comment donner aussitôt l'illusion que l'on se trouve sur un autre continent ; en fait, il s'agit d'un musicien d'un groupe rajasthani qui va se produire. Le contrôle est très moderne : l'ouvreur passe un lecteur de codes-barres sur le billet. Évidemment, mon billet fait bugger le système. On n'arrête pas le progrès.
Entre la scène et la première rangée de fauteuils sont disposés des tapis sur lesquels les plus audacieux s'asseyent. Si j'avais su, j'eusse apporté un coussin. Victime du grand ordinateur Shadok, je dois m'installer au deuxième rang. Vu la taille de la salle, dans les configurations usuelles, je suppose qu'à peu près toutes les places doivent être correctes (à moins d'avoir un basketteur devant soi). Les sièges sont très confortables, en tout cas, bien plus que dans un certain nombre d'autres salles parisiennes.
Les groupes se succèdent : musique rituelle des temples (nadaswaram et tavil), ensemble rythmique, danse mohiniattam du Kerala, flûte bansuri, chant carnatique, chant du Rajasthan, chant khyal et thumri, danse kathak de Jaipur, chant dhrupad. Le programme est très chargé : dix heures de spectacles, deux pauses d'un quart d'heure. La première pause d'un quart d'heure a d'ailleurs été quasi-absorbée par le retard accumulé dans la matinée. J'avais à peine fini mon plateau de samosas et mon lassi quand le spectacle suivant commença.
Ne connaissant pas très bien la musique classique indienne,
j'appréhendais un peu cette journée, par peur de m'ennuyer. Dans
l'ensemble, tout cela était très écoutable. J'ai découvert deux autres
styles de danse : le mohiniattam et le kathak. J'avais déjà entr'aperçu un
peu de kathak à Allahabad, mais cela ne compte pas. Le
mohiniattam semble avoir quelques similitudes avec le bharata-natyam, un
autre style de danse du Sud de l'Inde, mais paraît un peu moins compliqué
et d'exécution moins rapide. La première différence que j'ai remarquée avec
le kathak, c'est que dans cette dernière danse, les danseurs font beaucoup
de pirouettes. L'ensemble des danseurs kathak comportait deux danseuses
(d'âges très différents) et un jeune danseur. Le peu de cohésion entre les
danseurs, leurs manières d'entrer et sortir de scène (ou plutôt de n'en pas
sortir quand il conviendrait) ne faisait pas très pro
(contrairement
aux sept spectacles qui avaient précédé). Ensuite, est venu un entr'acte
musical qui s'est achevé par le son de grelots de cheville approchant. Dans
leur nouveau costume, les trois danseurs ont présenté une deuxième partie
de spectacle bien plus enthousiasmante que la première.
Je n'ai pas encore fait toute la lumière sur le mystère du tampura. Le
son de cet instrument est très important dans la musique classique
indienne, pourtant, on ne le voit pas si souvent en scène. Il s'agit d'un
instrument à cordes. Chacune des cordes est librement actionnée à tour de
rôle, ce qui produit un son métallique fluctuant continûment de façon
curieuse. Si on faisait la même chose avec un violon, on entendrait quatre
notes qui se suivent. Là, toutes les notes se mélangent... Les
instrumentistes de tampura joueront la même suite de notes pendant de
longues dizaines de minutes consécutives et auront tendance à s'ennuyer
ferme. Certains ont eu l'idée de les remplacer par des machines : de fait,
beaucoup d'ensembles utilisent un objet électronique qui ressemble de loin
à un vieux transistor. Il permet de synthétiser les combinaisons dont ils
ont besoin. Ce matin, le joueur de bansuri n'a pas utilisé une de ces
machines, mais son ordinateur portable pour ce faire. S'excusant de ce
qu'il soit difficile de transporter des tampura, il a utilisé un
enregistrement de cet instrument (en insistant pour dire que c'est du real sound
). Le dernier ensemble de la journée comprenait
deux joueurs de tampura, et pourtant, le leader a utilisé au début une
machine, semble-t-il pour accorder les instruments, mais il me semble qu'il
ne l'a jamais éteinte, bizarre.
Dans l'ensemble, les spectacles étaient bons voire très bons. Un d'entre eux m'a semblé excellent. C'était celui de Sudha Ragunathan, qui était accompagnée d'un violon, d'un mridangam (percussion) et d'un morsing (guimbarde). Avant chaque pièce, elle a fait l'effort d'expliquer sa structure et le sens du texte (ce n'était pas le cas par exemple du groupe de chanteurs du Rajasthan, je n'ai pas le début du commencement d'une idée sur ce que signifiaient leurs chansons). Plutôt que d'essayer de décrire de la musique carnatique de Sudha Rahunathan, je renvoie à YouTube.
Vers 17h, il ne restait plus qu'un seul spectacle d'une heure. Je me disais que j'y étais presque, qu'il ne restait plus qu'une heure. La mise en place du dernier ensemble (chant dhrupad) a pris pas mal de temps. Les maestros ont mis un temps fou à accorder les deux tampuras. Une gorgée de thé. Ensuite, ils ont eu un petit problème technique. Nouvelle gorgée de thé. Le machiniste intervient. Gorgée de thé. Pendant ce temps-là, le public cache son impatience. Il ne sait peut-être pas encore que ce dernier spectacle est le plus exigeant et austère de tous et que pour tenir jusqu'au bout, il faudra faire des efforts. Pendant plus de trois quarts d'heure, les deux chanteurs ne sont accompagnés que par le son des tampuras. Le chant évolue tout doucement, quand on croit que l'on va avancer un petit peu, non, on revient en arrière, une petite gorgée de thé au passage (il doit être froid maintenant, mais est-ce bien du thé ?). Tiens, le joueur de pakhawaj (percussion) se dégourdit les doigts, jouera, jouera pas ? allez encore dix minutes à attendre. Je commence franchement à m'ennuyer et à la fin de chaque phrase musicale désespère de constater que ce n'est pas une fin. Ce n'est pas que ce soit désagréable à entendre, non, mais c'est juste trop long pour moi. 18h25, le groupe a très largement dépassé son temps. Applaudissements du public qui a réussi à tenir jusqu'au bout. Applaudissements un tout petit peu trop enthousiastes, parce que, profitant de ce que nous sommes arrivés à la fin du programme, le groupe a le champ libre pour sacrifier à la tradition des rappels. Quand j'ai vu que les tampuras en étaient à se faire réaccorder (ce qui prendrait bien cinq minutes par instrument), j'ai lâchement fui.
PS: (2 octobre) Les vingt-quatre heures du râga ont été diffusées en direct sur Internet. Je viens de recevoir un mail de la Cité de la Musique m'informant que l'on peut revisionner ce programme en intégralité jusqu'au 30 octobre. Apparemment, il faudrait un système d'exploitation de la firme de Redmond pour ce faire, mais c'est assez facilement circumambulable... Enjoy!
2008-06-29 12:50+0200 (Orsay) — Culture — Lectures

Le Prix Biblioblog du roman, auquel je participe, vient d'être décerné à Contre-enquête sur la mort d'Emma Bovary, de Philippe Doumenc.
Le moins que l'on puisse dire est que la compétition a été très serrée !
2008-06-28 02:59+0200 (Orsay) — Culture — Opéra
Cette semaine, j'ai vu deux opéras de Verdi. Jeudi soir, Don Carlo à l'Opéra Bastille. Vendredi, Falstaff au Théâtre des Champs-Élysées.
Don Carlo était bien, mais globalement pas très enthousiasmant. Falstaff, le dernier opéra que Verdi a fini, est un opéra très différent de Don Carlo, et de tous ses autres opéras que j'aie vus ou entendus. Tout d'abord, il ne commence pas par une ouverture. On entre aussitôt dans l'histoire, qui est une comédie. Le très bedonnant Falstaff envoie deux lettres d'amour identiques à Alice Ford et à Meg Page. Celles-ci s'en aperçoivent et décident de rire à ses dépens. Monsieur Ford manigance aussi quelque chose (quoique l'opération soit d'un intérêt douteux, au moins pécunièrement : il donne incognito une valise de billets à Falstaff pour séduire sa femme). Alice Ford met en scène la venue de Falstaff chez elle. Quand son mari débarque fou de rage pour massacrer l'intrus, on le cache dans un panier à linge. On finit par le jeter dans la Tamise par la fenêtre. L'opéra pourrait presque se terminer sur ce plouf final. Dans le troisième acte, on va encore se moquer un peu de Falstaff, mais il ne sera plus le seul à en recevoir les éclaboussures. Depuis le premier acte, on avait découvert la romance entre Nanetta, la fille des Ford, et Fenton, mais Ford veut la marier avec le pédant Dr Cajus. Au cours de la cérémonie nocturne du troisième acte, Ford va célébrer simultanément deux mariages : Dr Cajus avec la reine des fées (il s'agit en fait d'un partisan de Falstaff déguisé) et, rendus méconnaissables par leurs déguisements, Nanetta et Fenton.
Les raisons qui m'avaient poussé à inscrire cet opéra à mon abonnement étaient la présence d'Anna Caterina Antonacci (Alice Ford) et le fait qu'il s'agisse d'un opéra de Verdi. Comme toujours, j'ai aimé son chant et son jeu. Parmi les autres interprètes féminins, Caitlin Hulcup (Meg Page) était assez en retrait. J'ai été plutôt agréablement surpris par Marie-Nicole Lemieux (Mrs Quickly ; elle avait le bras en écharpe suite à une chute pendant les répétitions). Il y a un ou deux ans, le mensuel Cadences m'avait offert son disque L'heure exquise : je l'avais trouvé d'un ennui profond. Dans le rôle de Nanetta, Amel Brahim-Djelloul était très bien. Falstaff était interprété par l'impressionnant Alessandro Corbelli, que j'avais vu en DVD dans le rôle de Sulpice (La fille du régiment). J'ai pu apprécier à nouveau Ludovic Tézier (Ford) et entendre Francesco Meli (Fenton) dans le très bel air Dal labbro il canto estasiato vola.
Dans cet opéra, les personnages entrent et sortent de scène très rapidement, et on voit beaucoup de dialogues (mettant en relation parfois beaucoup de personnages), ce qui donne un résultat très vivant (tout particulièrement quand les quatre personnages féminins sont réunis), sans temps mort. La dernière partie du troisième acte est incroyable. Bien qu'elle l'ait fait jeter dans la Tamise, Mrs Quickly a réussi à faire croire à Falstaff qu'Alice Ford l'aime et qu'elle lui donne rendez-vous près du chêne de Herne, théâtre de la légende du Chasseur Noir, pourvu de cornes. À minuit, Falstaff est au lieu dit, déguisé comme on lui a demandé de le faire... Tous les autres vont concourir à sa mystification. L'idée est de lui faire croire que des créatures célestes réprouvent sa conduite. Elles l'intimident, le maltraitent physiquement et le forcent à se repentir. Cela commence par la mouvante apparition de la reine des fées (Nanetta), qui se balance sur une balançoire à la verticale de Falstaff ; après Natalie Dessay (Lucia di Lammermoor) et Sylvie Brunet (Padmâvatî), c'est la troisième chanteuse que je vois utiliser cet accessoire dans un opéra. Les fées vont bientôt céder la place à des créatures plus maléfiques, avançant masquées. La mise en scène de ce passage est extrêmement bien réussie ; le fond lumineux représentant un arbre peint en style impressionniste était un très seyant élément de décor. Le pauvre Falstaff en voit vraiment de toutes les couleurs. Dans la cohue, le masque de Bardolfo, un de ses partisans putatifs, tombe. Les créatures qui le tourmentent n'avaient donc rien de céleste. Vient le temps de la célébration des noces de Nanetta et du Dr Cajus, se dit Ford. Comme indiqué plus haut, il est trompé à son tour par les femmes. On se dispute un peu pour savoir qui a gagné et qui a perdu, et finalement, on se réconcilie.
Avec cette histoire et cette belle musique, il y avait de quoi faire un spectacle enthousiasmant. À mon avis, c'est une réussite, autant par la mise en scène que par les voix.
2008-06-23 10:20+0200 (Orsay) — Culture — Culture indienne — Voyage en Inde V
Hier, j'ai acheté un petit cahier à spirales pour prendre diverses notes lors de mon prochain voyage en Inde. Pour favoriser mes chances de monter facilement dans le bon bus ou le bon train sans trop avoir à faire de signes de mains et de hochements de tête, j'y note dans les alphabets locaux la liste des villes que j'envisage de visiter :
Kolkata কলকাতা ― Shantiniketan শান্তিনিকেতন ― Bishnupur বিষ্ণুপুর ― Puri ପୁରି ― Konark କୋଣାର୍କ ― Bhubaneshwar ଭୁବନେଶ୍ବର ― Vijayawada విజయవాడ ― Amaravati అమరావతి ― Hyderabad హైదరాబాదు ― Warangal వరంగల్ ― Hampi ಹಂಪೆ ― Aihole ಐಹೊಳೆ ― Pattadakal ಪಟ್ಟದಕಲ್ ― Badami ಬದಾಮಿ ― Bijapur ವಿಜಾಪುರ ― Jalgaon जळगाव ― Mumbai मुंबई 1.
En dehors de l'alphabet latin, cinq alphabets indiens sont représentés. Du début à la fin, on voit successivement les alphabets bengali, oriya, télougou, kannada et devanagari. Tous ces alphabets sont bâtis sur le même principe. Des consonnes, des voyelles, écrites de gauche à droite ; quand une voyelle suit une consonne, elle décore la consonne précédente (on parle de matra). Pour les détails, il faut faire avec les particularités de chaque alphabet...
Le seul alphabet que j'aie à peu près correctement assimilé est l'alphabet devanagari. Par rapport aux autres alphabets, finalement, la seule difficulté réside dans le système complexe de formation des ligatures : quand deux consonnes (ou plus) se suivent sans voyelle intercalaire (même un a tellement bref qu'il ne se prononce pas), les glyphes se collent, s'empilent ou se mélangent. Dans le cas le plus simple, la moitié droite, barre verticale comprise, de la première consonne est mangée par la deuxième. La difficulté réside dans les ligatures plus complexes, où on ne parvient plus à distinguer les glyphes initiaux. Cette difficulté n'apparaît pas dans le nom des villes de Mumbai et Jalgaon ci-dessus. Il semblerait que ce ne soit d'ailleurs le cas d'aucune des villes hindiphones que j'aie visitée jusqu'à maintenant. (Je vous jure que ce n'est pas sur ce critère que je les ai choisies.) Sur l'entrée du Shri Bhagavadgita Mandir, on peut déjà voir une petite palette des différents types de ligatures :

Le premier mot
श्री (shri) est une haute
formule de respect obtenue en combinant les consonnes
श (sh) et र
(r), le tout suivi d'un i
. Le mot suivant Bhagavadgita
s'écrit généralement en deux mots (au moins en français), c'est le titre
d'un ouvrage religieux hindou (auquel ce temple est dédié), constitué d'un
dialogue entre Krishna et Arjuna, situé
juste avant le début de la guerre, à l'intérieur du sixième livre du
Mahabharata.
Bhagavad
se terminant par un d
et Gita
commençant
par un g
, on peut voir un magnifique
empilement des deux consonnes, qui risque
de perdre de sa superbe après affichage sur votre écran sous forme de
texte : द्ग
. Le dernier mot est un mot que
l'on voit très souvent écrit, puisqu'il veut dire temple
: मन्दिर
(une
écriture plus moderne utilisant un signe de nasalisation plutôt qu'un
n
est मंदिर
). Dans ce
dernier cas, la barre verticale du n
est effacée pour laisser la
place au d
: c'est le cas le plus facile à déchiffrer.
Parmi les quatre autres alphabets représentés, l'alphabet bengali est
celui qui s'approche le plus de l'alphabet devanagari. Par exemple,
la lettre ল
est quasi-identique à la lettre homologue ल
de l'alphabet devanagari. Une particularité : en
devanagari, la plupart des matras s'écrivent à droite, en haut ou en bas
des consonnes sauf celui du i
qui s'écrit à gauche, en bengali,
il y a un peu de ça, mais les matras associés à e
et ai
s'écrivent à gauche, tandis que ceux correspondant à o
et au
ont un morceau à gauche et un autre à droite, phénomène que j'avais déjà
observé pour le tamoul (essentiellement pour les mêmes voyelles).
Globalement, je trouve l'écriture bengali assez harmonieuse.
Plus bas, le nom des villes de Puri, Konark et Bhubaneshwar est écrit dans l'alphabet de la langue officielle de l'état d'Orissa : un assemblage extravagant de ronds qui veuille dire quelque chose.
Un peu plus bas, il n'y a pas un, mais deux alphabets. Il n'est pas
évident de les distinguer au premier coup d'œil ! Lors de mon séjour au Sud de
l'Inde, l'écriture d'écriture kannada m'avait
semblé assez hermétique. Combien
peuvent paraître curieuses les décorations en forme de luge que l'on peut
voir de Hampi à Bijapur ? Entre Vijayawada et Warangal, on retrouve un peu
la même chose : c'est du télougou, langue de l'Andhra Pradesh. Je crois que
j'ai essentiellement compris le principe. En télougou, par défaut, la plupart
des consonnes sont surmontées d'une sorte de Swoosh. Si la consonne est
suivie d'une voyelle, le Swoosh se transforme en une ou plusieurs luges,
boucles, etc, harmonieusement raccrochées à la consonne. J'aime bien la
façon dont ti
s'écrit : తి
. En
kannada, il n'est pas question de Swoosh, mais de luge placée par défaut en
haut de la consonne comme dans ರ
(ra), et remplacée
par quelque autre chose tout en courbes si une voyelle est ajoutée. (Cette
manière de décrire les choses traduit un a priori de ma part, à
savoir que cette interprétation est une conséquence de la manière dont ces
alphabets ont été intégrés au Standard
Unicode, à savoir de façon à ce que les homologies entre les alphabets
soient bien préservées (par exemple, pour transcrire un mot d'un alphabet
indien à un autre,
il suffit souvent de préserver les 7 bits de poids faible dans le
numéro du caractère, tout en changeant le préfixe). Dans l'alphabet
devanagari, la voyelle a
brève n'apparaît pas explicitement quand
elle suit une consonne. Il n'y a aucun caractère dans le Standard Unicode
pour ce matra invisible. Il y a gros à parier que, en vérité, la luge
(resp. le Swoosh) ne fait pas vraiment partie des consonnes, mais qu'il a
été décidé, plutôt que de créer un matra a bref qui ferait paraître ces
signes, eh bien, de préserver la compatibilité logique avec l'alphabet
devanagari, ainsi, selon Unicode, sauf mention du contraire, tout se passe
en télougou et en kannada comme si chaque consonne était suivie d'un a
bref. Hum, je crois que j'ai compris pourquoi l'alphabet kannada m'avait
semblé hermétique...).
[1] Il est très probable que la plupart de ces alphabets s'affichent très mal sur votre écran, s'ils s'affichent... J'ai essayé de ne pas faire d'erreur de recopie. Il n'est pas toujours évident de trouver sur le Web les noms de ville dans ces alphabets locaux, et si on les trouve, il n'est pas clair que ce qu'on voit soit une écriture correcte, les différents logiciels n'affichant pas tous la même suite de caractères de la même manière. Dans les cas douteux, j'ai essayé de trouver des images (titres de journaux par exemple) représentant ces noms. La version de Firefox que j'utilise s'appuie sur GTK+ et plus particulièrement sur Pango pour afficher du texte dans de nombreuses langues : le support des langues indiennes m'y semble excellent.
⁂
Samedi dernier, avant d'entreprendre la dernière étape de ma lecture du deuxième livre du Rāmcaritmānas de Tulsī-Dās, traduit en français par Charlotte Vaudeville, j'ai lu une étonnante pièce de théâtre de Rabindranath Tagore. Malheureusement, il semble que cette pièce ne soit plus disponible en français ; cette œuvre avait été traduite de l'anglais par André Gide, et paraît-il lue à la radio la veille de la prise de Paris par la Wehrmacht. Le titre anglais de la charmante traduction de Krishna Dutta et Andrew Robinson est The Post Office. La traduction de Gide s'appelait Amal et la lettre du roi. C'est très court. Un jeune garçon, Amal, est malade et doit rester chez lui parce que le médecin lui interdit de sortir de peur que son état s'aggrave. Via sa fenêtre, il découvre l'extérieur. Il s'émerveille de toutes les opportunités qui existent dehors. Quand il aperçoit le nouveau bureau de Poste, il se met à espérer que le raja lui enverra une lettre... Bref, cela va peut-être me donner une plus grande motivation pour aller à Shantiniketan.
2008-06-15 00:08+0200 (Orsay) — Culture — Lectures
Je mets à jour très régulièrement mon booklog. Cette page contient la liste des livres qui s'entassent chez moi ou que j'ai lus depuis que j'ai ouvert ce weblog. Au bout de trois ans, la liste se fait un peu longue et il devient difficile de s'y retrouver.
Pour y voir plus clair, je viens de faire en sorte qu'un classement par auteur soit généré automatiquement. Pour la plupart de ces auteurs, je n'ai lu qu'un seul de leurs livres. Les auteurs les plus représentés dans la liste sont Vikram Seth et Anita Desai. Ils apparaissent chacun huit fois. Cependant, la liste contient beaucoup d'acquisitions récentes... Je n'ai pour le moment lu que quatre livres de Vikram Seth et trois d'Anita Desai. Depuis 2005, l'auteur dont j'aie lu le plus grand nombre de livres est Jean-Claude Carrière. Cependant, les six livres que j'ai lu de cet auteur ne représentent que 857 pages : il n'est pas étonnant que je les ai presque tous lus d'une seul traite... En temps de lecture, les deux premiers quasi-ex-aequo sont manifestement Vikram Seth et Vālmīki.
2008-06-09 22:12+0200 (Orsay) — Culture — Théâtre
La semaine dernière, je suis allé pour la première fois à l'Odéon — Théâtre de l'Europe. Je vais d'habitude au théâtre pour assister à des concerts ou à des spectacles de danse. Cette fois-ci, c'est bien pour voir du théâtre, et non pas une seule pièce, mais trois, que je m'y suis rendu deux soirs de suite, après que j'ai récupéré une place qu'Akynou ne pouvait pas utiliser. Merci à elle.
Le premier soir, j'ai donc vu Agamemnon, et le lendemain Les Choéphores et Les Euménides, ces trois pièces constituant L'Orestie, la trilogie d'Eschyle. À quelques éléments près, le décor était essentiellement le même pour les trois pièces : une impressionnante structure sur trois étages, le troisième (métallique) étant principalement utilisé par les musiciens du quatuor Léonis. En effet, il y avait de la musique : le chœur intervenait régulièrement et chantait son texte... en grec (avec surtitres). Au deuxième étage, une pièce rectangulaire mobile principalement utilisée pour les assassinats. L'essentiel de l'action se passait au premier plan, où diverses configurations de marches et de plateformes ont été utilisées.
Les comédiens m'ont plutôt fait bonne impression. Les mots qui sortaient de leur bouche étaient exprimés distinctement. Dans l'ensemble, le texte était lui aussi assez compréhensible. Par moment, il m'a paru difficile à comprendre en direct, mais le sens global était assez clair. Le texte a manifestement été modernisé (sans excès) par le metteur en scène Olivier Py.
N'étant pas familier avec le théâtre, je n'ai pas vraiment d'avis sur la mise en scène. Dans l'ensemble, je suis satisfait du spectacle auquel j'ai assisté. Quelques curiosités. Parfois, des filets d'eau tombaient du ciel. La musique se faisait stridente, la lumière oppressante via l'utilisation de stroboscopes. Les entrailles que manipulaient le devin Calchas n'étaient pas très appétissantes. Agamemnon est entré en voiture par une entrée située à l'arrière du théâtre ; depuis l'orchestre, on pouvait apercevoir la circulation sur la rue de Vaugirard. Oreste était littéralement aspergé d'un liquide rougeâtre paraissant s'écouler d'un porc accroché à un filin lors de la purification d'Oreste dirigée par Apollon. Des personnages, notamment Cassandre et Oreste, ont paru nus ; je n'ai pas vraiment saisi l'intérêt.
Bien que ce ne soit pas la pièce d'entre les trois où il se passe le plus de choses, la pièce qui m'a le plus impressionné est la troisième, Les Euménides. Au début de la pièce, les Érinyes menacent de tuer Oreste parce qu'il a tué sa mère Clytemnestre. Oreste se fait purifier par Apollon (voir ci-dessus), mais cela ne suffit pas. Il se réfugie à Athènes. La déesse Pallas Athéna va trancher. Elle donnera la parole aussi bien à l'accusation (coryphée des Érinyes) qu'à la défense (Apollon). Athéna dirige le procès splendidement depuis un amphithéâtre installé au deuxième étage du décor. Les Athéniens vont voter. Comme il y a égalité, c'est Athéna elle-même qui décide du sort d'Oreste. Son crime est pardonné parce que, n'étant pas née d'une matrice car issue de Zeus, elle peut excuser celui qui a tué sa mère. Pour apaiser les Érinyes, elle leur donne un rôle bienveillant, qu'elles acceptent.
Dans les Choéphores, le comédien interprétant Athéna avait le rôle insignifiant de Pylade. Dans cette troisième pièce, il pouvait exercer tout son talent. Son discours aux Athéniens était particulièrement impressionnant. Si j'ai aimé Les Euménides plus que les autres pièces, c'est surtout grâce à lui, grâce au décor qui se prêtait très bien aux situations, qu'il y avait moins de longueurs, et peut-être aussi parce que la parole n'était guère donnée aux mortels.
⁂
En sortant du théâtre, j'ai marché le long des grilles du Jardin du Luxembourg où sont exposées de très belles photographies pour une exposition intitulée 30 ans d'émotions, les photos du Figaro Magazine. Un coup d'œil sur la gauche : le Panthéon resplendit dans la nuit. Nostalgie. RER.
2008-06-06 01:23+0200 (Orsay) — Culture — Opéra
À Vérone, deux groupes s'affrontent : les Guelfes et les Ghibellines. On s'y retrouve mieux si on oublie ces noms et qu'on les appelle respectivement Capulet et Montaigu. Un émissaire des Montaigu vient offrir la paix à Capellio en l'échange du mariage de Giulietta et Roméo. Bien entendu, les Capulet refusent ; Giulietta a déjà été promise à Tebaldo, qui a juré de venger la mort du frère de Giulietta que Roméo a tué au combat. En vérité, cet émissaire n'est autre que Roméo. Il rencontre Giulietta en cachette. Les noces de Tebaldo et de Giulietta, que Capellio a précipitées, sont interrompues par une attaque surprise des Montaigu. La bataille entre les deux clans va pouvoir éclater au moment de l'entr'acte.
Au deuxième acte, Lorenzo, le médecin et confident de Giulietta lui propose de feindre la mort en buvant un philtre. Elle finit par accepter. On l'enterre tandis que Tebaldo et Roméo se battent. Lorenzo ayant été découvert, Roméo n'a pas été averti du subterfuge. Quand il voit le corps sans vie de Giulietta, de désespoir, il avale un poison. Après que Giulietta s'est réveillée et a compris ce qui s'était passé, elle se donne elle aussi la mort.
⁂
J'ai assisté à une représentation de cet opéra de Bellini lundi dernier à l'Opéra Bastille. Avant que le spectacle commence, on pouvait voir des sabres plantés dans l'avant-scène. Je demandai alors à ma voisine si elle pensait qu'on allait avoir des scènes d'escrime. Si j'avais regardé de plus près la distribution, j'eusse vu qu'elle comprenait la mention d'un maître d'armes... Je n'ai pas été déçu.
Le décor manquait singulièrement de fantaisie : il était essentiellement formé de grands murs quadrillés en rouge. Un passage secret pour faire rentrer Roméo dans la chambre de Giulietta (avec un joli effet d'ombres chinoises portées sur le mur du milieu). Des costumes assez austères : le chœur des Capulet en rouge, Roméo en vert et noir sauf quand il est déguisé en Capulet, Giulietta en blanc, les Montaigu en bleu. J'ai trouvé la scène de l'église particulièrement réussie. Les rouges et les bleus ont commencé à se battre tout d'abord au ralenti avec leurs armes alors que les murs centraux tournaient avec le décor autour d'un axe, et puis le combat s'est fait de plus en plus spectaculaire.
Quelques détails m'ont fait tiquer dans cette mise en scène de Robert
Carsen. Après qu'elle s'est écroulée et que tout le monde l'imagine déjà
morte (certes pour de faux) depuis quelques secondes, pourquoi diable
Lorenzo remet-il sur pieds Giulietta pour finalement la laisser retomber et
mourir
à nouveau ? Pourquoi les missels ont-ils disparu à la fin des
combats ? Pourquoi donc faire se relever quelques secondes avant le tomber
du rideau les combattants que l'on imagine morts depuis le début de
l'acte ? Au sujet des lumières, pourquoi les avoir autant réduites lors du
deuxième acte ? Quand on va à l'Opéra ou au Théâtre, c'est pour voir des
artistes en pleine lumière, non ? Par moments, depuis le premier balcon,
même avec les jumelles, on n'y voyait goutte.
Dans cet opéra, l'action est très resserrée. Dans le programme, on peut lire un commentaire de Berlioz qui, après avoir vu cet opéra, se plaignit notamment de n'y avoir pas vu de nombreuses scènes de la pièce de Shakespeare. Trois moments forts : les airs de Giulietta lors de l'entrevue avec Roméo, ses airs avec Lorenzo et son père au début du deuxième acte, la scène finale. Bref, le rôle principal est celui de Giulietta, qui été interprétée lundi soir par Anna Netrebko qui fait ses débuts à l'Opéra de Paris avec cette production (enceinte de cinq mois, elle est remplacée pour quelques dates par Patricia Ciofi). Je n'ai pas été ému aux larmes par le grand air de Giulietta du premier acte. La version enregistrée par Natalie Dessay de cet air est nettement plus émouvante, mais je n'irai pas jusqu'à dire que j'ai détesté la prestation d'Anna Netrebko.
Par la beauté et le nombre des airs, Giulietta est suivie de peu par le rôle de Roméo, qui a été écrit pour mezzo-soprano. Ce rôle a aussi été adapté pour ténor, comme sur l'enregistrement techniquement nul que j'ai (enregistré le 7 octobre 1967 à la Scala). Pour notre plus grand plaisir, ce rôle a été confié à Joyce DiDonato dont j'ai autant apprécié le chant que le jeu.
Pour d'autres critiques, voir chez Kozlika.
2008-05-05 23:55+0200 (Orsay) — Culture — Danse — Culture indienne
Comme il y a deux ans, je suis allé voir un spectacle
de danse de Padmini Chettur au Théâtre de la Ville (Abbesses). Je n'ai pas
grand chose à ajouter par rapport à la description très succinte que
j'avais faite de Paperdoll. Au moins, cette fois-ci, je savais un
peu mieux à quoi m'attendre, malgré les toujours aussi tordants descriptifs
de spectacle fournis par le Théâtre. Pour le spectacle Pushed de
ce soir, les titres des cinq paragraphes sont une approche
contemporaine
, une méditation souveraine
, une communion des
sens finit par hypnotiser celui qui regarde
, infinie délicatesse et
force quasi tellurique
, l'épure de la danse devient hymne à la
vie
1. Le spectacle était loin d'être
déplaisant. Toutefois, la musique avait été confiée au même artiste que
pour Paperdoll : Maarten Visser. Si cela se laissait écouter sans
souffrance pendant l'essentiel du spectacle, vers le milieu, tout est
devenu très dissonant, pire que d'entendre une quinte du loup
pendant un quart d'heure non-stop. Cela a d'ailleurs fait fuir de nombreux
spectateurs. Curieusement, parmi les fuyards, il s'est trouvé quelques
téméraires à souffrir cette dissonance pour ne s'échapper de la salle
qu'après que la musique est redevenue écoutable : pourquoi donc ne pas
couronner ce déplaisir de la glorieuse satisfaction d'avoir vu le spectacle
en entier ?
[1] À ce propos, Bladsurb (dont on peut lire
la
chronique sur ce spectacle) me disait il y a
quelques jours qu'il trouvait injuste l'incompréhension que suscitent les
descriptifs de spectacles de danse du Théâtre de la Ville (cf. le générateur automatique de
critiques), affirmant que dans le cas de l'exemple authentique de loc. cit., il trouvait qu'a posteriori, la critique
correspondait plutôt pas mal au spectacle qu'il avait vu. Pour le spectacle
de ce soir, si après avoir vu le spectacle, je comprends que l'on puisse
dire qu'il allie infinie délicatesse
et force quasi
tellurique
, le problème est que pour le commun des mortels, cela ne
laisse de susciter l'incompréhension, au mieux l'étonnement en découvrant
le spectacle, et pourquoi pas la colère de voir ses attentes déçues.
2008-05-03 22:18+0200 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne
Quelle fut ma surprise, en arrivant en début d'après-midi à l'accueil de la salle W de la Bibliothèque François Mitterrand, de découvrir qu'un des deux livres que j'avais réservés était une BD alors que je m'attendais à lire un livret d'opéra, fût-il illustré !
J'apprécie beaucoup les livres de Vikram Seth. J'ai déjà commenté deux de ses livres sur le Biblioblog : Deux vies (biographie de son grand-oncle Shanti Seth et sa grande-tante Henny) et Le Lac du Ciel (récit d'un voyage en Chine, Tibet compris, au début des années 1980). J'ai lu récemment son roman Un garçon convenable ; ma critique paraîtra dans quelques jours sur le site.
En lisant la fiche Wikipédia anglophone de cet auteur, j'avais découvert qu'il avait rédigé un livret d'un opéra inspiré d'une légende grecque, créé à Plymouth en 1994 : Arion and the dolphin. En trouvant cette notice dans le catalogue de la BnF, je m'attendais à trouver une adaptation française de ce livret.
Je me suis donc retrouvé avec quelques doubles pages de dessins agrémentées chacune de quelques lignes de texte racontant l'histoire d'Arion, son voyage vers la Sicile où il gagne un concours de chant grâce à un coquillage, son retour en bateau durant lequel on lui vole sa bourse et on le jette à la mer, son sauvetage par un dauphin qui le ramène à bon port... (On peut faire de bons opéras avec des histoires encore plus simples ! Je me demande comment le rôle du dauphin était représenté sur scène.)
S'il paraît évident que l'adaptatrice a tenté de préserver le côté poétique que devait avoir l'original anglais, lire cet original donnerait une meilleure idée du travail poétique de l'auteur, et ce serait sans doute encore mieux sous la forme du livret d'opéra que sous cette forme illustrée où le texte occupe une place réduite.
⁂
Après cette lecture agréable bien que décevante compte tenu de ce à quoi je m'attendais, j'ai continué ma lecture d'une traduction française du deuxième livre du Rāmcaritmānas, entreprise que j'avais délaissée depuis quelques mois. J'ai repris ma lecture au début, le deuxième livre commençant par cette très belle invocation :
Puisse le dieu à gauche duquel resplendit la Fille des Monts, le dieu qui porte sur la tête la Rivière sacrée, sur le front la Lune nouvelle, sur la gorge la trace du Poison, sur la poitrine le Roi des Serpents en guise de cordon sacré, puisse le Meilleur des Dieux, le Maître de l'Univers, le Dispensateur de tous les Biens, l'Omniprésent, le Propice, le Dieu au Croissant de Lune, puisse le Seigneur Śaṅkara m'accorder sa protection !
Il s'agit bien sûr de Shiva. Dans l'iconographie hindoue, on retrouve ainsi très souvent le croissant de Lune, le serpent et la rivière sacrée (Ganga) jaillissant de son chignon d'ascète. La Fille des Monts est son épouse Parvati (pour plus de détails, voir La naissance de Kumara, Kalidasa, traduit du sanskrit par Bernadette Tubini, Connaissance de l'Orient, Gallimard/Unesco). La trace du Poison sur la gorge est une allusion à un épisode du mythe du barattage de la Mer de Lait au cours duquel, pour sauver le monde, Śiva avait avalé le poison qui s'était répandu partout : sa gorge en avait gardé une trace, ce qui avait valu à Śiva le nom de Nīlakaṇṭha (qui, au passage, est aussi devenu entretemps le nom d'un personnage d'opéra : le père du personnage éponyme de Lakmé de Delibes).
2008-04-11 08:53+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Culture indienne
Je ne sais pas ce qui se passe cette année, mais par rapport aux années précédentes, j'observe un inquiétant nombre de spectacles annulés parmi ceux que j'avais réservés.
Au Théâtre du Châtelet, sur les cinq spectacles de mon abonnement, deux ont été annulés, pour des raisons en apparence assez futiles d'après les lettres envoyées par le Théâtre pour informer ses abonnés. Je n'ai donc pas pu voir Howard Shore diriger la suite pour orchestre Le Seigneur des Anneaux en raison de la création mondiale de l'opéra The Fly du même compositeur. Où donc ? Au théâtre du Châtelet ! La Flûte enchantée dirigée par Jean-Christophe Spinosi est annulée parce que l'enregistrement des concerts qui était prévu initialement a été annulé.
J'ai lu hier dans Le Monde que, souffrant, Ravi Shankar a annulé les deux concerts programmés à Paris. Ce matin, je vois un mail de la Salle Pleyel m'informant qu'Anna Caterina Antonacci sera remplacée par Marguerite Krull pour le concert rossinien de dimanche prochain ; bien sûr, j'avais réservé ce concert parce que c'était A. C. Antonacci qui avait le rôle d'Elisabetta...
Je ne compte pas les grève à l'Opéra de Paris et à la RATP qui m'ont empêché de voir l'opéra Tosca, fût-il en version de concert. Je ne compte pas non plus les quelques modifications de distributions survenues inopinément sans que la qualité du spectacle en souffrît. Malgré deux solistes remplacés au dernier moment, la représentation de La messe en si mineur par le Concert Spirituel dirigée Hervé Niquet que j'ai vue à la Salle Pleyel cette année est celle que j'ai préférée.
2008-03-30 12:40+0200 (Brest) — Culture — Lectures
Le Prix Biblioblog 2008 vient d'être lancé :
2008-03-15 16:49+0100 (Orsay) — Culture — Opéra — Cinéma — Culture indienne
Hier soir, j'étais à la première de l'opéra-ballet Padmâvatî au théâtre du Châtelet. Je n'avais jamais été autant ému par un opéra. Le thème de cet opéra-ballet est inspiré de l'histoire d'une rani rajpoute de Chittor (Rajasthan) qui s'est sacrifiée avec de nombreuses autres femmes de la citadelle avant qu'un sultan ne prenne possession du palais après avoir vaincu l'armée conduite par le raja. Dans l'adaptation de cette histoire par Louis Laloy, Padmâvatî tue son mari Ratan-Sen qui veut céder à la demande du sultan mogol (sic) Alaouddin de lui donner la belle Padmâvatî en échange de la paix.
Je n'ai pas de goût marqué pour la musique vingtième siècle de Roussel. Pourtant, cette musique symphonique a la faculté de déclencher des impressions et des émotions fortes. En dehors de la musique et du chant (chœur du Châtelet et orchestre philharmonique de Radio France dirigé par Lawrence Foster), l'essentiel de la production a été confié à des indiens. La mise en scène de Sanjay Leela Bhansali (qui a notamment réalisé le film Devdas) et les décors semblent avoir pleinement utilisé les possibilités techniques du théâtre : Ganesh surgissant du ciel, décors escamotés par en haut au milieu d'un acte, rideau venant cacher l'arrière-scène pour mettre en valeur la scène tendue entre Ratan-Sen et Padmâvatî au deuxième acte.
Au premier acte, après une gracieuse entrée en scène du chœur par les allées de l'orchestre et un prologue, Alaouddin entre à dos d'éléphant, parlemente avec Ratan-Sen et sollicite des spectacles de plus en plus merveilleux jusqu'à demander explicitement Padmâvatî dont le nom évoque le lotus. Ceci permet de mettre en scène des danses de plus en plus gracieuses : guerriers, femmes esclaves, femmes du palais. Bien que la musique soit assez différente des musiques indiennes, Tanushree Shankar a merveilleusement bien chorégraphié ces danses.
Au début du deuxième acte, la bataille a commencé. Dans le temple de Śiva (de part et d'autre de la scène se trouvent un lingam/yoni et le buffle Nandi), les prêtres invitent Padmâvatî à se préparer à suivre son mari sur le bûcher. Muni de certains de ses attributs (trident, tambour, croissant de lune dans le chignon tressé), Śiva fait une apparition et prend la position Nataraja du seigneur de la danse. Pendant une trêve, Ratan-Sen entre dans le palais. Quand il demande à son épouse de se donner à Alaouddin pour épargner les autres femmes de son peuple, à l'évocation de leur mariage, quelques aspects du rite du mariage hindou sont mimés. Elle l'embroche avec le trident de Śiva. Les déesses Kali et Dourga surgissent. Lors de son entrée sur scène, Dourga est accompagnée d'un tigre ! À première vue, cela peut sembler inutile, mais dans cette production, les aspects indiens de l'œuvre sont respectés aussi authentiquement que possible. Les turbans des hommes du commun du premier acte sont ceux des rajasthanis, la barbe d'Alaouddin a la couleur orangée commune à celle que produit le henné sur la chevelure de nombreux hommes indiens, etc. Ici, le tigre est justifié par le fait que Dourga est traditionnellement représentée assise sur un félin (le plus souvent un tigre, parfois un lion). On voit une Kali avide de sang tirer la langue. Dans ce deuxième acte, l'évocation de Dourga et Kali (et d'autres divinités voisines et qui leur sont parfois identifiées) par les prêtres procure l'occasion de magnifiques scènes dansées. À un moment, les deux groupes de danseuses entourant Kali et Dourga se sont regroupées derrière leur divinité tutélaire, et ont positionné leurs bras de façon à suggérer les multiples paires de bras de l'iconographie hindoue (nécessaires pour représenter les nombreux attributs des divinités). Sous un meilleur angle que le mien, l'effet devait être saisissant.
Finalement, Padmâvatî rejoint son époux sur le bûcher. Quand Alaouddin victorieux force la porte du palais, il est trop tard. Depuis le devant de la scène, il se retourne et voit Padmâvatî et Ratan-Sen enlacés rejoindre leur séjour céleste. Tomber de rideau. Applaudissements enthousiastes de la salle pour l'ensemble des artistes qui viennent saluer.
PS : Une fois n'est pas coutume, Renaud Machart, du Monde, n'a pas détesté.
⁂
Pour me préparer à ce magnifique spectacle (auquel je vais essayer de
retourner), j'avais écouté l'enregistrement par l'orchestre du Capitole de
Toulouse (Michel Plasson) avec notamment Marilyn Horne (Padmâvatî), Nicolai
Gedda (Ratan-Sen) et José Van Dam (Alaouddin). Par le même orchestre,
Lakmé de Delibes avec Natalie Dessay (Lakmé), José Van Dam
(Nilakantha), Gregory Kunde (Gerald) est aussi hautement recommandable.
Contrairement à d'autres opéras édités par EMI classics, le livret n'était
pas inclus dans le coffret. Je ne comprends pas sous quel prétexte
économique fallacieux on peut se dispenser de publier un opéra avec son
livret, de préférence traduit aussi dans d'autres langues (le plus souvent,
les textes joints avec les disques de musique classique apparaissent en
italien, allemand, français et anglais). La quatrième de couverture
du coffret invite à consulter full libretto and translations
at www.theoperaseries.com and
www.emiclassics.com
. En
allant sur ces sites, je n'ai trouvé qu'un indigne fichier
PDF. Tout d'abord,
le livret est uniquement présenté en français, donc sans les traductions
promises dans les autres principales langues européennes. Ceci ne m'émeut
guère dans ce cas particulier, mais ce fichier n'est qu'un grotesque
brouillon qui n'a manifestement été relu par quiconque entendrait le
français ni même quiconque apte à déchiffrer l'alphabet latin. Certains
mots manquent, des groupes de lettres sont absents, remplacés par d'autres
à la graphie voisine. On y peut lire par exemple Elle découvrent le
cadavre et en vent (sic) ecantées (sic) par les prêtres.
.
Manifestement, le texte est le résultat brut d'une entreprise de
reconnaissance automatique de caractères (OCR) sur un scan d'un livret
imprimé ; pour qu'il présente mieux vu de loin, on a cependant bien voulu
rendre les didascalies en italique et le nom des personnages en gras. Le
format PDF permettant d'inclure des images, il aurait été préférable
d'inclure un livret correct dans un format bitmap, quitte à ce que fichier
soit plus gros. Les lecteurs s'en trouveraient moins incommodés.
⁂
Lors de mon dernier séjour en Inde, je ne suis pas passé loin de Chittor. Depuis Pushkar, j'avais pris un petit bus matinal avec des écoliers allant à l'école dans la ville voisine d'Ajmer. Je voulais continuer vers la citadelle de Chittor en bus, mais j'eusse dû attendre cinq heures pour le prochain bus. N'ayant alors plus que trois jours à consacrer au Rajasthan pour ce séjour, je pris un bus en partance pour la très belle ville d'Udaipur. Ce sera pour une prochaine fois...
Albert Roussel avait visité cette citadelle lors d'un voyage en Orient
quelques années avant de composer cet opéra. Le programme vendu au théâtre
du Châtelet contient un extrait du journal de voyage du compositeur. Ce
journal a d'ailleurs été publié dans Albert Roussel, Lettres et
Écrits, Flammarion Harmoniques
.
2008-03-15 16:24+0100 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne
J'ai fait ma visite au salon du livre 2008. Ma volonté de réprimer mes envies d'achats de livres peut bien souffrir quelques exceptions. J'ai rempli mon sac à dos avec quelques achats à peu près raisonnables :
Je suis d'abord allé au stand Québec éditions pour rencontrer Hélène Rioux, auteur de Vendredi soir au Bout du monde que je viens de lire. Nous avons jasé assez longuement. J'ai acheté Chambre avec baignoire un des livres où intervient Éléonore, son personnage de traductrice. À la recherche du stand Picquier, j'aperçois celui de l'Asiathèque que j'avais aussi noté. J'y ai acheté une version tibétaine des Contes du vampire dont j'ai lu récemment la version sanskrite de Somadeva, traduite en français par Louis Renou. Le titre de la traduction est Les contes facétieux du cadavre ; en tibétain, si vous avez des fontes appropriées, que votre navigateur gère l'écriture tibétaine (un peu plus complexe que d'autres systèmes d'écritures voisins comme celui utilisé pour le hindi) et que je ne me suis pas trompé en saisissant les caractères Unicode, cela donne ça : མི་རོ་རྩེ་སྒྲུང་།. J'y ai aussi pris une pièce de théâtre de Krishna Baldev Vaid La faim, c'est le feu (भूख आग है) et l'épopée moderne Kāmāyanī de Jay Shankar Prasād. Je suis ensuite naturellement allé le stand de l'éditeur Philippe Picquier qui édite de nombreux livres d'Asie, Inde comprise. J'y ai fait moisson de quelques romans et nouvelles. J'y ai retrouvé l'agréable compagnie de Gilda avec qui j'ai flâné dans les allées du salon et dont j'ai bénéficié des suggestions. J'ai été particulièrement frappé par l'impression d'abondance de (bons) livres en passant près des stands des éditeurs Payot & Rivages.
Finalement, j'ai encore trouvé le moyen de faire rentrer dans mon sac Voyager léger de Julien Bouissoux aux éditions de l'Olivier, India, India de Yolande Villemaire au stand du Québec, un roman en forme de récit de voyage, Le cri de Laurent Graff au Dilletante, un recueil de poèmes de Kedarnath Singh chez Caractères.
2008-02-10 13:56+0100 (Orsay) — Culture — Opéra
Jeudi dernier, je suis allé pour la première fois au Palais Garnier. Je n'avais jusqu'alors qu'aperçu ce bâtiment depuis l'avenue de l'Opéra en sortant de la station de métro Pyramides, soit pour aller assister à des concerts à l'église Saint-Roch soit pour manger dans un restaurant japonais tenu par des japonais rue Saint-Anne. De plus près, le Palais Garnier est très beau (malgré les travaux en cours à proximité). L'intérieur est magnifique, il faut le voir pour le croire.
J'avais cassé ma tire-lire pour acheter une place pour Orphée et Eurydice de Gluck mis en scène et chorégraphié par Pina Bausch (version créée en 1975). Ma place était meilleure que ne le laissait suggérer la fonction du site de réservation permettant de prévisualiser la scène telle qu'on la voit depuis le siège. Tout ce que je savais, c'est que j'avais un strapontin à l'orchestre. En entrant, je découvre que je suis au milieu, au deuxième rang, juste derrière la fosse. Acoustiquement, une place aussi proche de l'orchestre n'est pas forcément extraordinaire : bien que l'effectif d'un orchestre baroque soit relativement réduit, depuis ma place, le chant des solistes était bien souvent couvert par l'orchestre. J'espère que depuis une place plus reculée, la balance était meilleure. Ce bémol est largement compensé, l'angle aidant, par la possibilité de voir de très près les instrumentistes et le chef ou et de profiter pleinement du son de la harpe. J'ai aussi remarqué que depuis leur siège les flûtistes devaient naturellement avoir un bon angle de vue sur la scène pour pouvoir ainsi à leurs yeux offrir régulièrement les splendeurs du ballet. J'ai d'ailleurs repéré Marc Hantaï dans ce Balthasar-Neuman Ensemble. La musique de cet opéra de Gluck est remarquable, j'en ai bien profité. Par exemple, la danse des Furies (Chi mai dell'Erebo dans la version italienne), au début du deuxième acte, est impressionnante.
Contrairement à ce que l'on voit souvent dans les mises en scène d'opéra (je ne sais pas ce qu'il en est en général pour les opéras-ballets, c'était le premier que je voyais), le chœur n'était pas sur la scène, mais dans la fosse avec l'orchestre. Contrairement aux chœurs dans les représentations de concert, il chantait sans l'aide de la partition. L'opéra étant chanté en allemand (l'original était en italien), mais les spectateurs ne pouvaient pas bénéficier de surtitres (de toute façon, depuis le deuxième rang, je n'aurais pas pu en voir grand chose). De toute façon, je connaissais bien sûr déjà le mythe d'Orphée et Eurydice et avait écouté un enregistrement de cet opéra de Gluck quelques jours avant de venir ; je n'étais donc pas trop perdu.
Dans cette version en quatre tableaux, chacun des trois personnages (Orphée, Eurydice, Amour) est incarné sur scène par un danseur et une chanteuse. Le rôle d'Orphée était dansé par Yann Bridard, ceux d'Eurydice et Amour par Marie-Agnès Gillot et Miteki Kudo. Ils pouvaient donc danser librement en même temps que, habillées dans une robe sobre de couleur sombre, Elisabeth Kulman, Svetlana Doneva ou Hélène Guilmette chantaient (ce qui serait impossible si chaque rôle était interprêté par une seule personne).
Dans chacun des quatre tableaux, la chorégraphie était très belle. La tristesse des lamentations sur la mort d'Eurydice dans le premier, l'atmosphère oppressante des Enfers dans le second, l'harmonie du Jardin des bienheureux dans le troisième et la sobriété du tableau final où évidemment Orphée ne parvient pas à se retenir de regarder Eurydice, qui meurt (en soi, chorégraphier de nombreuses minutes de danse de couple où les deux danseurs ne doivent pas se regarder me paraît assez remarquable). Dans la version originale de l'opéra de Gluck, satisfait d'Orphée, Amour finissait par rendre Eurydice à la vie, ce qui donnait une fin heureuse ; ici, la fin était conforme au mythe.
Les décors étaient plutôt sobres, surprenants sans être extravagants.
La chaîne de télévision Arte diffusera une représentation de cet opéra en direct le samedi 16 février à 19h30. Si j'avais un poste, je sais ce que je ferais ce soir-là.
⁂
Je suis entré dans une boutique de disques harmonia mundi. Les
étiquettes étaient d'un format ancien, je n'en avais pas revu de telles
depuis mon enfance de cette sorte : toutes petites étiquettes arrondies où
il n'y a que le prix (pas de code-barre). Elles ne couvraient pas les
informations importantes. Je suis sorti de ce lieu de perdition avec sept
articles (dont deux offerts) : 9 CD et 1 DVD musical... Trois opéras
baroques (Charpentier, Marais, Monteverdi), des quattuors parisiens
de Telemann, trois disques de musique classique indienne.
2008-01-13 15:58+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Lectures
Avant-Hier avant l'aube, queue à Bastille après une trop courte nuit pour acheter ma place pour une représentation de Luisa Miller en compagnie de quelques prosélytes lyriques et en bénéficiant des fruits secs de Madame Abricot. À midi, un bon biryani pour me remettre d'aplomb pour travailler en bibliothèque. Le soir, je me rends à la salle Gaveau pour un concert. Je croyais que celui commençait à 19h30. Arrivé à 19h, le hall était ouvert, mais personne en vue, ce qui était bizarre. Je vois alors passer quelques petits groupes : des chanteurs solistes que je reconnais, un chef d'orchestre (qui dirige aussi le chœur) sortent du bâtiment, j'entends parler espagnol, français, allemand. Étrange pour une formation qui est censée être sur scène dans moins d'une demi-heure.
Je vérifie mon billet : le spectacle ne commence qu'à 20h30. Je me replonge dans Les Hauts de Hurle-Vent pour quelques dizaines de minutes et m'installe à ma place dès que les organisateurs des concerts Philippe Maillard et le contrôle se sont mis en place. Un jeune homme accorde le clavecin avec application. C'est ensuite au tour des deux violoncelles et de la contrebasse de faire de même. La salle se remplit. Quand c'est l'heure, l'orchestre baroque de Séville puis le chœur Arsys Bourgogne prennent place. Le chef Pierre Cao, sobrement habillé de noir prend place devant son pupitre et commence à diriger Le Messie de Händel.
C'était hier la quatrième fois que j'assistais à une représentation de cette œuvre, et c'est celle qui m'a le plus enthousiasmé. Les conditions d'écoute étaient particulièrement bonnes pour moi. Vers le centre du deuxième rang, j'étais suffisamment loin pour n'avoir pas besoin de parapluie pendant les airs de solistes, mais suffisamment près pour pouvoir presque entendre individuellement chaque instrument (l'effectif de l'orchestre étant plutôt modéré), chaque voix de l'ensemble, et pénétrer les moindres mouvements respiratoires du premier violon.
Je ne suis en général pas un grand admirateur des voix d'altos masculines, à part peut-être celle de Philippe Jaroussky. Je préfère largement les voix féminines pour les cantates de Bach. Pour les oratorios anglais, je ne sais pas pourquoi, mais cela me choque moins. Hier, l'alto était Carlos Mena. Quand il se positionnait à la gauche du chef pour ses airs, j'avais une vue contre-plongeante de cet homme situé juste en face de moi. J'ai beaucoup apprécié sa voix claire (bien que je n'eusse pas réécouté Le Messie depuis près d'un an, le texte anglais m'était parfaitement intelligible quand il chantait). La basse Thomas Bauer, que j'ai souvent eu l'occasion d'entendre dans des cantates de Bach était dans un très bon jour. Je découvrais la soprano Cornelia Samuelis, dont l'air I know that my Redeemer liveth au début de la troisième partie était merveilleux ; je n'avais jamais vu un visage se rosir autant par l'afflux de sang déclenché par le chant. J'ai un peu moins aimé le ténor Markus Schäfer. Concernant le chœur Arsys Bourgogne, parmi lequel je reconnaît quelques visages d'une fois sur l'autre, ce n'est pas demain que je cesserai de l'apprécier.
2007-12-26 17:36+0100 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne
Pendant que des piles de livres s'écroulent par ici, je suis en train de lire ma PAL. À ce jour, 64 livres attendent sur mes étagères que je les lise. Les livres commençant à être tassés les uns contre les autres, il serait bienvenu que je commande une nouvelle Billy (si je répugne à l'idée de retourner dans un magasin Ikea, je peux cependant consentir à prendre commande par Internet), mais je crains que si j'achète tout de suite de nouvelles étagères, l'envie de les remplir d'une bonne nouvelle centaine de livres se fera trop pressante. Bref, je suis dans une période où je lis les livres que j'ai déjà avant d'envisager d'en acquérir d'autres. Cette ascèse ne nuit guère à ma fièvre d'achats de disques, même si je tend aussi écouter mes disques aussi rapidement que je ne les achète.
Cependant, j'ai lu quelques romans ayant paru depuis septembre dernier. Parmi ceux-ci, trois m'ont particulièrement plu. Les voici (dans l'ordre chronologique de leur lecture), avec un lien vers le Biblioblog où ils sont commentés, par moi ou par d'autres :
⁂
Dans l'intervalle, j'ai aussi lu de la littérature indienne. Un poignant roman de Samina Ali, Jours de pluie à Madras (Mercure de France), raconte dans les moindres détails un mariage dans la communauté musulmane d'Hyderabad et les désastres personnels qui s'ensuivront. Un autre roman Les mille visages de la nuit (Picquier poche) de Githa Hariharan évoque trois générations de femmes sur fond de légendes du Mahabharata. Le très bon roman Un héritage exorbitant (Stock) d'Anita Desai nous fait part des entrevues d'un professeur de hindi épris de poésie avec un grand poète ourdou, celles-ci conduisant l'apprenti-reporter à s'endetter pour mener à bien son projet d'enregistrer sur bande la voix du poète.
Parmi mes lectures indiennes récentes, deux romans lauréats du Man Booker Prize. D'une part, Les enfants de minuit (Plon, Le Livre de Poche) de Salman Rushdie ; difficile à résumer. D'autre part, The Inheritance of Loss de Kiran Desai (que j'avais eu du mal à trouver il y a un peu plus d'un an), dont l'histoire se situe dans le Nord du l'état du Bengale occidental (près de Darjeeling) lors d'une insurrection d'indiens-népalais pour la création d'un état du Gorkhaland. Au milieu de l'agitation, des retraités tentent de vivre tant bien que mal. Le conflit politique entre Gorkhas et autres indiens trouve son écho dans la relation entre Sai, la petite-fille d'un juge originaire du Gujarat, et son précepteur népali Gyan. Le cuisinier du juge rêve de revoir son fils Biju, pauvre travailleur clandestin en Amérique. Hier, j'ai fini de lire ce livre dans sa langue d'origine. Pour moi, cela a été une lecture difficile du fait de cette langue au vocabulaire recherché et varié (impossible d'avancer sans un bon dictionnaire anglais à portée de main). Cette difficulté a heureusement été compensée par des descriptions savoureuses, des personnages étonnants fourmillant d'astuces et l'humour qu'a répandu l'auteure dans ce très beau livre. Je suis en train de le relire, mais en français cette fois (La perte en héritage, Les deux terres).
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Non-sequitur : au Théâtre du Châtelet, les petits numéros de place sont au milieu de l'orchestre ; moi qui pensais être excentré pour assister au spectacle de Jazz de Woody Allen hier, j'ai eu la surprise de me retrouver juste en face du clarinettiste.
2007-11-20 19:17+0100 (Orsay) — Culture — Opéra — Mathématiques
Je suis rentré du Maroc dimanche soir. Vendredi et samedi matin, j'ai visité Marrakech avec ma collègue dont la mère nous a hébergés dans sa maison située dans la médina (elle nous a aussi fait la cuisine...). Entre deux discussions mathématiques, nous avons vus rapidement quelques sites intéressants de Marrakech : le palais de la Bahia, le palais El Badi, les tombeaux saadiens, la place Djemaa-El-Fna, la médersa Ben Youssef et la mosquée Koutoubia. Je mettrai prochainement en ligne quelques photos (principalement celles de ma visite de la mosquée Hassan II à Casablanca).
À l'aéroport Charles-De-Gaulle, aucun train en raison de la grève. En utilisant un bus Air France puis un taxi, j'ai pu rejoindre Orsay en début de soirée.
Ce soir, je ne pourrai pas aller voir Tosca à l'Opéra comme je l'aurais souhaité.
2007-11-07 18:30+0100 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne — Mathématiques
J'ai fini de lire l'Iliade il y a une dizaine de jours.
Certains passages sont très beaux, mais comme le sujet de l'épopée est
l'épisode de la guerre de Troie constitué par la colère d'Achille (depuis
la dispute avec Agamemnon jusqu'aux funérailles d'Hector), il est surtout
question de batailles, incluant quelques combats singuliers décrits en
détail, tandis que pour chaque héros, on donne une longue liste de ses
victimes ; ce n'est à mon goût pas follement passionnant. Cependant, les
Dieux de l'Olympe interviennent très fréquemment, soutenant les Grecs ou
les Troyens, se disputant entre eux, etc, ce qui rend l'épopée beaucoup
plus intéressante que le simple compte-rendu d'une guerre. Toutefois, je
suis toujours d'avis que le Rāmāyaṇa (et même si l'on n'en retient que le chant VI) est plus beau.
Cette épopée indienne a été écrite probablement un millénaire après
l'Iliade, et il faut bien reconnaître que les combattants
intervenant dans les épopées indiennes ont à leur disposition des armes
beaucoup plus puissantes que celles de leurs homologues grecs et troyens
(cependant, dans le Rāmāyaṇa, les singes ne sont
armés que de leurs griffes et de leurs crocs
), ce qui permet aux
auteurs indiens d'assouvir plus facilement leur fantaisie et de décrire des
combats indiscutablement spectaculaires.
En tout cas, si vous
êtes fan de mythologie grecque et ne jurez que par
l'Iliade, je vous suggère de jeter un œil à la traduction
française du Rāmāyaṇa, vous ne devriez pas être
déçu.
⁂
Samedi dernier, je suis retourné à la Bibliothèque François Mitterrand pour lire quelques textes difficilement trouvables ailleurs. Pour que je puisse entrer, ma carte à puce jaune a dû être changée en carte à puce rouge à radio-identification.
J'y ai lu le premier volume de l'adaptation théâtrale du Mahabharata par Jean-Claude Carrière, créée le 7 juillet 1985 à Avignon dans une mise en scène de Peter Brook. Ce qui était très bien rendu dans son livre Le Mahabharata me semble tout aussi bien réalisé dans cette version théâtrale. En lisant cette pièce, rien ne m'a laissé penser que je ne me retrouvais pas face aux personnages que j'avais découverts dans la version publiée par l'indianiste Madeleine Biardeau (ce qui n'a pas été le cas avec le poétique Yudhishtar & Draupadi de Pavan K. Varma). Dans l'avant-propos du premier volume, Jean-Claude Carrière explique d'ailleurs qu'elle avait encouragé son projet avec Peter Brook d'adapter au théâtre cette épopée pour la rendre accessible au spectateur occidental. Ce premier volume est découpé en cinq parties (actes ?) : Les commencements, Jeunesse, La mariage et le royaume, Le roi des rois, Le jeu de dés. J'ai hâte d'y retourner pour lire les deux autres volumes.
J'y ai également lu le début d'une traduction française d'un des chants de la version hindie du Rāmāyaṇa, l'Ayodhyākāṇḍa du Rāmcaritmānas de Tulsī-Dās, poète de la fin du seizième siècle. Ce poète a fini sa vie à Bénarès ; un temple lui y est d'ailleurs dédié (sur les murs d'icelui, le texte complet de cette épopée serait écrit dans l'alphabert devanagari). Je n'ai pas encore suffisamment avancé dans cette lecture pour pouvoir comparer ce chant avec le chant correspondant de l'épopée sanskrite.
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Ce week-end, j'ai fini de lire les livres que m'avait envoyés Anjélica pour le swap thé et littérature. Voici les commentaires que je lui ai envoyée sur ces livres :
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt les nouvelles de Robert Olen Butler ; j'y ai découvert le thème des vietnamiens exilés aux États-Unis d'Amérique. Je relirai volontiers des livres de cet auteur à l'avenir. J'ai un avis plus nuancé sur le livre de Wolf Serno. D'un côté, je suis un peu énervé par l'aspect tout à fait invraisemblable de ce roman d'aventures (où d'ailleurs les différents épisodes n'ont pas grand chose à voir avec la quête du héros qui est dénouée un peu trop facilement) et les connaissances anachroniques de certains personnages en sciences (qu'ils comprennent que la Terre tourne autour du Soleil, passe encore, mais qu'ils l'expliquent avec autant de clarté et de concision, alors que Galilée n'est alors qu'un jeune homme, cela me semble un peu invraisemblable). D'autre part, les personnages sont bien sympathiques, il leur arrive sans cesse des misères et on a toujours envie de savoir ce qu'il va se passer ensuite. Comme en plus le texte se lit très fluidement, quoiqu'assez épais, j'ai lu ce livre très rapidement. Malgré ses défauts, comme le promet la quatrième de converture, c'est un petit bonheur de lecture.
⁂
La semaine prochaine, j'irai à Casablanca pour rendre visite à une collègue mathématicienne.
2007-10-20 13:02+0200 (Orsay) — Culture — Lectures — Thé — Jeux
Hier soir, après être rentré de l'université, j'ouvre ma boîte aux lettres et y découvre un colis :
Mais qui peut bien m'envoyer des chaussures de sport ‽
Ah, il s'agit de l'envoi de ma swappeuse pour le swap thé et littérature organisé par Loutarwen :
Et voici le contenu du colis, une fois déballé (et on y voit plus clair avec le flash) :
Dans ce très beau colis, Anjélica m'envoie :
Merci beaucoup Anjélica !
⁂
Je m'empresse d'ouvrir le sachet de thé Bi Luo Chun pour le
sentir et en observer les feuilles. Il s'agit d'un thé vert chinois, dont
le nom signifierait la spirale de jade du printemps
, d'apparence
duveteuse. J'en prélève deux grammes, les mets dans mon zhong, rince le thé, ajoute de l'eau pour le laisser infuser
quelques minutes et déguste le résultat :
Les deux premières infusions m'ont semblées excellentes, mais j'ai raté la troisième : une eau un peu trop chaude (pour les thés verts, je mélange en principe un tiers d'eau froide et deux tiers d'eau bouillante), un temps d'infusion un peu trop long et une amertume qui se met à recouvrir le goût du thé qui s'est fait plus discret qu'aux deux premières infusions ; cela ne tient pas à grand chose.
Encore merci Anjélica pour ce très judicieux choix de thé. J'ai aussi goûté le thé à la violette, et suis plutôt agréablement surpris par le goût de ce thé.
⁂
Vous pouvez voir le colis que j'ai envoyé à Amy pour ce swap sur son blog.
2007-10-17 18:31+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Lectures — Culture indienne — Cuisine
Il y a une dizaine de jours, j'ai commencé à lire l'Iliade. J'en suis arrivé à la moitié, c'est-à-dire à la fin du douzième chant de l'épopée qui en comprend vingt-quatre. Je ne suis pas extraordinairement enthousiasmé par ce que je lis. Parmi mes autres lectures, je ne peux comparer cette œuvre qu'à la traduction française du Ramayana que j'ai lue, et c'est comme si on en avait gardé que le sixième chant, consacré à la guerre proprement dite opposant d'une part Rama, Laksmana et les singes et d'autre part Ravana et les raksasa. La traduction que je lis est rythmée par blocs de six, douze ou dix-huit syllabes, au prix de quelques contorsions syntaxiques, ce qui me semble moins plaisant à lire que l'élégante traduction du Ramayana que j'ai lue. J'espère que l'Odyssée me plaira plus que l'Iliade. D'ailleurs, après l'Iliade, j'enchaînerai peut-être avec l'Énéïde plutôt qu'avec l'Odyssée.
Je suis allé écouter les quatre saisons de Vivaldi par Sarah Chang et le
English Chamber Orchestra à la salle Pleyel. Je n'en ai pas non plus été
très enthousiasmé. En première partie, il y avait un Divertimento
de
Bartok qui ne m'a guère enchanté, mais ça, je m'y attendais.
J'ai toujours plus d'une centaine de disques non encore écoutés. Je viens cependant de franchir le premier tiers de mon écoute de l'intégrale Brilliant de Mozart. Je l'écoute dans l'ordre des numéros d'une des versions du catalogue Köchel, c'est-à-dire approximativement dans l'ordre chronologique de la composition. Au numéro KV 196, je me suis retrouvé face à cet enregistrement techniquement grotesque de La Finta Giardiniera. On passe son temps à entendre des bruits de pas, des chanteurs toussant discrètement ou prenant de grandes inspirations. Le plus ennuyeux, ce sont les bruits de pas, et c'est grâce à ces derniers que mon ancien collocataire reconnaissait cet opéra lors de nos blindtests réguliers.
J'ai testé une recette de Pav Bhaji, un plat faits de pommes de terres, poivrons, tomates, petits pois, oignons et un mélange d'épices. Le résultat était convenable et conforme à ce que j'ai vu en Inde, bien qu'il ne ressemblât point à la photo de l'emballage du Pav Bhaji Mix (où les pommes de terres sont découpées en morceaux tandis que la recette dit de les écraser...). En le préparant, j'ai senti que le parfum d'une épice dominait un peu trop les autres et me suis rendu compte avec horreur qu'il s'agissait d'anis, dont je n'apprécie pas du tout le parfum. Il faudra que je trouve un Pav Bhaji Mix sans anis ou que je prépare moi-même ce mélange.
Demain, il y a une grève, donc, pas de cantine, et je ne sais pas si je pourrai ouvrir la porte de la salle pour mon TP de calcul formel...
Ah, et puis, cela fait une éternité que ma demande d'abonnement à Free en est à l'étape nº1.
2007-10-07 19:31+0200 (Orsay) — Culture — Cinéma — Culture indienne
Lors de mon dernier voyage en Inde, j'avais vu des affiches d'un film qui allait sortir trop tard pour que je le visse là-bas, et la bande annonce que j'en avais vue m'avait fait comprendre qu'il s'agissait d'un remake du classiquissime Sholay.
Ayant profité d'une escale à la Gare du Nord après une journée à l'université Paris-Nord, j'ai acheté le DVD du film Aag que j'ai finalement regardé hier soir. L'intrigue est essentiellement celle du film Sholay. Un policier passe l'essentiel de sa carrière à traquer un dangereux gangster et finit par le coincer et à le faire mettre en prison. Celui-ci s'évade et se venge en lui coupant les mains et en tuant tous les membres de sa famille sauf sa belle-fille. Le policier rumine sa vengeance. Il se retire de la police, engage deux jeunes malfaiteurs pour l'aider dans cette tâche.
Dans ce remake, tout est raté. Les mouvements de caméra donnent le tournis, les scènes de combat sont grotesques et interminables, la musique donne l'impression que l'ingénieur du son s'est amusé à appuyer sur tous les boutons pour voir ce que ç'allait donner. Beaucoup d'épisodes contribuant la qualité du film Sholay se retrouvent massacrés, par exemple :
Mais comment Thakur, qui n'a pas de mains, va tuer Gabbar Singh ?. Dans Aag, on voit simplement le méchant avec une sorte de gros couteau de cuisine planté dans le dos après que l'ancien policier eut demandé une chance d'en finir lui-même avec le méchant, mais il n'y a, me semble-t-il, aucun plan mettant en évidence la technique utilisée, alors que dans Sholay, la scène correspondante était indiscutablement spectaculaire.
Le score de ce film sur IMDb est inférieur à celui de Plan 9 from Outer Space de Ed Wood...
2007-09-22 19:27+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Lectures — Culture indienne — Mathématiques
Hier, réveil à 4h pour prendre un des premiers RER pour Paris et faire la queue à l'opéra Bastille en compagnie de quelques autres prosélytes lyriques.
Je m'étais promis de ne pas entrer dans une librairie avant d'avoir réduit significativement la taille de ma PAL (63 livres), mais je suis ensuite allé chez Gibert, et suis reparti avec le Paperback Oxford English Dictionary et La maison et le monde de Tagore auquel il est fait référence dans le nouveau roman d'Ananda Devi, Indian Tango, ma lecture du moment.
J'ai passé mon après-midi à la bibliothèque de l'École normale supérieure, à laquelle j'ai encore accès. Je n'étais entré dans les nouveaux locaux de celle-ci qu'il y a un an pour renouveler ma carte de lecteur. Malgré les échos négatifs que j'avais entendus à son sujet, j'ai trouvé ce nouvel espace très agréable pour travailler.
Dans la soirée, je me suis rendu au Théâtre des Champs-Élysées pour
écouter un concert du Staatskapelle de Dresde. Cet orchestre a interprèté
le concerto pour piano nº5 de Beethoven avec Hélène Grimaud, puis le poème
symphonique Une vie de héros de Richard Strauss. J'aime beaucoup
ce concerto de Beethoven, et l'entendre pour la première fois en
vrai
était un vrai plaisir. Le poème symphonique de Strauss me faisait
un peu plus peur, et les dix premières minutes (l'œuvre dure environ 45
minutes) n'ont pas altéré ce sentiment. Cette musique m'a semblé
extrêmement saccadée, stressante et presqu'oppressante (le volume sonore
émis par cet orchestre était important). Puis, vers le milieu, le style m'a
semblé se rapprocher de ce que j'arrive à apprécier dans la musique de
Strauss que j'ai écoutée jusqu'à présent (pas grand chose en dehors de
Ainsi parlait Zarathoustra et Vier letzte Lieder), ce qui
m'a soulagé.
Pour le retour, des relents d'alcool dans la RER B, la présence de supporters de l'équipe d'Irlande aidant...
2007-09-18 13:07+0200 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne
Je viens de finir ma lecture de l'autobiographie de Gandhi, dont j'avais acheté une traduction anglaise lors de ma visite au Gandhi Memorial Museum à Delhi.
⁂
En 1925, à Ahmedabad, dans son ashram situé au bord
de la rivière Sabarmati, Gandhi entreprend d'écrire son autobiographie,
qu'il considère tout au long du livre comme l'histoire de ses
expériences avec la Vérité
. Il s'efforce de vivre en ne compromettant
pas son allégeance à la Vérité, et observe les fruits de cette attitude.
Par exemple, dans son enfance, un ami l'a poussé à manger de la viande ; il
prétend qu'il y a renoncé alors définitivement non pas parce que c'était
mal, mais parce qu'il ne pouvait continuer à agir ainsi sans mentir à ses
parents.
La période d'une vingtaine d'années où il a vécu en Afrique du Sud couvre l'essentiel du livre. De son combat pour la défense des colons de deuxième classe que sont alors les Indiens résidant dans cette colonie britannique, seules les grandes lignes sont exposées ; pour les détails, il renvoie à son ouvrage Satyagraha in South Africa. Quelques anecdotes liées au thème des expériences avec la Vérité sont néanmoins racontées. En dehors de son métier d'avocat et de son action publique, il évoque diverses rencontres avec des personnes (Chrétiens, théosophes, etc.) qui auront une influence sur sa pensée religieuse, dont il trouvera finalement la matière dans la Bhagavad-Gita.
Trois autres thèmes entremêlés occupent une part importante : la nourriture, la médecine et l'entretien des toilettes. Au cours de sa vie, son alimentation est devenue de plus en plus ascétique. Il explique dans quelles conditions et pour quelles raisons, parfois morales, parfois futiles, il a renoncé à la viande, au lait, au thé, aux condiments (sel compris), etc, pour ne plus se nourrir pratiquement que de fruits et de légumineuses. Il s'est souvent montré inflexible avec les médecins qui voulaient l'écarter de ce régime pour le soigner, mais parfois il préféré la vie à la vérité (considérant en se mentant à lui-même que son vœu visant à ne plus consommer de lait n'excluait pas le lait de chèvre). En outre, il a développé un charlatanisme alternatif à la médecine (quelle soit occidentale ou ayurvédique) et fait de nombreuses expériences en ma matière : traitements à base de terre ou de glace, etc. Dans le Grand Roman Indien de Shashi Tharoor, l'auteur fait du comique de répétition en faisant allusion à la passion de Gandhi pour la question de la propreté des toilettes ; elle trouve dans cette autobiographie une place de choix.
Progressivement, et plus encore quand il évoque son action à son retour en Inde vers la fin de la Première Guerre Mondiale, il expose le principe du Satyāgraha, néologisme désignant la tactique de résistance non-violente qu'il utilise pour obtenir l'abrogation de lois mauvaises en Afrique du Sud, puis en Inde.
Concernant les liens avec l'Empire britannique, Gandhi considérait que le fait d'être un citoyen de cette Empire devait non seulement lui donner des droits mais aussi des devoirs. Ce sentiment de devoir l'a conduit à agir d'une manière qui m'a beaucoup surpris. Ainsi, lorsque les Anglais ont mené la guerre des Boer, dû mater la rébellion zouloue ou plus tard participer à la Première Guerre Mondiale, il a considéré qu'il était de son devoir se soutenir l'Empire britannique en constituant des groupes de brancardiers Indiens, et ce en dépit de ses principes de non-violence (Ahiṃsā) et de sa sympathie éventuelle pour la partie adverse.
À part ça, saviez-vous que Gandhi avait appris le latin et le français et qu'il était monté de nombreuses fois en haut de la Tour Eiffel lors de l'exposition universelle de 1889 ?
Dans ce livre, Gandhi semble faire preuve d'une très grande honnêteté intellectuelle, n'hésitant pas à être critique envers lui-même. De nombreuses épisodes que j'ai vu illustrés dans divers musées lui étant consacrés sont exposés ici dans ses propres mots (enfin, ceux de son traducteur). Il est intéressant de voir comment un jeune homme qui était absolument incapable de prendre la parole en public a finalement eu une aussi grande influence sur son peuple.
⁂
Lors de cette lecture, mon petit dictionnaire Larousse anglais-français
s'est avéré insuffisant ; il faudra que je pense à en prendre un plus
complet. J'ai été surpris par l'abondance d'expressions latines et
françaises insérées dans cette traduction du gujarati vers l'anglais
réalisée par Mahadev Desai (qui fut secrétaire de Gandhi, et dont les cendres se trouvent au Gandhi National Memorial à Pune).
Bien que Gandhi connût le français et le latin, j'ai peine à croire qu'il
eût la fantaisie de mettre ces expressions dans l'original gujarati. Il
serait également étonnant qu'il eût été nécessaire de recourir au latin et
au français pour traduire ce texte gujarati en anglais. La traduction
anglaise ayant été approuvée
par Gandhi, cette fantaisie sa
manifesta peut-être lors de cette révision.
2007-08-01 19:01+0200 (Orsay) — Culture — Lectures — Culture indienne — Voyage en Inde IV
Je prends l'avion après-demain pour Helsinki, puis Delhi. Je n'ai plus qu'à faire mes bagages et ranger l'appartement avant de partir puisque mon propriétaire va y faire des travaux quand je ne serai pas là.
J'ai eu un peu de mal à faire ma réservation d'hôtel à Delhi, mais après trois hôtels complets et trois autres qui ne répondaient pas, j'en ai trouvé un tout près de Chandni Chowk.
Comme littérature, je pensais emmener La Danse des paons de Sharon Maas, mais j'ai fait l'erreur de le commencer il y a quelques jours, et c'est tellement addictif que je l'ai fini hier matin. De cet auteure, j'ai déjà lu Noces indiennes, que j'ai préféré. J'ai envisagé d'acheter son troisième roman avant de partir, mais il n'a pas encore été traduit en français. Du coup, je vais prendre Kalila et Dimna, Fables indiennes de Bidpaï et Le Rouge et le Noir.
2007-07-27 15:15+0200 (Paris) — Culture — Lectures — Culture indienne
Comme me le suggérait gilda dans un commentaire, je viens de finir de lire la relation du voyage de François de l'Estra aux Indes Orientales (1671-1675), parue récemment aux éditions Chandeigne, en orthographe modernisée et augmentée d'une introduction et de notes.
Le récit est intéressant. On y découvre les différentes étapes du voyage de L'Estra, des descriptions des différents comptoirs visités, leurs fortifications, les mœurs des habitants, son emprisonnement par les Hollandais pendant près de trois ans à Batavia (Jakarta). Contrairement, semble-t-il, à d'autres récits de voyages, sa description des coutumes des peuples qu'il a rencontrés est assez objective et dépourvue de condescendance. Il est intéressant de remarquer qu'il a considéré comme appartenant à différentes religions des groupes d'hindous de castes différentes (chacune ayant des rites différents), et plus amusant encore de voir sa confusion entre musulmans et hindous. Ainsi, certaines coutumes manifestement hindoues sont attribuées aux Maures, et certaines actions, comme la satî, sont encouragées par les récompenses que le Prophète accorderaient après la mort. Certaines processions, comme une dédiée à Rama, sont agréablement décrites.
En dehors de ces descriptions, on trouve un compte-rendu des rivalités entre les différentes puissances coloniales de l'époque, et plus particulièrement entre la France et la Hollande : combats navals, sièges, actes qui se rapprochent de la piraterie.
Le texte est assez agréable à lire, malgré la présence de mots
surannés. Les notes sont très intéressantes, mais leur abondance ralentit
beaucoup la lecture puisqu'il me fallait jongler entre trois marque-pages :
un pour le texte, un pour la traduction des mots anciens, et un troisième
pour les notes. Certaines notes sont redondantes et donnent une impression
de déjà-vu : il doit y en avoir au moins trois notes mentionnant que le mot
pagne
était du genre féminin.
Cependant, il manque certainement à cette édition une carte représentant
les différents comptoirs français, portugais, anglais, hollandais et danois
de l'époque : quelque chose comme ceci,
mais en plus complet. Il y a bien une carte des côtes indiennes en
néerlandais, mais les noms sont illisibles. Cela fait bizarre de voir plein
de noms comme Tranquebar
ou Trincomale
sans pouvoir se
figurer où ces villes se trouvent (d'autant plus que ces jours-ci, je n'ai
accès à Internet qu'au bureau). Mon dictionnaire de noms propres ignorant
ces noms de villes, il me semble qu'il était du devoir de l'éditeur
d'inclure une telle carte pour la commodité du lecteur.
2007-07-01 14:17+0200 (Grigny) — Culture — Danse — Expositions — Lectures — Culture indienne — Voyage en Inde IV — Mathématiques
Le jour de la Fête de la Musique, c'est à dire il y a dix jours, j'ai
été confronté à un grand contraste entre le spectacle auquel j'assistais et
puis ce que j'ai entendu en sortant du théâtre. À l'intérieur du Théâtre de
la Ville, aux Abbesses, Shantala Shivalingappa
offrait un très harmonieux
spectacle de danse kuchipudi. Je ne connaissais pas du tout cette
danse, originaire de l'Andhra Pradesh. Je fus très agréablement surpris par
les mouvements très arrondis de cette danse, semble-t-il plus facile
d'accès que le bharata natyam. Une partie du spectacle comporait
une danse sur un plateau : la danseuse en pinçait les bords avec les
orteils et pouvait se déplacer en donnant l'impression de flotter sur la
scène tout en dansant avec la moitié haute du corps. Divers bracelets de
chevilles étaient utilisés au cours du spectacle, parfois ils étaient
laissés de côté et la musique se faisait très discrète. L'atmosphère sonore
de Montmartre en ce jour particulier pouvait alors se laisser
entr'apercevoir : Boum ! Boum !
. Je sortais de la salle, conquis par
cette danse (qui sera malheureusement absente de la saison 2007-2008 du
Théâtre de la Ville), et que découvris-je : un spectacle de fin du monde
avec l'illusion que des hordes de jeunes descendaient la rue Ravignan sur
de la musique du troisième millénaire. Un peu plus loin, une atmosphère
imprégnée des effluves des stands de frites-saucisses, et une station de
métro salvatrice.
⁂
À la Fondation Henri Cartier-Bresson, j'ai vu deux expositions du travail de Fazal Sheikh. Loin des splendeurs des Gupta, ces expositions, terribles, frappent par les aspects les moins reluisants de l'Inde qu'elles révèlent. La plupart des photographies (noir et blanc) sont des portraits. La première partie s'appelle Moksha (libération du cycle des renaissances) et est consacrées aux femmes, pour la plupart veuves et abandonnées par leur belle-famille (qui, après leur mariage, était devenue leur famille tout court), qui viennent à Vrindavan, tout près de Mathura (que j'ai prévu de visiter en août), pour se consacrer entièrement à l'adoration du dieu Krishna, qui est réputé avoir passé son enfance dans cette région, y avoir séduit des milliers de vachères et y avoir vaincu le démonique Kamsa. Chaque portrait est accompagnés par un résumé de la vie de la femme représentée. L'autre exposition, Ladli, présentait le sort réservé à de nombreuses jeunes filles, jugées indésirables par leurs parents qui auraient préféré avoir des fils, et qui se retrouvent dans des situations sordides : mariées très tôt, exploitées par des maris coureurs de dot ou par des proxénètes, assassinées par leur belle-famille...
⁂
Je viens de passer trois jours dans la charmante ville de Münster en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, pour y parler avec un jeune chercheur et y faire un exposé au colloquium. La ville est vraiment remarquable par les aménagements prévus pour les cyclistes. Dans le centre-ville, je n'ai pas vu une seule voiture. On voit régulièrement d'énormes parkings à vélo. Les pistes cyclables rouges sont larges, très bien conçues, de sorte qu'on n'a pas d'acrobatie à faire pour réaliser des virages, passer de la chaussée au trottoir et inversement. J'ai donc testé un tout petit peu les vélos allemands. Leur pédalier présente la singularité de ne pas pouvoir tourner à l'envers : cela actionne un frein. Cela impose de bien calculer son coup lors des arrêts aux feux pour disposer les pédales de façon à pouvoir repartir facilement (alors qu'avec un tour de pédalier en sens inverse, on pourrait toujours s'en sortir sur un vélo français). La personne qui m'invitait parlant très bien français, elle a insisté pour qu'on discute en français pour entretenir son niveau dans notre langue. En dehors, j'ai dû pratiquer un peu l'allemand, en tout cas infiniment plus que lors de mes précédents brefs séjours en Allemagne. J'arrive à suivre quand les hôteliers, serveurs, etc. me posent des questions, mais j'ai beaucoup plus de mal à leur répondre. Néanmoins, pour acheter des gâteaux à la boulangerie, cela allait très bien... Il était censé y avoir une grande exposition de sculptures dans les rues de Münster, mais tout ne devait pas encore être installé, parce que je n'en ai vue qu'une.
⁂
Je viens de lire un roman étonnant : Le grand roman indien de Shashi Tharoor. Il faut imaginer l'épopée du Mahabharata transposée dans l'Inde du vingtième siècle, à moins que ce ne soit l'inverse. On y trouve les personnages historiques de la période de la lutte pour l'indépendance de l'Inde, sa partition, et les aléas du pouvoir jusque vers le début des années 1980. Les noms des personnages sont tirés de l'épopée. Jawaharlal Nehru est Dhritarashtra, Gandhi est Bhishma (un des fils de la déesse Ganga, appelé ici Gangaji). La fratrie de Duryodhana est remplacée par la seule Priya Duryodhani (Indira Gandhi). La grande bataille du Kurukshetra est l'élection de 1977 où elle fut battue. De nombreuses libertés sont prises, à la fois avec l'épopée, et avec l'histoire. C'est ce que je trouve toujours ennuyeux avec les romans historiques, c'est qu'on ne peut pas toujours bien distinguer l'Histoire des faits imaginés par l'auteur. C'est un bon roman, plein d'humour, mais qui n'est sans doute vraiment intéressant à lire que si on connaît déjà l'histoire du Mahabharata (la manière la plus plaisante d'y remédier si ce n'est pas le cas étant de lire la version de Jean-Claude Carrière).
⁂
Les résultats du Prix Biblioblog du Roman que j'avais évoqué ici viennent de tomber. Il a été décerné à Passage du gué de Jean-Philippe Blondel. À mon avis, tous les livres sélectionnés étaient très bons, mais ce livre-ci faisait parmi de mes préférés, donc je suis très content qu'il ait été choisi.
2007-06-18 00:56+0200 (Grigny) — Culture — Danse — Expositions — Culture indienne
Il y a quelques jours, je suis allé voir l'exposition L'âge d'or de l'Inde classique — L'empire des Gupta aux Galeries nationales du Grand Palais. L'empire Gupta se situe en Inde du Nord, autour du cinquième siècle. L'exposition commence par des sculptures en grès, pour la plupart étonnament bien conservées, provenant de sites principalement bouddhiques. Puis, les lieux d'origine, les styles et les types d'œuvres se diversifient, avec notamment Vishnu couché sur l'océan cosmique, Shiva ascète, Arjuna recevant l'arme Pashupata de Shiva, Sita dans l'ermitage de Valmiki, l'armée des singes construisant un pont sur l'Océan vers Lanka, etc. C'était très bien, mais je hais les visites guidées : il y avait un groupe d'une vingtaine de personnes qui s'agglutinaient toujours précisément là où je voulais aller... Heureusement pour eux, leur guide avait vraiment l'air de connaître son sujet.
Avant-hier, j'ai assisté au spectacle La Face cachée de Maria-Kiran au Théâtre de la Ville (Abbesses). La dernière fois que je l'avais vue, la musique et les thèmes étaient chrétiens. Cette fois-ci, la musique était indienne et le récital, respectant toujours la structure voulue par le bhârata natyam, comportait comme partie principale un un varnam dédié à Shiva, inspiré par neuf strophes d'un poème de K. N. Dandayudhapani (les organisateurs ont pensé à utiliser les possibilités de sur-titrage de la salle, qu'ils en soient remerciés). Vers la fin, on a eu droit à un petit intermède pédagogique sur le sens de certains mouvements de danse. En effet, avant d'entamer un padam dédié à Krishna, elle disait quelques phrases en rapport avec les amours de Radha et Krishna tout en exécutant les mouvements correspondants. Dans ce contexte, la pose correspondant à Krishna était celle de l'iconographie hindoue : une position décontractée avec une jambe fléchie passant devant l'autre et reposant sur les orteils et les doigts disposés comme sur une flute traversière (curieusement, il m'a semblé que la jambe gauche passait devant la droite alors que sur la statuette qui se trouve devant moi, c'est le contraire). C'était très clair. Cela m'intéresserait bien de connaître plus de détails sur les codes de cette danse pour mieux la comprendre, mais je ne saurais pas très bien par où commencer.
⁂
Cette après-midi, j'allais pour la première fois au Théâtre de la Ville (Place du Châtelet) pour assister au spectacle Vollmond de Pina Bausch. Un décor réduit à une énorme pierre à cheval sur un couloir d'eau peu profond. Douze danseurs qui rentrent et sortent de scène par toutes les issues possibles. Des bouteilles en plastique, des chaises, des verres, un ballon gonflable, et surtout beaucoup d'eau. Pour moi, c'est assez impossible à décrire, mais ce spectacle de deux heures était absolument fascinant.
2007-05-30 19:58+0200 (Grigny) — Culture — Musique — Opéra — Culture indienne
Ma collection de disques vient de franchir un nouveau cap dans la démesure : 700 CD. Le sept-centième est le dernier album de Keren Ann. Les prochains, en cours d'acheminement, devraient être une version de l'opéra-ballet Padmâvatî de Roussel (qui sera mis en scène l'an prochain au théâtre du Châtelet par Sanjay Leela Bhansali) et puis un enregistrement de l'opéra Lakmé de Delibes dirigé par Michel Plasson, avec Natalie Dessay.
Quelques statistiques :
2007-05-05 00:08+0200 (Grigny) — Culture — Lectures — Mathématiques
Quand les résultats des élections tomberont dimanche, je serai à Grenoble, première étape de mon périple visant à obtenir un poste de maître de conférences en mathématiques. Bref, pendant au moins une petite dizaine de jours, je vais visiter des gares, des universités, des hôtels, etc.
Il y a sept mois, je parlais du concours PAL. Le nombre de livres que j'ai lu entretemps est trente-et-un, c'est-à-dire la hauteur de ma pile de livres à lire de l'époque. Il ne faudrait pourtant pas croire qu'aujourd'hui, cette pile soit vide : parmi les trente-et-un livres de la pile d'alors, je n'en ai lu que onze, les vingt autres ayant été achetés (ou m'ayant été offerts) dans l'intervalle. Aujourd'hui, ma PAL comporte cinquante-sept livres. Bref, j'achète mes livres plus vite que je ne les lis. Ma dernière folie est une édition bilingue latin-français de l'Énéide en trois volumes, ceci s'insérant dans mon grand projet visant à lire ou relire Mythe et Épopée de Dumézil en ayant lu les œuvres importantes qui y sont mentionnées. Comme il convient de faire les choses dans l'ordre, je me dois de commencer par l'Iliade et l'Odyssée...
Si vous ne savez pas quels livres lire ces deux prochains mois, je vous suggère la sélection du Prix Biblioblog du roman, dont je suis juré. Voir aussi le Prix Biblioblog de la critique.
2007-04-17 20:21+0200 (Grigny) — Culture — Lectures — Culture indienne
Vikram Seth est un des plus grands auteurs indiens de langue anglaise. En 1969, il vient étudier en Angleterre et est accueilli au 18 Queens Road à Hendon par son grand-oncle Shanti Seth et sa grande-tante Henny Caro qui ont alors soixante ans. Sur un malentendu, il se voit contraint d'apprendre l'allemand en très peu de temps pour passer un examen d'entrée à Oxford. L'examen réussi, il découvre qu'il aurait pu être dispensé de cette apprentissage. Néanmoins, cette expérience l'a beaucoup rapproché de Henny et Shanti.
Henny et Shanti se sont connus à Berlin au début des années 1930. Henny vivait avec sa mère Ella et sa sœur Lola. Venu en Allemagne étudier l'odontologie, Shanti loue une chambre dans leur appartement. Il entre dans le cercle des amis de Henny. Mais, après avoir achevé son doctorat, il est contraint à l'émigration au Royaume-Uni puisqu'il ne peut plus travailler en Allemagne. Henny parvient aussi à émigrer peu avant la Deuxième Guerre Mondiale. Comme tant d'autres Juifs, Ella et Lola seront déportées et exterminées par les nazis.
L'auteur dresse une biographie de Shanti et de Henny en s'appuyant sur des entretiens avec Shanti peu avant sa mort et sur la découverte fortuite de la correspondance de Henny. Shanti raconte notamment son engagement dans les équipes médicales mobiles des Alliés, la perte de son bras droit à Monte Cassino et ses efforts pour reprendre son métier en dépit de cette mutilation. La correspondance d'Henny constitue un document bouleversant sur l'époque. Après la guerre, Henny enquête sur le sort de Lola et d'Ella dont elle n'avait pas de signes de vie depuis leurs dernières cartes postales envoyées depuis les camps. En Allemagne, les conditions de vie sont difficiles pour les anciens amis d'Henny, mais si elle se montre très généreuse envers ceux en qui elle a toute confiance et qui ont soutenu Lola et Ella avant leur déportation, elle répugne à renouer le contact avec certains d'entre eux...
Albin Michel — 575 pages — Traduction de l'anglais par Dominique
Vitalyos.
ISBN : 978-2-226-17694-3.
Extrait :
Mon oncle hocha la tête. Il embrocha une feuille de laitue avec son couteau Nelson et la porta à sa bouche.
Ton oncle, me dit Fred, est un expert en art de vivre. Il n'a qu'un bras, et pourtant, il a fait tout ça...
— C'est heureux pour Fred que ses compatriotes m'aient bousillé un bras, dit mon oncle. C'est pour ça qu'il m'ont permis de faire venir un assistant en Angleterre.
— Je suppose que si tu avais perdu les deux bras, remarquai-je, tu aurais eu le droit d'en faire venir deux...Fred se tourna vers moi. Cette repartie dénuée de toute délicatesse le laissait bouche bée. Mon oncle, lui, riait de bon cœur.
2007-04-01 23:28+0200 (Grigny) — Culture — Lectures
La semaine dernière, j'ai lu deux romans qui m'ont beaucoup plu.
Le premier est Elle s'appelait Sarah de Tatiana de Rosnay, traduit de l'anglais par Agnès Michaux, qui a paru aux éditions Héloïse d'Ormesson en mars. Une journaliste américaine vivant à Paris doit faire un article sur la rafle du Vél d'Hiv. Elle découvre que la famille de son mari a emménagé juste après la rafle dans un appartement où habitait une famille juive. Après avoir été internée à Beaune-la-Rolande, la petite Sarah aurait réchappé de l'extermination des Juifs. La journaliste Julia Jarmond raconte sa quête de Sarah et les bouleversements que celle-ci engendre dans sa vie.
Le deuxième est Impératrice de Shan Sa (Albin Michel). Il s'agit d'une autobiographie imaginaire de Wu Zetian. Après une enfance sordide, Lumière est remarquée par le général Li Ji qui la fait rejoindre le gynécée impérial en tant que Talentueuse de cinquième rang sous la dynastie Tang. La Cité interdite de la capitale Longue Paix est le théâtre de nombreuses rivalités. Déjouant tous les complots, son ascension est fulgurante. Son influence sur l'Empire devient telle qu'après avoir obtenu le pouvoir absolu, elle parvient à se faire sacrer Empereur. Écrit à la première personne, ce texte nous fait adopter le point de vue de ce personnage complexe.
2007-03-29 00:39+0200 (Grigny) — Culture — Musique
Je reviens du théâtre du Châtelet où avait lieu la première
représentation de la Passion selon Saint Jean de Bach avec le Concert
d'Astrée dirigé par Emmanuelle Haïm. Quand j'avais acheté ma place il y a
quelques mois depuis le site
Internet du théâtre, j'avais été intrigué de la présence d'une ligne
mise en scène : Robert Wilson
dans la description de ce
spectacle.
Cela devait être très différent de la version à laquelle j'avais assisté
l'année dernière. La salle était configurée comme pour un
opéra : l'orchestre était dans la fosse. Le chœur entre sur
scène pour le chœur introductif Herr, unser Herrscher
. Les costumes
blancs des membres du chœur sont très contemporains : très longues manches,
cheveux cachés sous un couvre-chef intermédiaire entre celui d'un
chirurgien et une toque de chef cuisinier. De part et d'autre de la scène
arrivent l'évangéliste et une danseuse habillée d'une robe blanche ayant
une longue traîne, qui se meuvent très lentement devant le chœur. La danse
n'en était pas vraiment une, je n'ai vu que des mouvements mécaniques
(beaucoup plus que lors de ma première rencontre avec la
danse contemporaine), je n'en ai pas vraiment saisi l'intérêt.
Mettre en scène cette œuvre est une démarche assez étonnante. En effet,
l'évangéliste raconte ce qui arrive à Jésus, dit : Jesus
antwortete (deux points, ouvrez les guilements)
, et Jésus
répond. Dans un opéra ou une pièce de théâtre, on n'a pas besoin de
narrateur : les personnages jouent la scène et s'expriment directemnet.
Comme il serait très périlleux de toucher au texte et à la musique des
récitatifs, ce type d'œuvre est difficile à mettre en scène... Ce soir, les
chanteurs et comédiens ont fait beaucoup de sur place : ils faisaient un
mouvement, s'arrêtaient brutalement de bouger au moment où l'évangéliste
reprenait son discours, et ainsi de suite. Les solistes ont rencontré un
autre écueil. Dans une représentation de type oratorio
, les
chanteurs tiennent dans les mains leur livret ; pour un opéra, les
interprêtres n'ont pas cet artifice. Il semblerait que le metteur en scène
(Robert Wilson) ait décidé de mettre à profit ces mains libres et de leur
faire faire des gestes mécaniques un peu grotesques. Je passe sur Jésus qui
n'a eu à aucun moment les bras en croix, est resté immobile une bonne
demi-heure après avoir dit que tout était accompli, puis, mort, a trouvé
des forces pour s'avancer de quelques mètres pour s'enfoncer dans une
trappe. Cependant, il y aussi de très bonnes choses : le chœur s'est placé
alternativement à différents endroits de la scène de façon très judicieuse.
Bref, je ne suis pas très emballé par la mise en scène.
Concernant le chant, j'ai trouvé le chœur vraiment très bon. Les solistes m'ont semblé plus inégaux. L'évangéliste, Pavol Breslik, a fait une excellente prestation, de même que la soprano Emma Bell et Jésus (Luca Pisaroni, dont la diction en allemand n'est cependant pas irréprochable). D'autres solistes m'ont décu, notamment par le faible volume de voix, en particulier pour l'alto Andreas Scholl. Le plaisir d'écouter l'orchestre est un peu atténué par le fait qu'on ne le voit pas (surtout depuis les derniers rangs des fauteuils d'orchestre).
À part ça, un des problèmes du théâtre du Châtelet, c'est qu'il se trouve au-dessus de la station de métro/RER du même nom : trop souvent, on ressent des vibrations issues du sous-sol. Le public comportait un nombre inhabituellement grand de pénibles : sonneries de téléphones portables, toussotements, interminables bruits de béquilles ! Malgré tout ça, je ne suis pas trop déçu : la musique était convenable.
2007-03-25 11:53+0200 (Grigny) — Culture — Lectures — Culture indienne
Hier après-midi, je suis allé au Salon du Livre. C'est la première fois que je vais à un événement de ce type. Avant même de venir, j'ai pu observer que certains aspects de l'organisation laissent un peu à désirer :
Journal du Salon en ligne, récapitulant les différents événements, n'est consultable que via une interface toute pourritte en Flash : on peut l'imprimer, mais avec Firefox et Konqueror, le texte est tellement pixelisé qu'il en devient illisible.
l'invitée d'honneur, mais sa présence n'est pas vraiment mise en valeur : il y avait bien un espace géré par Gibert-Joseph offrant un large choix de livres en rapport avec l'Inde, mais c'était en périphérie du Salon. Non loin de là, les éditeurs indiens présentant des livres en langue anglaise ou dans d'autres langues indiennes étaient un peu à l'écart. En dehors de cet espace, il y avait de nombreux éditeurs (Picquier, Livre de Poche, Buchet-Chastel, Mercure de France...) publiant des livres des auteurs indiens invités, mais pour en trouver la liste, j'ai dû me faire toute la liste des auteurs présents aujourd'hui au salon pour isoler les noms à consonance indienne.
Voilà pour les aspects négatifs. Armé de ma petite liste de stands avec leurs coordonnées, je me suis rendu Porte de Versailles. Je suis assez satisfait de mon après-midi, mes étagères porteuses de livres s'en rejouissent, mon compte en banque un peu moins. J'ai pu rencontrer une petite dizaine d'auteurs. La plupart sont très sympathiques. On était rarement très nombreux à venir les voir (trois fois rien en comparaison des gens venus se faire dédicacer un livre par Daniela Lumbroso ou Hervé Villard), cela permettait de discuter un peu avec eux. Tarun Tejpal est très charmant, Indrajit Hazra est un anti-héros sympathique (son prénom est celui du fils de Ravana, le grand démon du Ramayana), Lavanya Sankaran portait un élégant sari, Krishna Baldev Vaid a bien voulu signer en hindi, etc. Ayant trouvé une édition Pocket du Mahabharata adapté par Jean-Claude Carrière, je suis allé le voir au stand Plon, et il m'a dessiné un Ganesh ! Il y avait une assez longue queue pour Vikram Seth, sans doute l'auteur le plus connu parmi les écrivains indiens présents (mais je n'ai malheureusement pas encore lu le moindre de ses livres).
Si les auteurs indiens n'étaient pas très visibles, il y avait cependant des conférences thématiques en rapport avec l'Inde. J'ai assisté à celle de Sunil Khilnani, qui était interrogé par Christophe Jaffrelot. C'était extrêmement intéressant. Il fut notamment question de la politique indienne (héritage de Nehru, menace du nationaliste, ouverture à l'économie de marché, inégalités), de relations internationales (tentation de l'Inde de se rapprocher des États-Unis d'Amérique tout en voulant éviter un monde unipolaire, liens avec les autres puissances, notion de bridging power, comparaison avec la Chine), de la diaspora indienne, notamment aux États-Unis d'Amérique.
À part ça, on aperçoit plein de têtes d'écrivains connus ; bulle de fumée autour de Philippe Sollers.
⁂
À l'entrée, on m'a distribué un mini-livre (environ 5 cm²) intitulé
Mes droits fondamentaux dans l'Union européenne
. Je trouve ce titre
mensonger d'un très mauvais goût : la valeur juridique de cette cette
charte des droits fondamentaux est subordonnée à la ratification par
les états-membres du traité
établissant une Constitution pour l'Europe. C'est d'autant plus
étonnant que ce livre (gratuit) a été publié en mars 2006, donc bien après
que le peuple français souverain eut rejeté ce traité.
Que l'on ne s'y méprenne pas : j'ai voté oui
au referendum. Je
trouve dommage que le peuple français n'ait pas estimé ce texte
globalement positif
; cependant je respecte sa décision. C'est
pourquoi je trouverais indigne du prochain Président de la République (ou
de celui d'après) d'utiliser un autre mode de ratification d'un futur
traité européen que celui du referendum, à moins que cette politique ne
fasse clairement partie d'un programme pour les présidentielles, et les
législatives subséquentes.
2007-03-01 22:52+0100 (Grigny) — Culture — Lectures — Culture indienne
Au hasard de ma lecture du quotidien de référence et de ses suppléments, je viens d'apprendre que l'Inde serait particulièrement à l'honneur lors du Salon du Livre, du 23 au 27 mars 2007, avec notamment la présence d'une trentaine d'auteurs indiens.
2007-01-24 22:42+0530 (इलाहाबाद) — Culture — Lectures — Culture indienne — Résumé du Rāmāyaṇa — Voyage en Inde III
Voici la plus longue entrée de ce blog (vingt-deux pages sur mon brouillon). Il s'agit du sixième épisode de mon résumé du Rāmayāṇa d'après la traduction que j'en ai lue. Il y aura prochainement™ le septième et dernier épisode. Cependant, on peut considérer que l'histoire est essentiellement finie après ce sixième chant. Tout en racontant ce qui se passe après, le septième chant apportera surtout des précisions sur ce qui s'est passé avant l'intrigue principale. Le résumé existe aussi en PDF.
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Rāma remercie Hanumān pour le récit de son exploit mais il est triste parce qu'il ignore comment traverser l'océan pour ramener Sītā. Sugrīva le réconforte. Avant le départ de l'armée des singes, Hanumān décrit l'inaccessible Laṅkā. Rāma monte sur le dos de Hanumān et Lakṣmaṇa sur celui d'Aṅgada.
Pendant ce temps, à Laṅkā, Rāvaṇa demande l'avis de ses conseillers sur ce qu'il doit faire. Tous souhaitent la guerre, sauf son frère Vibhīṣaṇa qui lui suggère de rendre Sītā à Rāma. Rāvaṇa demande à son général en chef Prahasta de préparer la défense de la ville et prononce un discours guerrier. Bien qu'en désaccord avec son frère, le puissant Kumbhakarṇa accepte de combattre. Mahāpārśva pense que Rāvaṇa pourrait violer Sītā, mais cela ferait éclater sa tête à cause d'une malédiction de Brahmā. Après avoir répété son conseil, Vibhīṣana fait la leçon au fougueux Indrajit. Ayant été banni par Rāvaṇa, Vibhīṣana rejoint Rāma avec quatre autres rākṣasa. Il lui décrit la puissance de Rāvaṇa. Rāma promet de le faire roi de Laṅkā après leur victoire. Un négociateur-espion vient trouver Sugrīva pour lui conseiller de retourner à Kiṣkindhā. Les singes veulent le tuer mais Rāma les en empêche puisqu'il est venu comme messager.
Suivant le conseil de Vibhīṣaṇa, Rāma rend hommage à l'Océan, Sāgara. Mais l'Océan ne se montre pas. En colère, Rāma menace de l'assécher et prend une forme terrible pour lancer des flèches. Tandis que Rāma s'apprête à lancer un trait dédié à Brahmā et que le monde se met à trembler, l'Océan apparaît et accepte que Rāma le traverse. Le singe Nala, fils de Viśvakarman fait construire un pont jusqu'à Laṅkā, mais c'est par les airs, montés sur Hanumān et Aṅgada, que Rāma et Lakṣmaṇa traversent l'océan. Rāma libère un espion, celui-ci vient trouver Rāvaṇa pour lui décrire la puissance de Rāma et de son armée de singes. Il lui conseille de rendre Sītā, ce que Rāvaṇa refuse. Il envoie de nouveaux espions qui prennent l'apparence de singes pour s'infiltrer dans leur armée, mais Vibhīṣana les démasque aussitôt. Rāma leur demande de bien inspecter son armée et de dire à Rāvaṇa qu'il l'attaquera le lendemain. Ces espions décrivent à Rāvaṇa les principaux chefs simiens et lui conseillent de rendre Sītā. Rāvaṇa les chasse et envoie encore d'autres espions.
Utilisant la magie, Rāvaṇa fait croire à Sītā que Rāma est mort en lui faisant voir sa tête et son arc. Désespérée, elle préfère mourir que céder. Sītā se lie d'amitié avec la rākṣasī Saramā, épouse de Vibhīṣana qui la réconforte et épie Rāvaṇa. Le sage Mālyavān met en garde Rāvaṇa : il est invulnérable pour les dieux, démons et autres créatures célestes, mais c'est une armée d'hommes, de singes et d'ours qu'il doit combattre. Ayant remarqué de nombreux signes funestes, il lui conseille de rendre Sītā. Rāvaṇa est inflexible, la guerre est inévitable.
Les armées se préparent. Rāma ordonne aux singes de ne pas prendre forme humaine pendant le combat, ce qui les distinguera de Rāma, Lakṣmaṇa, Vibhīṣana et des quatre autres rākṣasa qui l'accompagnent. Ils grimpent au sommet du mont Susela d'où ils peuvent admirer Laṅkā. Ils y passent la nuit.
Le lendemain, à la vue de Rāvaṇa, Sugrīva s'en va le défier au combat. Rāma lui reproche de ne pas l'avoir consulté avant. Sûr de lui, Rāma envoie Aṅgada porter à Rāvaṇa un message lui annonçant sa mort prochaine. Pendant ce temps, l'armée des singes commence le siège de Laṅkā. Des combats terribles s'engagent entre les rākṣasa munis de nombreuses armes et les singes simplement armés de leurs griffes et de leurs crocs, réduits à lancer des troncs d'arbre et des pierres. Malgré la pluie de traits qui s'abat sur lui, Rāma vainc de nombreux ennemis de ses flèches tranchantes.
Dominé par Aṅgada, Indrajit utilise la magie pour se rendre invisible et en profite pour s'attaquer à Rāma et à Lakṣmaṇa. Transpercés de flèches en forme de serpents venimeux, les deux frères sont très affaiblis. Les singes sont affligés ; Vibhīṣaṇa demande à Sugrīva de reprendre confiance, tandis qu'Indrajit retourne à Laṅkā en annonçant la mort des deux héros.
Rāvaṇa fait monter Sītā sur le char Puṣpaka avec des rākṣasī qui lui font voir le champ de bataille depuis les airs. Ayant vu Rāma et Lakṣmaṇa en si piteux état, elle sombre dans le désespoir, mais la rākṣasī Trijaṭa la rassure.
Voyant son frère mal en point, Rāma envisage de se laisser mourir car il ne peut souffrir de devoir faire de la peine à Sumitrā en lui annonçant la mort de son fils. Cette situation attriste Vibhīṣaṇa, mais Sugrīva lui annonce une issue favorable. Le roi des oiseaux, Garuḍa, intervient de façon spectaculaire. Les serpents qui immobilisaient les deux frères sont mis en fuite ; de son toucher, Garuḍa guérit Rāma et Lakṣmaṇa. Rāma interroge Garuḍa sur les raisons de son amitié ; la monture de Viṣṇu lui demande de ne pas chercher à en savoir plus avant d'avoir vaincu Rāvaṇa.
Les singes sont rengaillardis par la guérison de Rāma. Leurs manifestations de joie sont entendues par Rāvaṇa qui réagit en envoyant combattre son oncle Dhūmrākṣa. Une grande bataille s'engage entre singes et rākṣasa. Hanumān fracasse le crâne de Dhūmrākṣa avec une crête montagneuse. Vajraduṃṣṭra est dépêché par Rāvaṇa ; après un combat difficile, Aṅgada lui coupe la tête en deux. Akampana prend la suite. Des signes funestes se manifestent ; une tempête de sable empêche les combattants de distinguer amis et ennemis ; la terre est recouverte de sang. Akampana parvient à briser de ses flèches le roc que lui lance Hanumān ; cependant, un arbre lancé en pleine tête par ce dernier lui est fatal.
Prahasta, le chef d'état-major de Rāvaṇa organise son armée et sort de Laṅkā sur son char malgré les mauvais présages. Le combat est terrible : la terre est une rivière de sang. En lui lançant un rocher sur le crâne, Nīla vainc Prahasta, faisant fuir les autres rākṣasa.
Rāvaṇa décide de s'engager lui-même dans le combat. Étincelant dans ses attributs royaux, il fait forte impression sur Rāma. Mis en colère par l'enlèvement de Sītā, il est néanmoins certain de vaincre le roi des rākṣasa. Rāvaṇa affronte les singes Sugrīva, Hanumān et Nīla, puis Lakṣmaṇa qui le défie de son arc. Rāvaṇa blesse grièvement le frère de Rāma avec une lance que Brahmā lui avait donnée, mais Lakṣmaṇa, se souvenant qu'il est une portion de Viṣṇu, a suffisamment de force pour survire. Hanumān intervient pour soustraire Lakṣmaṇa du champ de bataille et faire monter Rāma sur son dos pour l'aider à combattre Rāvaṇa, tel Viṣṇu montant sur Garuḍa. De ses flèches semblables à la foudre, il vainc Rāvaṇa, mais il le laisse fuir vers Laṅkā.
Rāvaṇa demande alors qu'on réveille Kumbhakarṇa. Ce frère très puissant a été contraint à un long sommeil par une ruse de Brahmā. Pour le réveiller, on hurle, on le tape avec des arbres, on frappe des éléphants pour qu'ils piétinent le géant. À son réveil, il déclare avoir faim. Après qu'il a été rassasié de sangliers, Rāvaṇa lui explique la délicate situation et lui demande son aide. Kumbhakarṇa lui reproche de gouverner en négligeant le dharma, l'artha et le kāma (devoir, intérêt, plaisir), mais consent à lutter contre Rāma.
Faisant trembler les montagnes, Kumbhakarṇa effraie les singes. Il en massacre et en dévore un grand nombre, puis combat les chefs des singes, Lakṣmaṇa et enfin Rāma qui l'achève en lui tranchant successivement les mains, les pieds et la tête de ses traits d'or dédiés à Indra. Des fils de Rāvaṇa s'ajoutent ensuite à la liste des guerriers rākṣasa tués au combat.
Devant cette débâcle, Rāvaṇa adopte une tactique défensive, mais son fils Indrajit, le vainqueur d'Indra, prétend pouvoir continuer à narguer les dieux en tuant Rāma et Lakṣmaṇa. Avant d'engager bataille, Indrajit offre un sacrifice au Feu qui lui procure des présages de victoire. Ni les singes ni Rāma et Lakṣmaṇa ne peuvent résister à cette puissance armée de rākṣasa, conduite par Indrajit, fort de ses traits dédiés à Brahmā.
Ayant vu tomber les deux héros, les chefs des singes sont démotivés. Vibhīṣaṇa explique que, par respect pour Brahmā, Rāma et Lakṣmaṇa ont laissé ce trait les atteindre. L'ours Jāmbavān pense que tant que vivra Hanumān, la victoire reste possible. Il lui demande de se rendre dans l'Himavān, à la montagne aux herbes, et d'en ramener quatre plantes médicinales qui pourront guérir Rāma et Lakṣmaṇa. Les montagnes tremblent lorsque Hanumān prend son élan pour accomplir sa mission. Parvenu au mont Kailāsa, il n'arrive pas à reconnaître les plantes et reproche au mont son manque de compassion. Hanumān décroche la montagne et la ramène auprès des deux frères. Non seulement les deux frères sont guéris grâce au parfum des plantes médicinales, mais les singes blessés ou morts reprennent vie. Hanumān rapporte le sommet montagneux sur l'Himavān et revient aussitôt.
Sûr de la victoire, Sugrīva ordonne aux singes d'incendier Laṅkā. Des centaines de milliers d'habitants meurent. Les combats entre rākṣasa et singes reprennent. Les valeureux fils de Kumbhakarṇa sont tués : Kumbha par Sugrīva et Nikumbha par Hanumān.
Rāvaṇa envoie Makarākṣa sur le champ de bataille. Rāma lui rappelle qu'il a vaincu dans la forêt Daṇḍaka quatorze mille rākṣasa parmi lesquels figurait son père Khara. Le duel est si acharné que des créatures célestes viennent assister au spectacle : Rāma tue le rôdeur de nuit d'un trait dédie au Feu.
Rāvaṇa envoie son fils Indrajit au combat. Comment celui qui a vaincu Indra ne pourrait-il pas tuer Rāma et Lakṣmaṇa ? Après avoir célébré un nouveau sacrifice dédié à Agni, il utilise la magie pour se rendre invisible des deux frères. Lakṣmaṇa menace d'utiliser l'arme de Brahmā pour exterminer tous les rākṣasa mais Rāma l'en dissuade : tous les rākṣasa ne sont pas aussi mauvais qu'Indrajit. Ce dernier réapparaît devant Hanumān sur son char en compagnie de Sītā, uniquement vêtue d'un linge sale. Il la tue. Après avoir combattu contre l'armée d'Indrajit, Hanumān estime qu'il doit avertir Rāma et Sugrīva du crime d'Indrajit.
À la nouvelle de la mort de Sītā, Rāma s'effondre. Désabusé, Lakṣmaṇa ne croit plus au dharma : s'il existait, Rāma ne subirait de tels tourments. Vibhīṣaṇa intervient : la mort de Sītā n'était qu'une illusion mise en scène par Indrajit. Il lui révèle aussi qu'Indrajit va célébrer un sacrifice au sanctuaire de la Nikumbhilā. Si le sacrifice est mené jusqu'à son terme, Indrajit sera invincible ; s'il est interrompu, Indrajit sera vulnérable.
Lakṣmaṇa, Vibhīṣaṇa et l'armée des singes viennent interrompre le sacrifice d'Indrajit. Harrangués par Vibhīṣaṇa, les singes luttent contre les rākṣasa et un formidable duel s'engage entre Lakṣmaṇa et Indrajit. Les créatures célestes viennent assister au déluge de flèches dédiées à divers dieux puissants annulant leurs effets. Finalement, la tête d'Indrajit est tranchée par une flèche que Lakṣmaṇa a dédiée à Indra et au dharma de Rāma. Cependant, Lakṣmaṇa est blessé ; le singe Suṣena le guérit avec le parfum d'une plante médicinale.
Rāvaṇa est attristé par la mort de son fils. Il se met en colère et se précipite au bois d'aśoka pour tuer Sītā. Perdue, elle maudit la bossue Mantharā. Mais le ministre Supārśva détourne Rāvaṇa de cet acte peu compatible avec ce qu'il a appris du Veda.
Avant de combattre Rāma lui-même, Rāvaṇa demande à son armée de massacrer les singes. Ces derniers prennent refuge en Rāma qui anéantit les rākṣasa. En se déplaçant très vite, Rāma leur donne l'illusion d'être partout à la fois et, croyant l'atteindre, ils s'entretuent. Les dieux louent Rāma pour ses exploits.
Ayant perdu un mari ou un fils, les rākṣasī tombent dans le chagrin, maudissant Śūrpaṇakhā pour avoir tenté de séduire Rāma et Rāvaṇa pour avoir conduit sa race à sa perte. Monté sur un char éblouissant, Rāvaṇa se lance dans la bataille avec trois grand guerriers rākṣasa : Mahodara, Mahāpārśva et Virūpākṣa. Rāvaṇa répand la mort dans l'armée de singes, mais Sugrīva tue Virūpākṣa et Mahodara, et Aṅgada tue Mahāpārśva.
Furieux, Rāvaṇa s'attaque à Rāma. Obscurcissant le ciel de leurs flèches, les deux combattants se transpercent l'un l'autre et utilisent des flèches incantées. Lakṣmaṇa intervient : il brise l'étendard du roi des rākṣasa, tue son cocher et détruit son arc. Vibhīṣaṇa tue les chevaux de Rāvaṇa, mais est frapé par une lance façonnée par Maya. Lakṣmaṇa se porte à son secours mais Rāvaṇa le frappe lui aussi avec cette lance.
Rāma demande aux singes de veiller sur son frère alors qu'il envisage le duel final avec Rāvaṇa. Cependant, à la pensée de la mort prochaine de Lakṣmaṇa, Rāma tombe dans le désespoir. Le singe Suṣena le rassure : il envoie Hanumān chercher des plantes médicinales sur le mont Mahodaya. Encore une fois, Hanumān rapporte le sommet montagneux. Après avoir broyé les plantes, Suṣena les administre à Lakṣmaṇa par le nez. Aussitôt rétabli, il reproche à Rāma de s'être attristé sur son sort : il doit tuer Rāvaṇa.
Pour que le duel soit disputé de façon équitable, Indra décide d'envoyer son cocher Mātali aider Rāma. Monté sur le char d'Indra, Rāma détruit les flèches en forme de serpent de Rāvaṇa en utilisant un trait dédié à Garuḍa. Les démons assistent au duel en soutenant Rāvaṇa tandis que les dieux veulent voir triompher Rāma. Rāvaṇa utilise une pique pure comme le diamant. Les flèches de Rāma ne peuvent rien contre cette arme redoutable ; il parvient enfin à la détruire en utilisant une arme d'Indra apportée par Mātali.
Les deux combattants continuent à se tirer des flèches. Prenant l'avantage, Rāma reproche à Rāvaṇa d'avoir enlevé Sītā et lui annonce sa mort prochaine. De sa propre initiative, le cocher de Rāvaṇa éloigne le char du champ de bataille, ce qui rend Rāvaṇa furieux contre lui. Pendant que Rāvaṇa s'explique avec son cocher, Agastya vient enseigner à Rāma l'Ādityahṛdaya, un hymne védique au Soleil. En le récitant, Rāma s'assure la victoire.
Alors que les présages sont funestes pour Rāvaṇa et heureux pour Rāma, leur duel terrible reprend sous les regards des singes et des rākṣasa qui restent immobiles. Contrairement à Rāvaṇa, Rāma parvient à détruire l'étendard de son adversaire. Ce duel en char est acharné. Les flèches lancées par les deux combattants forment un deuxième ciel ; la terre se met à trembler ; les créatures célestes sont angoissées.
Avec une flèche en forme de serpent, Rāma tranche une des dix têtes de Rāvaṇa, puis une autre... Mais à chaque fois, la tête tranchée réapparaît aussitôt. Le combat se poursuit pendant sept jours et sept nuits sans qu'aucun des combattant ne prennent l'avantage de façon décisive. Mātali suggère alors à Rāma d'utiliser l'arme sacrée de Brahmā contre Rāvaṇa. Tel Vṛtra frappé par Indra, Rāvaṇa est tué par Rāma. Les singes exultent de joie et des musiciens célestes chantent les louanges de Rāma.
Vibhīṣaṇa prononce un éloge funèbre. Mandodarī se lamente devant la dépouille de son époux, elle pense que c'est Viṣṇu en personne qui a vaincu Rāvaṇa. Sous la pression de Rāma, Vibhīṣaṇa fait célébrer les rites funéraires. Rāma fait sacrer ce vertueux Vibhīṣaṇa roi de Laṅkā.
Rāma demande à Hanumān puis à Vibhīṣaṇa de dire à Sītā de se préparer pour se présenter devant lui richement parée. Elle déclare d'abord vouloir voir son époux avant de s'être lavée puis, devant l'insistance de Vibhīṣaṇa, elle finit par accepter pour l'amour de Rāma. C'est dans la confusion que Sītā rejoint son époux en présence de tout le monde. Rāma déclare l'avoir enfin reconquise après avoir vaincu Rāvaṇa, mais il répudie Sītā puisqu'il ne serait pas convenable qu'il la garde après qu'elle a été prisonnière de Rāvaṇa. Pour prouver sa vertu, Sītā fait dresser un bûcher et y pénètre.
Les dieux Kubera, Yama, Indra, Varuṇa, Śiva et Brahmā viennent voir Rāma. Indigné par sa conduite à l'égard de Sītā, Brahmā lui révèle qu'il est Viṣṇu Nārāyaṇa et que Sītā est Lakṣmī. Après que Brahmā a rappelé à Rāṃa les exploits passés de Viṣṇu, le Feu sort du bûcher en tenant Sītā contre lui. Il assure à Rāma qu'elle n'a aucunement péché. Rāma explique que Sītā devait se soumettre à cette épreuve du Feu pour que la rumeur ne puisse pas se moquer de leur couple. Śiva félicite Rāma et lui demande, ainsi qu'à son frère, de rendre hommage à leur père Daśaratha qui vient d'apparaître. Heureux, il dit à Rāma qu'il doit montrer sur le trône, à Lakṣmaṇa, il promet le ciel et il souhaite de Sītā qu'elle n'en veuille pas à Rāma pour l'avoir répudiée. Indra accorde une faveur à Rāma : que les singes ayant rejoint le royaume de Yama soient ressuscités. Indra l'exauce.
Vibhīṣaṇa permet à Rāma d'utiliser le char Puṣpaka pour rentrer à Ayodhyā. Vibhīṣaṇa et les singes souhaitent l'accompagner. Tout le monde embarque à bord du char céleste. Rāma montre à Sītā la cité de Laṅkā et le pont de Nala depuis les airs. Le char survolant Kiṣkindhā, Sītā demande que Tārā et les autres épouses de singes l'accompagnent à Ayodhyā. Rāma accepte et continue la visite guidée en lui montrant le mont Ṛśyamūka, la Pampā, le Janasthāna, l'ermitage d'Agastya, etc. Rāma rend visite à l'ascète Bharadvāja qui lui explique que Bharata règne sur Ayodhyā en se soumettant à ses socques. Il lui accorde un vœu : les fruits et le miel ne manqueront pas à Ayodhyā, même hors saison.
À la demande de Rāma, Hanumān vient rencontrer Bharata. Il lui raconte les événements qui se sont produits. Śatrughna s'occupe des préparatifs pour faire un triomphe à Rāma pour son retour. Bharata honore Rāma à son arrivée et salue tous ceux qui l'accompagnent, les singes ayant pris une forme humaine. Rāma s'incline devant Kausalyā et salue Sumitrā et Kaikeyī. En ayant reçu l'autorisation de Rāma, le char Puṣpaka retourne au séjour de Kubera. Bharata rend pieusement son royaume à Rāma et ordonne qu'on le sacre. Vasiṣṭha procède à l'onction royale de Rāma avec de l'eau pure recueillie par les meilleurs des singes. Le chapelain des Ikṣvāku lui remet un diadème utilisé autrefois lors du sacre de Manu. On le pare d'un parasol blanc en présence des dieux. Des musiciens et danseuses célestes participent à la cérémonie.
Rāma récompense richement les brâhmanes et les singes. Sītā remercie Hanumān en lui remettant un précieux collier. Ses hôtes étant rentrés, Rāma fait de Bharataa son prince héritier, Lakṣmaṇa ayant refusé cet honneur. Pendant son règne long de dix mille ans, Rāma célèbre dix sacrifices de cheval qui contribuent à l'opulence et au dharma dans la cité d'Ayodhyā.
Ce poème de Vālmīki, le Rāmayāṇa, assure la prospérité à tous ceux qui l'entendent.
2006-12-20 20:25+0100 (Grigny) — Culture — Musique — Lectures
Comme l'année dernière (et les trois années précédentes), je suis allé écouter l'Oratorio de Noël de Bach au Théâtre des Champs-Élysées. J'ai beaucoup aimé cette version, dirigée par Christophe Rousset. Les solistes, plutôt jeunes, étaient assez bons. L'Évangéliste et la soprano, extrêmement concentrés, étaient impeccables. L'alto était visiblement intimidée lors de son premier air Bereite dich, Zion, mit herrlichen Trieben, mais elle s'en est quand même très bien tirée. Élégante, la basse a très bien chanté Großer Herr, o starker König, un des airs pour basse que je préfère 1. Là où ils ont gaffé, c'est à la fin, lors des rappels. Le chœur final Nun seid ihr wohl gerochen était repris ; dans ces cas-là, d'habitude, les solistes chantent avec les membres du chœur de même tessiture, et s'intègrent même au chœur, ce qui leur permet de lire la musique sur leur voisin. Mais, là, ils n'ont pas pensé à ça, ils sont restés au devant de la scène, et ne connaissaient visiblement pas tous le texte par cœur... et en plus, ils trouvaient ça drôle !
J'ai jeté quelques coups d'œil aux surtitres : il faudrait apprendre aux opérateurs à ne pas faire de fondus enchaînés entre les différentes lignes de textes puisque c'est nuisible à la lecture d'icelles.
Les années précédentes, la représentation avait lieu plus tôt dans le mois de décembre. Cette fois-ci, j'ai pu apprécier les décorations de Noël de la rue Montaigne.
Non sequitur : hier, j'ai découvert qu'à partir du 1er janvier 2007, les numéros ISBN allaient passer à treize chiffres.
[1] Pour mémoire, une autre version de cet air se trouve dans la cantate profane Tönet, ihr Pauken! Eschallet, Trompetten! (Drama per musica, BWV 214) sous le titre Kron und Preis gekrönter Damen.
2006-12-18 20:29+0100 (Grigny) — Culture — Cinéma — Voyage en Inde III
Je pars dans un peu moins de cinq jours. J'ai obtenu mon visa et mes billets de train il y a quelques semaines, récupéré mes billets d'avion vendredi dernier. Ce matin, je me suis occupé de mes réservations d'hôtels pour les deux jours qui précèderont mon arrivée à l'Institut Harish-Chandra à Allahabad. Compte tenu du faible nombre d'heures que je vais passer à Delhi, j'en ai pris un proche des aéroports. Pour Varanasi, j'ai finalement opté pour un hôtel dans le quartier du Chowk plutôt que dans le Cantonment : je retournerai à l'hôtel où j'avais passé quelques jours lors de mon premier voyage.
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Samedi dernier, j'ai vu un des plus mauvais films français que je connaisse : L'Intouchable de Benoît Jacquot avec Isild Le Besco. L'histoire est assez vide. Certains passages sont grotesques, comme cette scène dans l'avion où le personnage principal, Jeanne, discute avec un indien alcoolique : il doit y avoir pas loin d'une vingtaine de plans le montrant en train de prendre une gorgée dans sa petite bouteillle. Les seuls passages que j'ai trouvés remarquables et qui m'ont émus pour m'avoir rappelé des souvenirs sont ceux de l'arrivée à la gare de Varanasi et les scènes montrant les bûchers funéraires.
Je suis allé voir Casino Royale dans la foulée. J'ai trouvé qu'il souffrait très bien la comparaison avec les autres James Bond récents. Les scènes de cascade sont toujours aussi comiques, mais de façon différente : au lieu d'être vraiment trop fort, James Bond se casse la figure...
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Au passage, s'il y a encore des gens intéressés par des places gratuites pour certains spectacles, qu'ils n'hésitent pas.
2006-12-12 01:25+0100 (Grigny) — Culture — Opéra
Je reviens de la première de Candide, une opérette de Bernstein, au Théâtre du Châtelet. C'était absolument excellent, et relativement fidèle au texte de Voltaire. J'avais écouté un autre enregistrement de cette opérette, mais sans les parties parlées ; cela m'avait donné l'impression que l'histoire avait été chamboulée ; je me trompais. Avec les passages parlés (en français), il était beaucoup plus aisé de voir la cohérence et les correspondances avec le conte. Le chateau de Thunder-ten-tronckh en Vestphalie est remplacé par la Maison Blanche en West-failure. On pend des juifs communistes pour un auto-da-fé. Le grand inquisiteur et le juif Issachar sont transformés en impresarios et Cunégonde en chanteuse (la scène de l'air Glitter and be gay avec Cunégonde habillée en Marylin était assez énorme). Le bateau transatlantique est le Titanic. Le gouverneur don Fernando d'Ibaraa, y Figueora, y Mascarenes, y Lampourdos, y Souza était remplacé par un officier de l'immigration véreux. L'Eldorado est riche pour son pétrole. Les rois déchus que Candide rencontre à Venise sont Jacques Chirac, Tony Blair, Vladimir Poutine, Silvio Berlusconi et George Bush ! Et il faut toujours cultiver son jardin.
Merci à Flo pour le thé Pu Er et les places, à Kozlika et à Marion pour le chocolat, et coucou à ceux que j'ai pu voir ou revoir.
Bon, il faudrait que je pense à dîner.
PS : Cela passera à la télévision le 20 janvier 2007 à 22h30 sur Arte.
2006-12-08 23:46+0100 (Grigny) — Culture — Lectures — Culture indienne — Voyage en Inde III
La date du départ en Inde approche et je ne sais toujours pas quels livres je vais emmener avec moi. Tout-à-l'heure, je suis passé chez les agitateurs pour me ravitailler en livres. J'avais une petite liste, mais je ne suis pas du tout reparti avec ce que j'avais prévu, notamment à la suite de cet échange :
— Bonjour, je cherche The Inheritance of Loss de Kiran Desai.
— Oui, je vais regarder. Vous pouvez répéter le nom ?
— Kiran Desai, D-E-S-A-I.
— Je vais demander à mon collègue.
Le collègue, dont j'avais remarqué quelques minutes plus tôt le côté un peu speed arrive.
— Je voudrais savoir si vous avez The Inheritance of Loss de Kiran Desai, qui a obtenu le Booker Prize cette année.
— Desai, c'est dans ce coin-là !
Il montre le rayon
littérature d'Asieque je venais d'éplucher, puis s'y précipite pour me montrer un exemplaire du dernier roman d'Anita Desai. J'en avais déjà un exemplaire entre les mains...— Voilà !
— Kiran Desai, c'est sa fille.
— Mais ce n'est pas traduit !
— Bien sûr, mais vous ne l'auriez pas dans le rayon anglophone ?
— Non, cela m'étonnerait !
Quand même, je trouve cela assez incroyable que dans une librairie généraliste d'une telle étendue, on ne puisse même pas trouver le livre ayant obtenu le plus grand prix littéraire anglais !
J'espère qu'il se trouvera une librairie anglophone à Allahabad ou à Mumbai où je pourrai trouver mon bonheur.
⁂
J'ai commencé Noces indiennes de
Sharon Maas. Le roman alterne trois histoires qui, au début,
semblent indépendantes, les chapitres étant intitulés Nat
,
Saroj
ou Savitri
du nom du personnage principal de chacune
d'entre elles. C'est un peu déroutant de changer d'époque et de lieux d'un
chapitre à l'autre, mais on s'y habitue.
Une des histoires se passe en Guyane Britannique dans les années 1950-1960. Je découvre avec stupeur le gouffre de méconnaissance que j'ai de ce pays, ancienne colonie britannique, où de nombreux Indiens ont émigré au dix-neuvième siècle.
2006-11-30 21:17+0100 (Grigny) — Culture — Lectures — Culture indienne — Voyage en Inde III
Le système de distribution de certains journaux gratuits m'énerve 1. Dans les premiers temps, on voyait des amoncellements de papier dans les couloirs du métro. Je suppose que la RATP a agrandi ses poubelles, que la qualité des journaux s'est améliorée ou que les gens les gardent un peu plus longtemps. Au passage, j'ose espérer que les entreprises qui distribuent ces journaux ont eu la bienveillance de proposer des arrangements à la RATP et à la Ville pour les dédommager de la gêne occasionnée par la masse de papier qu'elles engendrent. Maintenant, ce qui m'ennuie, c'est le journal gratuit du soir au parasol rouge. À certains endroits, notamment aux abords de la station de métro Bibliothèque François Mitterrand, la circulation des usages du métro n'est déjà pas très fluide en période de pointe, mais il y a maintenant des parasols rouges à l'effigie d'un journal, des piles de journaux et des gentils distributeurs qui transforment un simple déplacement en métro en véritable slalom, d'autant plus que l'hiver s'approchant, ces lieux ne sont pas très bien illuminés, c'est un miracle s'ils ne se transforment pas quotidiennement en une attraction d'auto-tamponeuses.
⁂
J'ai réussi à obtenir mon visa pour mon
prochain séjour en Inde. Je n'ai pas eu à attendre trop
longtemps à l'ambassade de l'Inde. J'ai eu un bonus d'attente
supplémentaire puisque je ne demandais pas un visa touristique : j'ai dû
attendre qu'en coulisses, on examine les lettres d'invitation
des instituts de mathématiques indiens, mon visa n'est valable que trois
mois (au lieu de six pour un visa touristique standard), mais c'est un visa
de type X !
⁂
Pendant mon attente à l'ambassade de l'Inde, j'ai lu un court roman de George Sand, La mare au diable. C'est l'histoire sympathique du paysan Germain et de la petite Marie. Très bien écrit, peut-être un peu trop : j'aime bien lire des histoires où les personnages s'expriment avec affectation, j'y crois volontiers si ce sont des princes, des sultanes ou des bourgeois, mais j'ai du mal à souffrir les subjonctifs imparfaits et autres tournures recherchées que les personnages de George Sand émettent très fluidement.
Récemment, j'ai aussi lu un premier livre, Le tapis rouge, un recueil de nouvelles de Lavanya Sankaran (traduit de l'anglais) dont le cadre est la ville indienne de Bangalore. Certaines d'entres elles sont très belles, notamment celle qui a donné son titre au recueil.
[1] Je précise que je n'ai jamais lu un de ces journaux ; je ne me permettrais donc pas de critiquer leur contenu.
2006-11-22 21:56+0100 (Grigny) — Culture — Musique — Voyage en Inde III — Mathématiques
Il y a deux ou trois jours, j'ai fait un rêve bizarre. Je discutais avec d'autres matheux étrangers (je ne sais pas en quelle langue), et me montrant un des notres en qui je reconnus un certain H. G., un des matheux me dit que c'était le mathématicien le plus riche du monde. Je découvais ensuite que son nom de famille était Google.
Ce matin, j'ai eu la confirmation du fait que dans un mois, je vais pouvoir partir pour deux mois en Inde pour un séjour scientifique dans deux instituts de recherche. Tout se présentant excellemment bien en ce qui concerne mon accueil sur place, je suis très content.
Le seul inconvénient que je pourrais y voir, c'est qu'il y a un certain
nombre de places de spectacles (concerts/danse) pour lesquels je ne pourrai
pas utiliser les billets achetés trop longtemps à l'avance, et c'est là que
vous intervenez, puisque plutôt que de les vendre, je pense les distribuer
ici même presque gratuitement : il faudra me promette de faire un petit
compte-rendu du spectacle (sur vos blogs ou en commentaire ici). Demain,
jeudi 23 novembre vers 20h00 (heure de Paris), je mettrai
en ligne la prochaine entrée de blog qui contiendra la liste des spectacles
avec une brève description. J'appliquerai la règle du premier arrivé,
premier servi
.
Tiens, aujourd'hui, c'est la Sainte-Cécile, patronne des
musiciens
, en l'honneur de qui certains compositeurs, comme Händel, ont
écrit des odes.
2006-11-14 07:48+0100 (Grigny) — Culture — Musique — Lectures — Culture indienne
J'étais hier soir salle Gaveau pour écouter le programme Virtuosité baroque de l'ensemble Concert Français dirigé par Pierre Hantaï au clavecin.
J'y allais avant tout parce que deux concertos de Bach étaient au
programme, dont le cinquième concerto brandebourgeois (aaah, le solo
de clavecin à la fin du premier mouvement...), mais j'ai également
découvert des œuvres que je ne connaissais pas et qui m'ont bien plu.
Il faudrait que je pense à remédier au fait que je
n'aie pour le moment aucun disque de Telemann...
De Vivaldi, j'ai beaucoup aimé l'étonnante sonate La Follia
.
⁂
Ayant lu plus que d'habitude la semaine dernière, la rubrique booklog dans la colonne de droite défile plus vite que n'arrivent les entrées de blog ; il convient que je parle un peu de ces livres.
J'ai fini de lire le roman Alexis Zorba de Nikos Kazantzaki que l'on m'avait prêté. Le narrateur (dont on ignore le prénom) rencontre Zorba, un personnage énigmatique, qui l'aide à exploiter une mine de lignite en Crète. Dit comme ça, ce n'est pas très attirant ; ce qui est intéressant, ce sont les interrogations du narrateur, ses dialogues avec Zorba au sujet de la nature humaine, etc.
M'étant rendu à la Bibliothèque François Mitterrand pour poursuivre ma lecture du Mahabharata de Jean-Claude Carrière dont je disais du bien il y a quelque temps et celui-ci n'y étant pas en rayon, j'ai regardé tout autour les livres des rangées de littérature sanskrite et me suis laissé tenter par le Gîta-Govinda de Jayadéva, poète du Nord-Est de l'Inde du douzième siècle. Comparé au Cantique des cantiques, il s'agit d'un ensemble de vingt-quatre chansons racontant les amours de Radha et Krishna, tantôt du point de vue de Radha ou de son amie, tantôt de celui de Krishna lui-même. La traduction poétique de Jean Varenne est belle, très agréable à lire. Je n'ai pas vu le temps passer. Cela doit bien être une des premières fois que je lis un livre d'un seule traite.
J'ai également lu Le voile de Draupadi de l'écrivaine française Ananda Devi. Parallèlement au récit principal qui est celui d'Anjali, de son couple et de son fils gravement malade, s'insère harmonieusement par épisodes l'évocation du tragique destin de sa cousine Vasanti. C'est le premier roman de cet auteur que je lis. J'ai aimé son style qui comporte beaucoup d'images très bien pensées. Dans certaines d'entre elles, on peut s'amuser à distinguer des allusions à la mythologie indienne (qui est aussi présente très explicitement à plusieurs reprises, ne serait-ce que dans le titre).
Concernant Andromaque de Racine, j'ai goûté ces vers avec plaisir, plus que ceux d'Iphigénie qui m'avait semblé plus difficile à lire (compte tenu de la langue et du nombre élevé de rebondissements).
Hier, j'ai commencé Le cryptographe de Tobias Hill paru dernièrement en traduction. J'en avais lu une critique positive sur le blog de Clarabel. Ce que j'ai lu pour le moment me donne envie de lire la suite.
2006-11-03 19:52+0100 (Grigny) — Culture — Musique
Je viens seulement de réaliser que la symphonie
nº9 d'Antonín
Dvořák est la symphonie Du nouveau monde et non la symphonie du
Nouveau monde
...
2006-10-26 21:38+0200 (Grigny) — Culture — Musique — Danse — Lectures — Mathématiques
Jusques à l'année dernière, à chaque fois que je passais à Jussieu au début de l'année universitaire, je me faisais accoster par diverses personnes qui prêchaient pour telle ou telle mutuelle étudiante. Ne voulant pas leur faire perdre leur temps, je disais tout de suite que je n'étais pas concerné, mais on ne me croyait pas, alors je devais expliquer que bien que je fusse étudiant, j'étais déjà affilié à une mutuelle. Cette année, je ne dois plus avoir une tête d'étudiant pour eux ; cela tombe bien, je ne le suis plus.
À l'entrée de ce lieu très fréquenté, il y a toujours autant de
personnes distribuant divers papiers. Le plus souvent, il s'agit de
publicité, parfois de tracts politiques. Mardi dernier, en sortant d'un TD,
je me suis vu remettre une petite carte (format carte de crédit) un peu
bizarre : dessus, on peut lire cliquez, découvrez, expérimentez !
en-dessous du nom d'un site ConnectezVotreVie.com, avec en
fond une étudiante sans doute charmante écrivant sur son cahier tout en
regardant ailleurs. Bref, sans trop y faire attention, on pourrait prendre
cela pour de la publicité pour un fournisseur d'accès à Internet, un
fabricant d'électro-ménager, etc. Mais, en petits caractères, on peut
cependant lire Site interactif étudiant pour explorer la foi
chrétienne
. Ce matin, je suis repassé au même endroit, on m'a tendu un
nouvel exemplaire de cette carte ; je l'ai rendue en disant que je l'avais
déjà. Je discute un peu avec la jeune femme qui faisait la distribution.
Oui, j'étais allé voir le site. Non, cela ne m'avait pas fait croire en
Dieu. Non, je ne donnerais pas cette carte à quelqu'un d'autre 1. Bien que je m'intéressasse un petit peu aux
religions, j'étais incroyant. Je suis parti peu après qu'elle m'eut dit
Mais vous savez, Dieu, il vous aime. Comment peut-on vivre sans ? Dieu
vous bénisse.
. C'est à mon avis un aspect peu reluisant d'une religion,
celui de conduire certains à se sentir investi de la mission d'attirer de
nouveaux fidèles. Cependant, il y a un mérite que je peux leur reconnaître,
celui de conforter mon incroyance. Ce n'est vraiment pas ce court-métrage qui me
fera changer d'opinion.
⁂
Hier soir, je suis allé voir un spectacle de danse. C'était mon baptême de
danse contemporaine. J'avais remarqué par une occurrence de bharata
natyam
dans la description
de ce spectacle
(Paperdoll, de Padmini Chettur) dans le programme du Théâtre de la
Ville ; voilà pourquoi je me trouvais dans cette salle hier. C'était
incontestablement de l'art, mais je suis assez déstabilisé.
L'accompagnement musical était très étrange, lui aussi très contemporain.
Je ne connais rien à cette musique, mais cela devait être un exemple de musique
concrète : une sorte de mélange aléatoire (sans rythme particulier) de
sons bizarres. Pendant le premier quart d'heure, j'essayais d'imaginer des
gouttes de métal liquide coulant d'un robinet que quelqu'un s'amuserait à
ouvrir et à couper. Après, je n'ai plus cherché à donner un sens aux
sons... Dans des tenues approximativement blanchâtres, cinq danseuses se
mouvaient avec extrême lenteur. Bref, au début, je me demandais un peu ce
que je faisais là. Il y avait néanmoins une cohésion assez intéressante
dans ce groupe : dans les mouvements que j'ai trouvés les plus
remarquables, plusieurs danseuses (voire toutes les cinq) étaient liées les
unes aux autres par les mains, assurant l'équilibre harmonieux de
l'ensemble, ou mettaient délicatement leur main en contact avec le visage
de la voisine.
⁂
J'ai passé le début de mon après-midi à retrouver comment montrer que le
groupe alterné sur au moins 5 lettres est un groupe simple. Je prévois en
effet de l'enseigner en TD la semaine prochaine. Après m'être
convaincu que je savais faire, je suis monté à la bibliothèque pour aller
voir comment c'était fait dans les livres canoniques d'algèbre de niveau
licence/maîtrise/CAPES/agrégation. Le Perrin n'était pas
dans les rayons (il y a un gros trou dans la rangée de livres à cet endroit,
je suppose qu'il y a toujours des hordes d'agrégatifs, capessiens, TD-persons qui en ont besoin en même temps). Les livres étant
rangés thématiquement, je regarde les livres avoisinants. Combien grande
fut ma déconvenue lorsque je vis les horreurs que contenaient certains
ouvrages. Dans un livre de cours de l'algèbre, la démonstration me sembla
comporter des erreurs béantes. Dans un autre qui se montrait assez
agréalablement mis en page, je suis tombé sur une erreur grossière dans un
paragraphe qui paraissait se vouloir synthétique.
J'ai également échoué sur un ouvrage en roumain de la période
communiste ; les mathématiques y avaient l'air aisément déchiffrables,
mais je n'ai pas poussé l'ascétisme jusqu'à y chercher le
théorème que je voulais. J'ai vu un
autre livre à la typographie trahissant une époque reculée où dans le
premier chapitre d'analyse, on expliquait la notion de nombre variable
infiniment petit
! Après ces tâtonnements, j'ai consenti à ouvrir une
valeur sûre (le Tauvel), pour y découvrir finalement ce que je voulais. La
démonstration qui s'y trouve est un peu plus directe que celle que j'avais
reconstituée.
En rentrant chez moi en RER, je n'ai pas vraiment pu me mettre à la lecture du roman en cours, ne parvenant pas à évacuer les groupes symétriques de ma tête...
⁂
Pense-bête : il va falloir que je réorganise les catégories (ou plutôt tags) que j'associe aux entrées de blogs, puisqu'en l'état, ce n'est pas satisfaisant du tout.
[1] Prétérition. Je ne pensais pas en parler sur ce blog.
2006-10-17 22:16+0200 (Grigny) — Culture — Lectures — Culture indienne — Mathématiques
J'ai recommencé mes TD à l'université il y a deux semaines. Cela me demande un peu plus de travail de préparation que les années précédentes puisque ce semestre, j'enseigne à des étudiants de troisième année.
Je remplis mes nouvelles étagères de nouveaux livres. Compte tenu de la taille gigantesque de certaines autres PAL, je n'éprouve plus aucune culpatibilité à voir s'aligner des livres que je n'ai pas encore lus.
J'ai commencé à lire Le Mahabharata, raconté par Jean-Claude Carrière (éditions Belfond). Comme il a l'air épuisé, je vais le lire à la Bibliothèque François Mitterrand. Ce lieu est un peu glauque : les salles de lecture sont très sombres, on n'y voit pas clair même en allumant les petites lampes attachées aux tables. Après en avoir lu un peu plus de la moitié, je trouve ce livre de J.-C. Carrière assez remarquable. Il bénéficie évidemment des qualités que je trouvais au film de Peter Brook. L'histoire est très bien racontée ; tout en allant à l'essentiel, ce récit limpide conserve différents niveaux d'énonciation, comme dans l'épopée, et met en évidence, non sans humour, les côtés paradoxaux que cela comporte : quand Vyasa (le poète épique) et Krishna (la divinité suprême, selon certains) se rencontrent, ils se demandent lequel des deux a créé l'autre ! Le seul petit reproche que je pourrais faire concerne la transcription des noms ou mots sanskrits, qui me semble comporter des erreurs.
Concernant ma discolicité, cela s'arrange : dans quelques jours, je devrais avoir terminé ma première écoute de l'intégrale hänssler de Bach. En effet, depuis à peu près un an, j'écoute les cantates de Bach en suivant le calendrier liturgique. Un cycle entier s'est donc écoulé. Il me reste encore quelque chose comme huit cantates à écouter, mais je pense que je n'attendrai pas le 23 novembre 2008 (prochain vingt-septième dimanche après la fête de la Trinité) pour écouter la cantate BWV 140.
2006-10-05 07:51+0200 (Grigny) — Culture — Lectures
Voici ma PAL :
Mon score doit être trente-et-un
. La liste de ces livres apparaît
sur mon booklog.
Évidemment, en comparaison d'autres scores du concours PAL, j'en ai une petite. Peut-être que pour un concours de la plus haute pile de disques à écouter, je serais bien classé.
2006-09-12 23:59+0200 (Grigny) — Culture — Cinéma — Lectures — Culture indienne
Aujourd'hui, j'ai enfin achevé ma lecture de la traduction française de l'épopée indienne que je lisais depuis pas mal de temps, Le Rāmāyaṇa de Vālmīki. Au début, je pensais que cela me prendrait deux mois, mais finalement, il m'aura fallu cinq mois...
L'intrigue est moins complexe que celle du Mahābhārata. Par exemple, dans la guerre, du côté du dharma, il y a Rāma et son frère, des milliards de ... de milliards de singes (et d'ours) et cinq rākṣasa, tandis que dans le Mahābhārata, il y a un assemblage hétérocite de peuples. Les caractères des personnages sont moins subtils que dans le Mahābhārata. Par exemple, on ne peut pas trouver de circonstance atténuante à Rāvaṇa alors qu'on pourrait en trouver pour Duryodhana ; il n'y a pas vraiment de personnages comme Bhīṣma qui sont on ne peut plus dharmiques mais qui combattent quand même dans le camp de l'adharma, ici, le vertueux Vibhīṣaṇa rejoint Rāma ; Sītā a pour caractéristiques principales d'être belle, obéissante et fidèle envers Rāma, tandis que Draupadī avait une personnalité beaucoup plus forte. Cependant, il y a lieu d'être choqué par le comportement de Rāma en au moins trois occasions (il rejette l'innocente Sītā deux fois, il décapite un homme de basse caste parce qu'il avait osé pratiquer l'ascétisme). Dans le Mahābhārata, si des héros du camp du dharma commettent de vils actes, on a l'impression qu'ils n'avaient vraiment pas d'autre solution, que c'était absolument inéluctable.
Du point de vue de la mythologie, cette lecture est vraiment très instructive : non seulement les dieux agissent dans l'épopée via les hommes et autres créatures en lesquels ils se sont incarnés, mais on apprend au détour des récits de nombreux épisodes mythologiques mettant directement en scène les dieux (par exemple, le mythe védique de Vṛtra mis à mort par Indra, la descente de la Gaṅgā...). Le dernier chant est tout particulièrement intéressant puisque c'est là que sont lacées toutes les ficelles qui ont été déliées dans les chants précédents.
⁂
Pendant mon voyage en Inde, j'ai acheté une poignée de DVD de films indiens. Il y a quelques jours, j'ai regardé le dessin animé हनुमान, qui raconte l'histoire de ce singe, Hanumān, qui a un rôle si important dans le Rāmāyaṇa. Je ne sais pas trop pour quel public ce film est fait, mais il est clair que si on ne connaît pas déjà l'histoire et les différents noms des principaux dieux, c'est très difficile à suivre puisque de surcroît les épisodes se suivent à grande vitesse (le film fait environ une heure et demie). L'essentiel de ce qui est raconté se trouve dans le Rāmāyaṇa à quelques détails près, mais il y a un ou deux passages assez bizarres. Il est ainsi raconté que dans sa jeunesse, Hanumān aurait vécu un temps une vie d'animal de cirque en compagnie de Viṣṇu et qu'il aurait ainsi bien connu Rāma à la cour de son père Daśaratha, alors que dans l'épopée, ils ne se rencontrent pour la première fois qu'au quatrième chant. Le texte qui défile au début du film m'a beaucoup surpris aussi, puisqu'il y est dit que Hanumān est une incarnation de Śiva ; à ma connaissance, l'épopée n'en fait que le fils du Vent.
2006-08-25 10:56+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Culture indienne — Voyage en Inde II
J'ai pris mes repas d'hier et de ce matin dans un petit restaurant près
de mon hôtel. Leurs masala dosai sont vraiment excellents, et surtout hier
soir, j'ai mangé un excellent thali. Finalement, ce n'est pas vraiment la
technique qui limite ma vitesse pour le manger, c'est plutôt l'appétit.
Sur une feuille de bananier au fond d'un plat circulaire, j'avais deux
pains, et tout autour une petite dizaine de petits pots contenant diverses
préparations : paneer butter masala, lentilles, riz, une sorte de yaourt,
un petit gâteau sucré, diverses sauces et soupes
... C'était vraiment
excellent.
Je regarde un petit peu la télévision ici, et il y a une chose qui est
assez frappante, c'est la manière dont certains faits divers deviennent des
sujets nationaux dans ce pays de plus d'un milliard d'habitants. Par
exemple, il y a quelques jours, il y a eu tout un scandale parce qu'un
jeune sikh s'est fait couper les cheveux de force par d'autres gamins. De
nombreux sikhs manifestaient de façon assez virulente, et appelaient à un
débat national. Il y avait un débat au sujet de la diversité culturelle, et
quelqu'un déplorait que les jeunes connaissent plus de choses sur Shahrukh
Khan et Madhuri Dixit que sur les grands hommes qui ont fait l'Inde.
Douze indiens ont été retenus prisonniers dans un aéroport
hollandais parce qu'ils auraient eu un comportement suspect dans un avion.
Il y
avait hier un débat télévisé sur la question de savoir si les
non-whites
étaient victimes d'une paranoïa superflue, et un des
intervenants se félicitait de ce que la chaîne de télévision ait simplement
dit qu'ils étaient indiens, sans préciser qu'ils avaient des noms à
consonnance musulmane. Un autre fait divers plus grave : il y aurait eu un
cas de Sati,
à savoir qu'une veuve se serait jetée sur le bûcher funéraire de son mari
(je n'ai lu qu'un seul exemple de cette pratique dans les épopées : Madri,
épouse de Pandu, dans le Mahabharata).
Les autorités locales semblent considérer cela comme un simple suicide.
Il paraît que depuis hier, il n'y a plus que huit planètes dans le système solaire. C'etait bien la peine d'écrire une suite aux Planètes de Holst...
2006-08-02 20:58+0200 (Grigny) — Culture — Lectures — Culture indienne — Résumé du Rāmāyaṇa
Ayant pris une taille colossale, le singe Hanumān s'élance dans les airs depuis le mont Mahendra pour franchir l'océan. Les dieux admirent cet exploit et l'Océan lui-même propose son aide au fils du Vent en faisant se dresser des eaux le mont Maināka. Autrefois, les montagnes avaient des ailes, mais de peur qu'elles ne tombassent, Indra les leur coupa. Celles du mont Maināka furent cependant sauvées par Vāyu qui, de son souffle, l'avait précipité dans l'océan. Mais, ayant promis de ne pas s'arrêter en chemin, Hanumān refuse cette aide et poursuit son vol. Les dieux décident de le mettre à l'épreuve en le confrontant à la mère des serpents, Surasā, qui a pris la forme d'une rākṣasī. Celle-ci essaie de le manger, mais Hanumān prend une taille minuscule pour entrer dans sa bouche et en ressortir aussitôt. Il tue aussi la rākṣasī Siṃhikā qui s'est emparé de son ombre. Le singe atterrit finalement à Laṅkā qu'il observe depuis le mont Trikūṭa.
Hanumān prend la taille d'un chat et attend la nuit pour partir à la recherche de Sītā en toute discrétion. En commençant sa visite, la ville de Laṅkā incarnée en rākṣasī l'attaque, mais elle est vaincue. Hanumān découvre la ville : palais richement décorés, espions, guerriers, chants mélodieux des femmes. Entrant dans le palais de Rāvaṇa, Hanumān contemple le char céleste Puṣpaka que Rāvaṇa a dérobé à son demi-frère Kubera. Il y aperçoit Rāvaṇa endormi, entouré de ses femmes livrées à l'ivresse et à la débauche.
N'ayant pas retrouvé Sītā, Hanumān a peur que l'échec de sa mission ne rende Rāma triste au point d'en mourir. Depuis le palais, le singe atteint le bois d'aśoka de ses bonds. Ce bois céleste au sol précieux et traversé par une rivière est idyllique. Il aperçoit, entourée de rākṣasī monstrueuses une femme belle mais vêtue d'un unique tissu jaune sali. Il reconnaît Sītā. Plus tard, il voit Rāvaṇa venir tenter de la séduire, mais elle le repousse en affirmant que Rāma le tuera. Les rākṣasī essayent aussi de faire changer d'avis Sītā et menacent même de la manger. Sītā tombe dans le désespoir, mais une rākṣasī, Trijaṭa, révèle le songe qu'elle a fait : Rāma resplendissant sur le char Puṣpaka en compagnie de Lakṣmaṇa et de Sītā.
Pour approcher Sītā, Hanumān évoque Rāma, sa rencontre avec Sugrīva et les expéditions visant à la retrouver. Ayant entendu cet éloge, Sītā prend cependant peur en voyant ce singe et pense avoir perdu la raison. Elle imagine même que c'est Rāvaṇa qui a pris cette apprence pour mieux la tromper. Mais Hanumān parvient à la consoler. Après lui avoir raconté son histoire, il lui remet la bague que Rāma lui avait confiée en signe de reconnaissance.
Hanumān propose à Sītā de la ramener sur son dos, mais elle refuse, parce que ce ne serait pas convenable et que c'est à Rāma de la ramener après qu'il aura massacré les rākṣasa. Elle demande à Hanumān de faire se hâter Rāma puisque Rāvaṇa la tuera dans deux mois. Elle lui confie aussi plusieurs signes de reconnaissance pour que Rāma la sache en vie. Elle lui raconte ainsi l'histoire d'un corbeau qui l'avait piquée alors qu'elle était avec Rāma après son bain, Rāma le frappa d'un trait dédié à Brahmā qui ne peut pas manquer son but ; ayant pris pitié du corbeau qui avait parcouru le ciel pour échapper à cette arme, Rāma lui laissa la vie sauve en crevant son œil droit. Sītā lui remet aussi une magnifique perle.
Voulant mesurer la force des rākṣasa, Hanumān saccage le bois d'aśoka, puis massacre les kiṅkara que Rāvaṇa, prévenu par les rākṣasī, a envoyés. Il détruit le sanctuaire des rākṣasa et se saisit d'une colonne pour en massacrer les gardiens. Il tue ensuite les fils de Prahasta, ministre et oncle de Rāvaṇa. Après avoir vaincu Akṣa, un des fils de Rāvaṇa, c'est Indrajit qui vient combattre le singe. Cet autre fils de Rāvaṇa avait autrefois vaincu Indra ! Ayant pris une taille prodigieuse, Hanumān résiste aux flèches lancées par Indrajit, mais ce dernier décoche un trait dédié à Brahma. Voulant respecter la volonté du dieu, Hanumān ne résiste pas, se sachant protégé par Brahma, Indra et Vāyu.
Quand les rākṣasa se saisissent de lui, le trait de Brahma perd son effet et Hanumān se laisse faire. Devant Rāvaṇa, il se présente comme un messager de Rāma, critique sa conduite contraire au dharma et lui décrit la force de Rāma. Rāvaṇa veut tuer l'insolent mais son frère Vibhīṣana l'en dissuade. On ne tue pas un messager.
Rāvaṇa lui laisse la vie sauve mais décide de brûler sa queue et de le faire traîner dans toute la ville. Sītā ayant appris cette situation demande au Feu de la fraîcheur pour Hanumān. Le Vent souffle pour exaucer la prière de Sītā. Le singe s'étonne de ne pas souffrir et, après réflexion, il diminue sa taille pour se défaire de ses liens. Il se saisit d'une massue de fer et tue les gardiens d'une des portes de la ville. Il se lance ensuite sur les toits pour incendier Laṅkā et tous ses trésors (en épargnant la maison de Vibhīṣana), apaisant ainsi le feu de sa queue.
Hanumān pense avoir commis une erreur et craint pour la vie de Sītā, mais il entend des voix célestes se réjouir que celle-ci ait réchappé de l'incendie. Le singe vient saluer la princesse et, tel Garuḍa, repart dans les airs en prenant élan sur le mont Ariṣṭa.
Ayant rejoint le mont Mahendra, il raconte ses exploits aux autres singes. Après ce récit, Aṅgada veut tuer Rāvaṇa tout de suite, mais Jāmbavān dit qu'ils doivent d'abord informer Rāma. S'en étant allés joyeux et excités, les singes remarquent le Madhuvana, le magnifique verger de Sugrīva. Ils s'empiffrent alors tous de fruits et de miel jusqu'à l'ivresse. Dépassé par les événements, le protecteur des lieux, Dadhimukha rejoint le roi Sugrīva pour l'informer de ce saccage. Loin de s'en attrister, le roi des singes se réjouit de ce signe du succès de la mission des valeureux singes qui rentrent à Kiṣkindhā.
Hanumān remet à Rāma le bijou de Sītā et raconte son périple.
2006-08-01 16:58+0200 (Grigny) — Culture — Danse — Lectures — Voyage en Inde II
Je suis pour ainsi dire prêt pour partir en Inde du Sud après-demain. J'ai déjà préparé une liste exhaustive de choses à apporter, histoire de ne rien oublier. J'espère que tout va rentrer dans mon sac à dos. Je savoure mes derniers thés chinois avant un bon moment et vais me lancer dans une nouvelle séance de repassage/pliage. Mes conditions de vie se sont déjà rusticisées depuis hier puisque je n'ai plus d'eau chaude à cause de travaux dans mon immeuble.
Il faut aussi que je choisisse quelques livres à emporter, en plus du
Rāmāyaṇa que je compte finir sur place. À propos
de listes d'achats, mon panier Amazon vient de se vider après trois mois
d'inactivité, dommage... Aujourd'hui, j'ai également eu le plaisir
de me replonger dans la brochure du Théâtre de la Ville et écouter pendant
de longues minutes leur musique d'attente au téléphone pour remplacer un
des spectacles de mon abonnement qui était déjà complet ; les textes de
présentation de ces spectacles sont excessivement spécieux (cf. le pastiche suivant),
mais cependant, tous les spectacles que j'y ai vus étaient excellents.
2006-07-08 19:36+0200 (Grigny) — Culture — Lectures — Culture indienne
Cela fait bientôt trois mois que je lis le Rāmāyaṇa (Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard).
J'en suis arrivé au chant VI La guerre
(le résumé du chant V Les
merveilles
apparaîtra bientôt dans le résumé que je rédige au fur et
à mesure). Comme certaines subtilités ne sont pas du tout rendues dans
ce résumé, je voudrais faire une petite note pour tenter d'expliquer
quelques difficultés du texte, qui est cependant traduit dans un français
très agréable à lire.
J'ai déjà mentionné plusieurs fois que les personnages (ou dieux) importants des épopées indiennes ont des noms multiples. Pour essayer d'illustrer d'autres aspects qu'un résumé ne peut pas rendre, je vais me hasarder à un petit commentaire d'un extrait.
⁂
Nous sommes au chant VI, chapitre L. La guerre entre le camp du dharma conduit par Rāma et celui de l'adharma du rākṣasa Rāvaṇa a commencé. Les frères Rāma et Lakṣmaṇa sont presque laissés pour morts ; Indrajit, le fils de Rāvaṇa, a utilisé la magie pour les atteindre, les a criblés de flèches venimeuses (les flèches sont en fait d'authentiques serpents). Les deux héros sont paralysés, Rāvaṇa triomphe, la princesse Sītā est désespérée, les singes (qui constituent l'armée de Rāma) sont affolés ; des remèdes sont envisagés, mais une divinité fait une apparition indiscutablement spectaculaire :
Sur ces entrefaites, un vent accompagné de nuages et d'éclairs agita l'eau de l'océan et sembla faire trembler les montagnes. Sous le grand souffle d'aile du vent, les grands arbres de toutes les îles perdirent leurs jeunes branches et s'abattirent dans ses ondes salées. Les serpents qui les habitaient furent pris de terreur, et soudain tous les monstres marins plongèrent dans les eaux.
Alors, tout à coup, Garuḍa, le fils de Vinatā, apparut à tous les singes comme le feu étincelant. À sa vue, ces serpents qui, sous forme de traits puissants, paralysaient les deux hommes prirent la fuite. Suparṇa toucha les deux Kākutstha et les salua, puis il posa ses mains sur leur visage à l'éclat lunaire. Au contact du fils de Vinatā, leurs blessures se cicatrisèrent et leurs corps reprirent rapidement couleur et éclat. Leur rayonnement, leur héroïsme, leur puissance, leur vigueur et leur endurance — ces vertus fondamentales —, leur subtilité, leur intelligence et leur mémoire s'en trouvèrent doublés.
Garuḍa est le roi des oiseaux, c'est aussi l'ennemi mortel des
serpents ; la terreur des serpents dans le premier paragraphe est
annonciatrice de l'intervention de Garuḍa, aussi appelé Suparṇa, ou
Vainateya (fils de Vinatā
) ; son action est conforme à son profil,
puisqu'il fait fuir les serpents qui paralysaient les deux frères.
Le conflit entre Garuḍa et les serpents fait partie d'un ensembles de mythes très importants dans la mythologie indienne. Dans le mythe-cadre du Mahābhārata est racontée la rivalité entre les deux sœurs Kadrū et Vinatā, épouses de Kaśyapa. Kadrū est la mère de mille serpents tandis que Vinatā a deux fils, qui sont des oiseaux : son premier fils la maudit puisqu'elle l'a rendu difforme en brisant son œuf trop tôt, son deuxième fils Garuḍa promet de défaire cette malédiction. Vinatā devient l'esclave de Kadrū, et Garuḍa dérobe l'ambroisie (amṛta) aux dieux pour la donner aux serpents en échange de la liberté de sa mère. Mais il conclut un pacte avec Indra pour empêcher par la ruse les serpents de s'emparer de l'ambroisie. Sa mère est libérée, l'ambroisie revient aux dieux et il mange des serpents.
Une autre fonction de Garuḍa est d'être l'emblème ou la monture de Viṣṇu. Un peu plus loin dans ce chapitre, il dit à Rāma :
Quelque désir que tu en aies, tu ne dois pas chercher à connaître le motif de mon amitié. Tu le sauras quand tu auras rempli ta mission par cette guerre.
À ce stade, Rāma ignore qu'il est la descente du dieu Viṣṇu sur terre (il est l'avatāra). L'apparition de Garuḍa est un des nombreux indices de cette mission divine.
⁂
Si le texte présente des difficultés, il y a des passages qui sont beaucoup plus aisés à lire. Il y a par exemple une figure de style qui intervient très souvent dans l'épopée : le rūpaka. Au chapitre LII du chant VI, on lit par exemple :
Ce fut un combat effroyable, colossal par le nombre des combattants, par celui des armes, rochers, arbres utilisés, une symphonie où la corde des arcs remplaçait celle des luths mélodieux, où la mesure était battue par les hoquets des chevaux, dont les chœurs étaient les barris des éléphants blessés.
Il s'agit d'une comparaison entre le combat et une symphonie, certains éléments de l'un étant identifiés à des éléments homologues de l'autre.
2006-06-25 21:53+0200 (Grigny) — Culture — Lectures — Culture indienne — Résumé du Rāmāyaṇa
Rāma se réjouit de la vue de la Pampā magnifiée par le printemps. La beauté de cette rivière attise sa peine d'avoir perdu Sītā. Certain qu'ils vaincront Rāvaṇa et retrouveront Sītā, Lakṣmaṇa réconforte Rāma.
Les deux frères ayant franchi la Pampā, le singe Sugrīva les aperçoit du mont Ṛśyamūka et prend peur en imaginant qu'ils ont été envoyés par son ennemi de frère, Vālin, roi des singes. Il demande alors au fidèle Hanumān de se présenter aux deux héros en prenant la forme d'un moine. Hanumān est rapidement rassuré sur leurs intentions. Un pacte d'amitié est célébré entre Rāma et Sugrīva : les singes aideront Rāma, mais il devra préalablement abattre Vālin. Sugrīva montre à Rāma et à Lakṣmaṇa les parures que Sītā avait laissé tomber.
Rāma invite Sugrīva à raconter les raisons de son inimitié avec son frère aîné. Sugrīva explique alors que son frère Vālin avait succédé à leur père. Un asura à l'apparence d'un buffle, Māyāvin, défia Vālin ; avant que leur combat ne se poursuivît au fond d'une crevasse qui s'était ouverte dans le sol, Sugrīva promit à son frère de garder l'entrée du gouffre. Le combat s'éternisa. Au bout d'un an, Sugrīva considéra sincèrement que son frère devait être mort, il bloqua l'entrée de la crevasse avec une pierre et se fit sacrer roi. Mais Vālin revint, victorieux de son combat et furieux envers son frère qu'il chassa de Kiṣkindhā, la capitale de son royaume. Sugrīva, accompagné Hanumān, Nala, Nīla et Tāra, vint se réfugier sur le Ṛśyamūka où ils seraient à l'abri de Vālin, celui-ci ne pouvant y pénétrer sous peine de mort du fait d'une malédiction prononcée par l'ascète Mataṅga qui reprochait au singe d'avoir répandu sur son ermitage une pluie de sang lors de son combat avec l'asura Dundubhi.
Conscient de la force de son aîné, Sugrīva doute de celles de Rāma et le met à l'épreuve : Rāma projète d'un seul orteil le corps de Dundubhi à dix lieues et lance une flèche qui traverse sept arbres śāla, une montagne et les enfers avant de revenir dans son carquois. Le singe est rasséréné, et on décide de partir pour Kiṣkindhā. Sugrīva défie son frère Vālin, un combat terrible s'engage, mais Rāma renonce à lancer la flèche fatale qu'il avait promis de lancer en direction de Vālin : les deux singes lui sont indistinguables, tels les Aśvin, les dieux jumeaux. Sugrīva se réfugie à nouveau sur le Ṛśyamūka et Rāma lui fait remettre par Lakṣmaṇa une fleur à se mettre autour du cou en signe de reconnaissance. Sugrīva revient défier Vālin. Tārā, l'épouse de Vālin, sait que Rāma est l'allié de Sugrīva, et incite le roi des singes à préférer l'amitié de Rāma plutôt qu'à le combattre. Mais Vālin décide de lutter contre son frère, mais il est frappé par une flèche de Rāma. Il débat avec Rāma de la légalité de ce coup avant de prendre refuge en lui. Tārā vient se lamenter devant le corps de son mari, mais Hanumān la réconforte en lui rappelant qu'elle doit veiller sur son fils Aṅgada. Avant de mourir, Vālin confie son fils Aṅgada, son épouse Tārā et un collier d'or protecteur à Sugrīva. Affligés, Tārā et Sugrīva sont réconfortés par Rāma. Les rites funéraires sont effectués, Sugrīva est couronné et Aṅgada fait prince héritier.
Rāma décide de laisser passer la saison des pluies avant d'aller combattre Rāvaṇa. Avec son frère, il vient passer cette saison dans une grotte sur le mont Prasravaṇa situé non loin de Kiṣkindhā. La saison des pluies attise encore la douleur de Rāma, qui fait confiance en la promesse de Sugrīva de l'aider à la retrouver. Pendant ce temps, Sugrīva se livre au plaisir avec son épouse Rumā et avec Tārā. Cependant, Hanumān lui rappelle ses devoirs et il finit par demander à Nīla de rassembler toutes ses troupes. C'est le début de l'automne et Rāma est en colère contre Sugrīva qui semble ne pas tenir parole. Lakṣmaṇa ne peut contenir sa fureur : il décide de descendre à Kiṣkindhā avec son arc en ayant l'intention de tuer Sugrīva. Apprenant cela, le roi des singes ne comprend pas ce qu'on lui reproche, mais Hanumān lui demande de faire profil bas. Par son discours, Tārā parvient à apaiser Lakṣmaṇa qui reproche à Sugrīva son ingratitude. Des troupes de dizaines de milliards de singes se mettent en route pour Kiṣkindhā et Rāma se réconcilie avec le roi des singes. Sugrīva ordonne à ses troupes de partir à la recherche de Sītā aux quatre coins du monde et de revenir dans un délai d'un mois. Des expéditions sont ainsi lancées vers l'Est, le Sud, le Nord et l'Ouest. Au bout d'un mois, les singes partis à l'Est, au Nord ou à l'Ouest reviennent sans avoir aperçu Sītā.
L'expédition chargée d'explorer le Sud est dirigée par Aṅgada et comporte notamment Hanumān, Tāra et Jāmbavān, le roi des ours. Cette exploration exhaustive s'avère difficile. En parcourant la région du mont Vindhya, ils découvrent un grand trou, le Ṛkṣabila, dont s'échappent des oiseaux. Ils y descendent et trouvent un lieu extraordinaire pour sa végétation, ses eaux et ses palais. Ils y recontrent une femme ascète, Svayamprabhā. Elle garde cette demeure construite par l'architecte Maya et appartenant à l'apsaras Hemā depuis que Brahmā la lui offrit. L'ascète nourrit les singes et les fait sortir du souterrain magique.
Ils aperçoivent alors l'océan. Le délai d'un mois accordé par Sugrīva pour retrouver Sītā s'est écoulé, les singes craignent le châtiment pour avoir failli à leur mission. Sous l'impulsion d'Aṅgada, ils commencent même à se laisser mourir quand ils entendent le cri du vautour Sampati à qui ils apprennent la mort de son frère Jaṭāyus. Le vautour leur raconte son histoire. Autrefois, son frère et lui avaient tenté de s'approcher au plus près du soleil. Quand ils ne purent que redescendre, Sampati protégea son frère des brûlures du soleil. Les ailes brûlées, il ne pouvait se déplacer et ne pensait plus qu'à mourir quand il vit le ṛṣi Niśākara qui lui raconta la mission qu'il devrait accomplir : quand il verrait des singes, il devrait leur parler de l'épouse de Rāma ; ainsi, il pourrait retrouver ses ailes. Sampati indique donc aux singes que Rāvaṇa s'est emparé de Sītā, ses ailes de mettent à pousser et il s'envole.
Laṅkā, la cité de Rāvaṇa, est située de l'autre côté de l'océan, long de cent lieues. Les singes se demandent lequel d'entre eux sera capable de le franchir d'un bond. Un premier affirme pouvoir sauter dix lieues, un autre vingt lieues, etc. Le vieux Jāmbavān pense être capable de sauter quatre-vint-dix lieues et affirme qu'Aṅgada serait en mesure d'accomplir cette mission qui ne saurait cependant être confiée au chef. Il se tourne alors vers Hanumān, qui était resté silencieux, et vante ses qualités. Sa mère, l'apsaras Puñjikasthalā, épouse fidèle du singe Kesarin, avait été surprise par Vāyu, le dieu du vent. Dans sa jeunesse, Hanumān avait bondi pour tenter de se saisir du soleil lors de son lever et Indra l'avait frappé de son foudre, le blessant à la machoire, ce qui mit en colère Vāyu qui s'arrêta de souffler. Pour apaiser le dieu du vent, Brahmā avait accordé à Hanumān l'invulnérabilité aux armes et Indra le privilège de choisir le moment de sa mort. Jāmbavān demande à Hanumān de franchir l'océan comme Viṣṇu avait parcouru le monde en trois pas.
Hanumān est fort des qualités de Vāyu et se compare à Garuḍa, le roi des oiseaux. Il affirme que le sol ne supportera pas le choc provoqué par son bond. Il décide de prendre appui sur le mont Mahendra pour s'élancer. Alors que le mont commence à hurler, et les animaux à prendre peur, Hanumān pense à Laṅkā.
2006-06-03 10:11+0200 (Grigny) — Culture — Lectures — Jeux
Via la fée Kozlika, je découvre une chaîne blogosphérique lancée par TarValanion :
Imaginons que vous puissiez recuperer un objet dans un livre (fiction uniquement). Quel serait cet objet ? Pourquoi j'ai dit deux objets ? Parce que je voudrais un objet officiellement magique et un objet officiellement non magique.
Contrairement aux boules de neige qui se propagent par mails, ces chaînes ne présentent aucun danger. Voici ma participation :
Ma et Masi ensembledans la nouvelle Paysage d'hiver d'Anita Desai (dans le recueil Poussière de diamant, traduit de l'anglais par Anne-Cécile Padoux, bibliothèque étrangère, Mercure de France) :
Puis le bébé tend les bras et désigne maladroitement une photographie qui est presque entièrement blanche, où seules quelques ombres grises dessinent les formes et les silhouettes. Elles sont deux, et toutes les deux enveloppées de vêtements d'un blanc immaculé qui couvrent leurs épaules, ne laissant voir que l'arrière de leurs têtes également blanc ; elles sont debout à côté du même réfrigérateur blanc dans la même cuisine aux murs blancs, devant une fenêtre au cadre blanc. Elles ne regardent pas la caméra, mais au-dehors la neige qui tombe devant la vitre, recouvrant l'arbre dénudé, la barrière en bois et le sol, leur offrant un paysage blanc dans lequel elles semblent presque se fondre. Presque.
Si cela vous dit de poursuivre la chaîne...