2008-05-11 22:32+0200 (Orsay) — Voyage en Inde V
J'ai commencé à réserver des billets de train pour mon prochain voyage en Inde. En effet, sur le site IRCTC, les réservations commencent jusqu'à 90 jours à l'avance. Si au fil des ans, l'interface tend à s'améliorer, il y a encore de nombreux problèmes.
D'un site à l'autre, les informations manquent de cohérence : un train qui apparaît sur l'un n'existe pas forcément pour l'autre. Le service s'arrête entre 23h30 et 5h (heure de Kolkata). À certaines heures, le service est saturé et fonctionne très mal.
Pour réserver, on commence par indiquer les codes à trois ou quatre
lettres de la station de départ et de la station d'arrivée. Alors qu'il me
semble que jadis il fallait vraiment connaître ces codes :
CSTM pour Mumbai (la très belle gare
que tout le monde continue à appeler VT), HWH pour la gare
principale de Kolkata, BZA pour Vijayawada, ça ne s'invente
pas. Ensuite, il faut sélectionner le type de billet que l'on veut. Il faut
choisir entre e-ticket
et i-ticket
. L'une des deux
possibilités correspond aux billets ordinaires (identiques à ceux imprimés
dans les gares), livrés par la poste (option inenvisageable si on ne réside
pas en Inde). L'autre possibilité est le billet électronique, qui peut être
réservé jusques à quelques heures avant le départ. En tant que francophone
naviguant dans un contexte anglophone, la mnémotechnie est impuissante à
faire me faire retenir s'il faut prendre un [ɪ]-ticket
ou un [aɪ]-ticket (voir aussi ce
tableau à double entrées).
Plus loin, ce qui peut sembler encore plus hermétique si on n'a jamais
pris le train en Inde, il faut choisir la classe du ticket. Non, il n'est
pas possible de lister les trains et ensuite de voir les classes
disponibles, ce serait trop facile. Sur les trains circulant le jour, on
trouvera par exemple CC ou 2S alors que sur les
trains longue distance, on verra plutôt des sigles 2A,
3A, SL, II. Pour le moment, je ne
pense avoir expérimenté que CC une fois,
3A une fois et surtout SL, la
Sleeper Class. Suivant où l'on se trouve (site Internet,
gare, quai, guides), les noms des classes seront parfois abrégés
différemment. Les codes de voitures n'ont pas une unique façon de s'abréger
non plus. Cependant, en Sleeper Class, j'ai toujours vu des
numéros du type S3
, S4
, etc.
Ensuite, si le serveur est de bonne humeur, il affichera la liste des
trains possibles. L'information qu'il faudra retenir le moment venu est le
numéro du train : il définit une unique classe d'isomorphisme de trains
(prendre cependant garde au fait que la plupart des trains ont deux numéros
Up
& Down
, a priori consécutifs, correspondant
aux deux sens de parcours). En effet, quand j'ai pris le train en gare de
Pune, j'ai eu l'impression que la quasi-totalité des trains évoqués dans
les annonces sonores s'appelaient Mumbai Express
...
Un nouveau type d'embûches se présente alors au voyageur. Si
beaucoup de trains circulent tous les jours, d'autres ne circulent que
certains jours de la semaine. Quand on n'est pas à un jour près, il
peut-être utile d'avoir l'horaire de trains Trains at a glance™ (à
préférer aux autres horaires, on n'est pas à 10Rps près) pour avoir la
liste de tous les trains allant d'un point à un autre, afin de voir si un
horaire plus arrangeant n'existerait pas pour la veille ou le lendemain.
Cependant, la lecture des tables présente des difficultés théoriques. En
effet, les trains longue distance n'arrivent souvent pas le jour où il sont
partis : si on envisage de monter dans un train le matin après qu'il aura
circulé de nombreuses heures, on le prendra au Day 2
, et
les indications de jour de la semaine doivent être décalées de 1 pour
savoir quel jour on pourra prendre le train. Ajouter à cela le fait que les
trains sont classés par grands tronçons, le circuit d'un train peut occuper
plusieurs pages. Est-ce que les indications de jours de la semaine
s'applique au jour de départ ou au jour d'arrivée sur la page que l'on
consulte. Mystère et boule de gomme. Par ailleurs, il est un général
préférable de monter dans un train vers le début de son circuit plutôt que
vers la fin : sinon, on pourrait subir les retards accumulés depuis le
début. Alors qu'on s'en rend compte d'un seul coup d'œil avec l'horaire de
trains, il est moins évident d'obtenir la même information avec le site
Internet à moins de cliquer sur le bouton Show Route
pour chacun des
trains, ce qui peut prendre un temps fou à cause des problèmes de connexion.
Bref, je pense que je continuerai à investir dans de
nouvelles éditions de Trains at a glance.
Un autre obstacle se pointe : l'expiration de la session. Une trop
grande indécision, l'envie de faire quelque chose d'autre le temps que la
connexion vienne à s'établir, et c'est l'échec : Your session
has expired.
.
Une fois le train sélectionné, ce n'est pas fini. Il faut remplir un formulaire en indiquant son nom, son sexe, son âge, sa préférence en matière de positionnement (couchette du haut/milieu/bas, etc).
Le Graal est proche, mais une dernière épreuve attend le candidat : le
paiement. En réalité, c'est un labyrinthe qui apparaît. Comme souvent en
Inde, les questions sérieuses n'ont pas d'uniques réponses satisfaisantes
(pour un autre exemple, voir le
deuxième passage d'Un garçon convenable
que je cite dans ma critique
de ce livre). Il faut ainsi choisir entre une multitude de plateformes
de payement. Jusqu'à il y a une semaine, j'avais cliqué sur le premier
choix : la banque ICICI. Je saisissais les informations relatives à ma
carte Visa et cela fonctionnait. La semaine dernière, l'aide du labyrinthe
semblait dire que cela ne marchait que pour les cartes indiennes. Bizarre,
je clique ensuite sur HDFC (banque dont les distributeurs automatiques ont
réussi à faire quelque chose de ma carte). Hier matin, pour un deuxième
billet, j'ai donc retenté HDFC, et là, bien que les informations que j'ai
rentrées fussent vraisemblablement correctes, cela n'a pas marché.
Curieusement, en plus des informations habituelles, il fallait rentrer le
Cardholder's name
, fallait-il taper JOEL RIOU
,
RIOU JOEL
plutôt que MR JOEL RIOU
comme je le fis la fois
précédente avec succès, mystère et boule de gomme. Heureusement, dans ce
labyrinthe, de nouvelles options semblent apparaître
à chaque fois qu'une autre s'évanouit dans un pouf de logique. J'ai
ainsi pu choisir avec succès Axis
, qui prétend accepter toutes les
cartes Visa, fussent-elles étrangères.
Pour le moment, j'ai un billet Kolkata-Bhubaneshwar et un Puri-Vijayawada. Après-demain, je m'attaque au Vijayawada-Hospet. Entre Hospet (Hampi) et les environs d'Hyderabad, j'utiliserai principalement des bus, il me restera à prendre un billet de train pour Mumbai (trajet que j'interromperai sans doute pour passer à nouveau à Jalgaon ou à Aurangabad). Je pense aussi prendre des trains pour visiter Bishnupur qui se trouve à quelques heures de Kolkata, mais apparemment, il faut attendre J-10 pour réserver ces trains de jour (IRCTC, c'est un peu comme Unix, pour savoir si on a le droit de faire quelque chose, la seule manière de procéder est d'essayer, si ça marche, c'est qu'on doit avoir des droits suffisants...).
⁂
agastya.toonywood.org, le serveur qui héberge ce blog, en
est à son six-centième jour consécutif d'uptime !
2008-05-07 23:33+0200 (Orsay)
Ce matin, avant d'aller faire cours, j'ai lancé une mise-à-jour de la distribution Linux de l'ordinateur qui se trouve dans mon appartement. Dans le lot des packages renouvelés, il y avait le serveur X (anciennement XFree86, devenu Xorg à la suite d'un fork), c'est-à-dire le programme qui gère les interactions entre les programmes graphiques, la carte graphique, le clavier, etc.
Je n'en ai ressenti les effets pervers que ce soir, quand j'ai relancé l'interface : les modifications que j'avais apportées à la disposition logique des touches n'étaient plus prises en compte. Avant d'aller plus loin, il convient d'expliquer pourquoi j'avais fait des changements par rapport à la configuration canonique. Pour moi, les meilleurs claviers de la Terre sont les claviers Sun. Le hic, c'est que parmi les claviers produits par cette entreprise, les plus faciles à brancher sur un PC sont les Type 6 et ceux-ci présentent la particularité singulière d'avoir des touches Control et Caps Lock disposées de façon inversée par rapport à ce qu'on observe d'habitude. Après une vingtaine d'années d'utilisation de claviers dans la configuration canonique, je me vois mal changer mes habitudes, d'autant plus qu'il faudrait que je jongle sans cesse entre cette disposition et l'autre (ce n'est d'ailleurs pas pour rien qu'après mon recrutement, quand on m'a demandé ce dont j'avais besoin comme équipement informatique, ma seule exigence fut que l'ordinateur disposât d'un clavier QWERTY). Bref, j'ai un clavier avec des touches inversées que je veux utiliser comme si les touches étaient à leur position normale, il me faut donc configurer le serveur X pour procéder à l'échange. J'avais réglé ce problème dès lors que j'avais commencé à utiliser mon clavier Sun, mais tout-à-l'heure, patatras, tous mes automatismes se sont effondrés.
Pour couronner le tout, en plus de cet échange Caps Lock/Control, la touche que j'utilise comme touche Esc est la touche blanche au-dessus d'icelle. Le problème est que cette touche Esc est une des touches que l'on utilise beaucoup dans mon éditeur favori : Vim. Or, pour régler un problème de clavier, il faut souvent éditer des fichiers de configuration soigneusement dans un éditeur de textes... Avec ces contraintes, cela devient très vite un cauchemar. En voulant faire Esc pour sauver avant de quitter, je me retrouve à appuyer sur une touche qui fait tout autre chose, puis par réflexe de protection, je compose mécaniquement la séquence de touche Control-C pour éviter que ça ne dégénère, mais la touche Control est bindée sur Caps Lock, et là, je me mets à CRIER. Au secours !
Bon, en lançant à la main la commande censée faire ces modifications, j'ai fini par retrouver une configuration de clavier à peu près normale, mais pour une raison que j'ignore, la commande restait sans effet si je la lançais de façon automatique au début de la session. Curieusement, si les touches provoquent les réactions attendues, les LED du clavier se sont mises à danser. En appuyant sur la touche que mes doigts associent à Control (marquée Caps Lock sur le clavier, vous suivez ?), j'obtenais le résultat attendu, mais dans le même temps, la LED Caps Lock s'allumait et s'éteignait comme si la touche avait répugné à abandonner toutes ses caractéristiques.
Après un examen plus attentif de la situation et correction de la table des modificateurs, j'ai réussi à remettre en état ma configuration de clavier (j'en ai profité pour désactiver complètement Caps Lock). Cependant, je ne veux plus entendre parler des grassouillitudes prétendues de Xkb. Je l'ai utilisé depuis un certain temps et ai régulièrement eu des petits problèmes grotesques qui ont culminé aujourd'hui, tandis que que les problèmes sont beaucoup plus faciles à diagnostiquer et à réparer avec Xmodmap. Bref, une petite heure de perdue...
Autre exercice classique : faire marcher parfaitement les touches BackSpace et Del dans les terminaux Unix.
2008-05-05 23:55+0200 (Orsay) — Culture
Comme il y a deux ans, je suis allé voir un spectacle
de danse de Padmini Chettur au Théâtre de la Ville (Abbesses). Je n'ai pas
grand chose à ajouter par rapport à la description très succinte que
j'avais faite de Paperdoll. Au moins, cette fois-ci, je savais un
peu mieux à quoi m'attendre, malgré les toujours aussi tordants descriptifs
de spectacle fournis par le Théâtre. Pour le spectacle Pushed de
ce soir, les titres des cinq paragraphes sont une approche
contemporaine
, une méditation souveraine
, une communion des
sens finit par hypnotiser celui qui regarde
, infinie délicatesse et
force quasi tellurique
, l'épure de la danse devient hymne à la
vie
1. Le spectacle était loin d'être
déplaisant. Toutefois, la musique avait été confiée au même artiste que
pour Paperdoll : Maarten Visser. Si cela se laissait écouter sans
souffrance pendant l'essentiel du spectacle, vers le milieu, tout est
devenu très dissonant, pire que d'entendre une quinte du loup
pendant un quart d'heure non-stop. Cela a d'ailleurs fait fuir de nombreux
spectateurs. Curieusement, parmi les fuyards, il s'est trouvé quelques
téméraires à souffrir cette dissonance pour ne s'échapper de la salle
qu'après que la musique est redevenue écoutable : pourquoi donc ne pas
couronner ce déplaisir de la glorieuse satisfaction d'avoir vu le spectacle
en entier ?
[1] À ce propos, Bladsurb (dont on peut lire
la
chronique sur ce spectacle) me disait il y a
quelques jours qu'il trouvait injuste l'incompréhension que suscitent les
descriptifs de spectacles de danse du Théâtre de la Ville (cf. le générateur automatique de
critiques), affirmant que dans le cas de l'exemple authentique de loc. cit., il trouvait qu'a posteriori, la critique
correspondait plutôt pas mal au spectacle qu'il avait vu. Pour le spectacle
de ce soir, si après avoir vu le spectacle, je comprends que l'on puisse
dire qu'il allie infinie délicatesse
et force quasi
tellurique
, le problème est que pour le commun des mortels, cela ne
laisse de susciter l'incompréhension, au mieux l'étonnement en découvrant
le spectacle, et pourquoi pas la colère de voir ses attentes déçues.
2008-05-03 22:18+0200 (Orsay) — Culture
Quelle fut ma surprise, en arrivant en début d'après-midi à l'accueil de la salle W de la Bibliothèque François Mitterrand, de découvrir qu'un des deux livres que j'avais réservés était une BD alors que je m'attendais à lire un livret d'opéra, fût-il illustré !
J'apprécie beaucoup les livres de Vikram Seth. J'ai déjà commenté deux de ses livres sur le Biblioblog : Deux vies (biographie de son grand-oncle Shanti Seth et sa grande-tante Henny) et Le Lac du Ciel (récit d'un voyage en Chine, Tibet compris, au début des années 1980). J'ai lu récemment son roman Un garçon convenable ; ma critique paraîtra dans quelques jours sur le site.
En lisant la fiche Wikipédia anglophone de cet auteur, j'avais découvert qu'il avait rédigé un livret d'un opéra inspiré d'une légende grecque, créé à Plymouth en 1994 : Arion and the dolphin. En trouvant cette notice dans le catalogue de la BnF, je m'attendais à trouver une adaptation française de ce livret.
Je me suis donc retrouvé avec quelques doubles pages de dessins agrémentées chacune de quelques lignes de texte racontant l'histoire d'Arion, son voyage vers la Sicile où il gagne un concours de chant grâce à un coquillage, son retour en bateau durant lequel on lui vole sa bourse et on le jette à la mer, son sauvetage par un dauphin qui le ramène à bon port... (On peut faire de bons opéras avec des histoires encore plus simples ! Je me demande comment le rôle du dauphin était représenté sur scène.)
S'il paraît évident que l'adaptatrice a tenté de préserver le côté poétique que devait avoir l'original anglais, lire cet original donnerait une meilleure idée du travail poétique de l'auteur, et ce serait sans doute encore mieux sous la forme du livret d'opéra que sous cette forme illustrée où le texte occupe une place réduite.
⁂
Après cette lecture agréable bien que décevante compte tenu de ce à quoi je m'attendais, j'ai continué ma lecture d'une traduction française du deuxième livre du Rāmcaritmānas, entreprise que j'avais délaissée depuis quelques mois. J'ai repris ma lecture au début, le deuxième livre commençant par cette très belle invocation :
Puisse le dieu à gauche duquel resplendit la Fille des Monts, le dieu qui porte sur la tête la Rivière sacrée, sur le front la Lune nouvelle, sur la gorge la trace du Poison, sur la poitrine le Roi des Serpents en guise de cordon sacré, puisse le Meilleur des Dieux, le Maître de l'Univers, le Dispensateur de tous les Biens, l'Omniprésent, le Propice, le Dieu au Croissant de Lune, puisse le Seigneur Śaṅkara m'accorder sa protection !
Il s'agit bien sûr de Shiva. Dans l'iconographie hindoue, on retrouve ainsi très souvent le croissant de Lune, le serpent et la rivière sacrée (Ganga) jaillissant de son chignon d'ascète. La Fille des Monts est son épouse Parvati (pour plus de détails, voir La naissance de Kumara, Kalidasa, traduit du sanskrit par Bernadette Tubini, Connaissance de l'Orient, Gallimard/Unesco). La trace du Poison sur la gorge est une allusion à un épisode du mythe du barattage de la Mer de Lait au cours duquel, pour sauver le monde, Śiva avait avalé le poison qui s'était répandu partout : sa gorge en avait gardé une trace, ce qui avait valu à Śiva le nom de Nīlakaṇṭha (qui, au passage, est aussi devenu entretemps le nom d'un personnage d'opéra : le père du personnage éponyme de Lakmé de Delibes).
2008-04-27 23:59+0200 (Orsay) — Voyage en Inde V
Je viens de constituer un fichier permettant de repérer avec Google Maps les différentes villes que j'ai visitées en Inde ou que j'envisage de visiter prochainement :
Si on sélectionne une ville, une liste de liens vers les entrées de blog la mentionnant et une photographie apparaissent.
Pour visionner cela dans Google Earth, il suffit de charger le fichier KML ci-lié.
2008-04-14 23:59+0200 (Orsay)
Je commente très peu l'actualité sur ce blog. Aujourd'hui, le quotidien
Le Monde n'ayant pas paru, il y avait encore moins de chances
que cela se produise. Pourtant, tout-à-l'heure, je suis tombé sur une vidéo où l'on voit le président afghan Hamid Karzai demander le
plus sérieusement du monde aux
chaînes de télévision afghanes de ne plus diffuser ces feuilletons indiens
en contradiction avec la vie quotidienne des Afghans
. Apparemment,
ce n'est pas tout neuf : le site de la BBC l'évoquait il y a
quelques jours.
Si les soaps indiens sont immoraux, je ne peux imaginer les qualificatifs appropriés pour les les films et séries originaires de l'Occident.
PS: (16 avril) La chaîne de télévision mise en cause résiste.
2008-04-11 08:53+0200 (Orsay) — Culture
Je ne sais pas ce qui se passe cette année, mais par rapport aux années précédentes, j'observe un inquiétant nombre de spectacles annulés parmi ceux que j'avais réservés.
Au Théâtre du Châtelet, sur les cinq spectacles de mon abonnement, deux ont été annulés, pour des raisons en apparence assez futiles d'après les lettres envoyées par le Théâtre pour informer ses abonnés. Je n'ai donc pas pu voir Howard Shore diriger la suite pour orchestre Le Seigneur des Anneaux en raison de la création mondiale de l'opéra The Fly du même compositeur. Où donc ? Au théâtre du Châtelet ! La Flûte enchantée dirigée par Jean-Christophe Spinosi est annulée parce que l'enregistrement des concerts qui était prévu initialement a été annulé.
J'ai lu hier dans Le Monde que, souffrant, Ravi Shankar a annulé les deux concerts programmés à Paris. Ce matin, je vois un mail de la Salle Pleyel m'informant qu'Anna Caterina Antonacci sera remplacée par Marguerite Krull pour le concert rossinien de dimanche prochain ; bien sûr, j'avais réservé ce concert parce que c'était A. C. Antonacci qui avait le rôle d'Elisabetta...
Je ne compte pas les grève à l'Opéra de Paris et à la RATP qui m'ont empêché de voir l'opéra Tosca, fût-il en version de concert. Je ne compte pas non plus les quelques modifications de distributions survenues inopinément sans que la qualité du spectacle en souffrît. Malgré deux solistes remplacés au dernier moment, la représentation de La messe en si mineur par le Concert Spirituel dirigée Hervé Niquet que j'ai vue à la Salle Pleyel cette année est celle que j'ai préférée.
2008-04-09 21:10+0200 (Orsay) — Voyage en Inde V
Depuis le retour de mon quatrième voyage en Inde, je pense au prochain. Cela se concrétise progressivement. J'ai acheté mes billets d'avion en novembre dernier. J'ai fait ma demande de visa lundi dernier. Je viens de récupérer le précieux sésame. Dans quelques semaines, je pourrai commencer à réserver mes billets de train pour quelques uns de mes déplacement en Inde, puisque mon voyage commencera vers la fin du mois de juillet. Mon vol aller (sur Air India) a Mumbai pour destination ; de là, je prendrai un autre avion pour Kolkata. J'ai prévu de passer par le Bengale occidental, l'Orissa, l'Andhra Pradesh, le Karnataka et enfin le Maharashtra avant de prendre mon vol retour. Si mon parcours inclura certainement Kolkata, Puri, Bhubaneshwar et Konarak, les trois principaux sites touristiques de l'Orissa, providentiellement très proches les uns des autres, Tirumala, Hampi et Hyderabad, il me reste encore à préciser un peu les étapes intermédiaires, les numéros des trains à prendre, etc.
⁂
La procédure de demande de visas indiens depuis la France a changé le premier février 2008. C'est maintenant une entreprise, VFS Global, qui est chargée de la collecte des demandes de visas 1, mais c'est bien sûr toujours l'ambassade de l'Inde à Paris qui les traite. Peut-être que le contraste est moins marqué lors des périodes de grande affluence, mais il est dorénavant presque devenu agréable de faire une demande de visa. Cependant, concernant le coût, il faut ajouter 12€ de frais.
Situé au 42, rue de Paradis, les locaux, plutôt vastes, offrent de nombreux sièges permettant d'attendre son tour. Ces sièges étant harmonieusement disposés, l'attente est plus confortable qu'à l'ambassade. Après avoir franchi la porte coulissante, une ou plusieurs personnes contrôlent que les demandeurs ont les pièces nécessaires, que les photos sont bien collées ; une fois que tout semble en ordre, un numéro d'attente leur est remis. S'il manque une photocopie ou que les photographies ne sont pas collées sur le formulaire, le quidam est envoyé dans un coin où il peut trouver de la colle, un photomaton et une photocopieuse. La présence de tubes de colle m'a aussitôt fait penser aux bureaux de poste indiens où, les timbres n'étant pas autocollants, il y a toujours un récipient muni d'une mouillette servant à recueillir un peu d'un fluide visqueux n'ayant guère le caractère des choses qui collent.
Je n'ai pas eu à attendre plus d'une vingtaine de minutes avant de me voir attribuer un guichet où je puisse déposer ma demande de visa. L'employée s'est excusée de ce que sa collègue de l'accueil m'eût fait faire une photocopie superflue de mon formulaire et y coller une photographie. J'ai payé par carte, ce qui n'était pas possible à l'ambassade.
Petit bémol : le site Internet
n'est pas très bien fait. Il laisse entendre que pour remplir le
formulaire, il faut passer par le formulaire en ligne, ce qui n'est pas
vrai. Ce qui est plus pénible, c'est que ce formulaire (visant à produire
un formulaire rempli téléchargeable au format PDF) est complètement buggé.
Après avoir l'avoir rempli consciencieusement, j'ai cliqué sur Submit
et me suis pris un message d'erreur Please enter A valid characters (sic)
. Ne voyant pas ce que
mes caractères pouvaient bien avoir d'invalides si on excepte le tréma de mon
prénom, j'ai dû fouiner dans le
source JavaScript pour comprendre que la ponctuation, les virgules,
chiffres, tirets et autres caractères anodins étaient interdits. Quand il
est demandé de donner des details sur les précédents
séjours en Inde en utilisant environ une septantaine de caractères au
maximum, la contrainte ci-dessus devient vraiment pénible si on veut
mentionner qu'on n'a pas uniquement bénéficié de visas touristiques dans le
passé.
Malgré tout, il y a aussi du bon du côté du site Internet puisqu'il permet de suivre la progression du traitement de la demande. Dès lundi soir, j'ai pu voir que mon dossier avait été transmis à l'ambassade de l'Inde. Mardi soir, j'ai su que je pouvais passer récupérer mon passeport à partir de mercredi, un jour de mieux que le délai qui m'avait été donné.
⁂
Je dispose maintenant d'un visa de tourisme valable jusqu'au 7 avril
2013. Jusqu'à cette date, je n'ai pas besoin de demander un visa à chaque
fois pourvu que je ne séjourne pas plus de 3 mois de suite en Inde. La
limitation à 3 mois est assez étonnante, puisque le visa standard est
valable six mois. Je n'ai pas trouvé de source officielle (si ce n'est
celles émanant de l'entreprise VFS Global) au sujet cette limitation à
trois mois, mais cela m'importe peu puisque cela devrait me suffire très
largement. Je me suis un peu plus inquiété de la mention Registration
required within 14 days of arrival in India for visas valid for more than
180 days
. Après avoir épluché le site
du bureau of immigration, je crois avoir compris que
je n'aurai pas de formalité supplémentaire à faire, à moins que je ne
veuille rester plus que 180 jours de suite en Inde (en revanche, pour un
séjour de N jours avec N compris entre 90 et 180, c'est mystère et boule de
gomme). En tout cas, le temps est révolu où, selon Alexandra
David-Néel, chacun de nous pouvait parcourir la terre à son
gré
.
[1] Dans certaines situations très particulières, il faut s'adresser directement à l'ambassade.
2008-03-31 19:59+0200 (Orsay)
Ce matin, mon écran cathodique iiyama LS902UT acheté en septembre 2002
est définitivement tombé en panne. Cela faisait quelques jours qu'il se
comportait bizarrement. Ainsi, en passant d'un écran virtuel à un autre, le
moniteur se mettait à swinguer en rétrécissant ou élargissant la zone
d'affichage. Un beau jour, la largeur affichée s'est rétrécie subitement et
définitivement à 90% de l'écran. J'eus préféré que l'écran subisse le même
sort que la Peau de chagrin, mais hier soir, il s'est mis à clignoter :
petit Pock !
, écran noir, r'animation. Ce matin, le bouton
d'alimentation n'a plus fonctionné. J'ai quand même réussi à lancer en
aveugle quelques commandes pour écouter le premier concerto brandebourgeois
de Bach.
Quand le marché des écrans LCD a commencé à se substituer à celui des écrans cathodiques, je n'ai pas été immédiatement convaincu par l'utilité du changement, le prix des écrans LCD étant alors plutôt élevé à résolution fixée par rapport aux cathodiques. Entretemps, mon travail m'a offert de nombreuses occasions de travailler sur des écrans de ce type : à Chennai, à Mumbai et plus récemment à Orsay. Comme mon écran cathodique a tenu le coup assez longtemps, les prix ont eu le temps de baisser suffisamment pour que je puisse trouver à prix raisonnable un modèle ayant une surface et une résolution comparables à celles de mon défunt moniteur. Cependant, à caractéristiques équivalentes, la première boutique que j'ai visitée offrait des prix 30% supérieurs à la deuxième, où j'ai rapidement scellé l'achat.
Un seul petit souci : je suis maintenant obligé d'utiliser les pilotes propriétaires de la carte ATI de mon ordinateur. En effet, comme il s'agit d'un modèle de ratio 16:10, les résolutions usuelles pour des écrans 4:3 ne sont pas adaptées, le pilote de base de l'interface graphique ne semble pas en mesure de faire fonctionner le moniteur à la résolution maximale de 1440x900. Le mieux que j'ai pu faire avec ce pilote était une résolution de 1280x1024 ; la densité de pixels n'est alors pas la même dans la direction horizontale et dans la direction verticale, les logiciels courants semblent ne pas être en mesure de gérer ça. J'utilise donc le pilote propriétaire ATI, mon noyau Linux est donc tainted. J'espère que le développement en cours de pilotes libres pour ma carte graphique finira par aboutir.
2008-03-30 12:40+0200 (Brest) — Culture
Le Prix Biblioblog 2008 vient d'être lancé :
2008-03-27 09:09+0100 (Orsay)
Je lisais il y a quelque temps quelqu'un dire Avec Free, c'est tout ou rien.
Pour ma part,
j'ai vu le rien. Après qu'il a reçu ma commande en septembre 2006, malgré
mes nombreuses relances, cet opérateur a fait preuve de son incapacité à me
fournir le moindre service Internet pendant pas loin de six mois, tout en
prétendant que c'était de la faute de l'opérateur historique.
Début février, j'ai résilié cet abonnement fantôme (qui heureusement ne m'a rien coûté d'autre que le prix de timbres) et poursuivi mon ascèse jusqu'à la fin du mois pour que la résiliation devienne effective.
Dès que cela a été possible, j'ai ouvert une ligne France Telecom. Influencé par des amis en ayant vanté les mérites en matière de fiabilité, j'ai demandé un branchement à Internet auprès de l'opérateur Nerim. Il a mis moins d'une semaine à me faire parvenir un modem/routeur et à mettre en place la connexion, qui fonctionne depuis hier. Ce qui a pris le plus de temps, ç'a été de recevoir la première facture France Telecom, nécessaire pour s'abonner.
2008-03-15 16:49+0100 (Orsay) — Culture
Hier soir, j'étais à la première de l'opéra-ballet Padmâvatî au théâtre du Châtelet. Je n'avais jamais été autant ému par un opéra. Le thème de cet opéra-ballet est inspiré de l'histoire d'une rani rajpoute de Chittor (Rajasthan) qui s'est sacrifiée avec de nombreuses autres femmes de la citadelle avant qu'un sultan ne prenne possession du palais après avoir vaincu l'armée conduite par le raja. Dans l'adaptation de cette histoire par Louis Laloy, Padmâvatî tue son mari Ratan-Sen qui veut céder à la demande du sultan mogol (sic) Alaouddin de lui donner la belle Padmâvatî en échange de la paix.
Je n'ai pas de goût marqué pour la musique vingtième siècle de Roussel. Pourtant, cette musique symphonique a la faculté de déclencher des impressions et des émotions fortes. En dehors de la musique et du chant (chœur du Châtelet et orchestre philharmonique de Radio France dirigé par Lawrence Foster), l'essentiel de la production a été confié à des indiens. La mise en scène de Sanjay Leela Bhansali (qui a notamment réalisé le film Devdas) et les décors semblent avoir pleinement utilisé les possibilités techniques du théâtre : Ganesh surgissant du ciel, décors escamotés par en haut au milieu d'un acte, rideau venant cacher l'arrière-scène pour mettre en valeur la scène tendue entre Ratan-Sen et Padmâvatî au deuxième acte.
Au premier acte, après une gracieuse entrée en scène du chœur par les allées de l'orchestre et un prologue, Alaouddin entre à dos d'éléphant, parlemente avec Ratan-Sen et sollicite des spectacles de plus en plus merveilleux jusqu'à demander explicitement Padmâvatî dont le nom évoque le lotus. Ceci permet de mettre en scène des danses de plus en plus gracieuses : guerriers, femmes esclaves, femmes du palais. Bien que la musique soit assez différente des musiques indiennes, Tanushree Shankar a merveilleusement bien chorégraphié ces danses.
Au début du deuxième acte, la bataille a commencé. Dans le temple de Śiva (de part et d'autre de la scène se trouvent un lingam/yoni et le buffle Nandi), les prêtres invitent Padmâvatî à se préparer à suivre son mari sur le bûcher. Muni de certains de ses attributs (trident, tambour, croissant de lune dans le chignon tressé), Śiva fait une apparition et prend la position Nataraja du seigneur de la danse. Pendant une trêve, Ratan-Sen entre dans le palais. Quand il demande à son épouse de se donner à Alaouddin pour épargner les autres femmes de son peuple, à l'évocation de leur mariage, quelques aspects du rite du mariage hindou sont mimés. Elle l'embroche avec le trident de Śiva. Les déesses Kali et Dourga surgissent. Lors de son entrée sur scène, Dourga est accompagnée d'un tigre ! À première vue, cela peut sembler inutile, mais dans cette production, les aspects indiens de l'œuvre sont respectés aussi authentiquement que possible. Les turbans des hommes du commun du premier acte sont ceux des rajasthanis, la barbe d'Alaouddin a la couleur orangée commune à celle que produit le henné sur la chevelure de nombreux hommes indiens, etc. Ici, le tigre est justifié par le fait que Dourga est traditionnellement représentée assise sur un félin (le plus souvent un tigre, parfois un lion). On voit une Kali avide de sang tirer la langue. Dans ce deuxième acte, l'évocation de Dourga et Kali (et d'autres divinités voisines et qui leur sont parfois identifiées) par les prêtres procure l'occasion de magnifiques scènes dansées. À un moment, les deux groupes de danseuses entourant Kali et Dourga se sont regroupées derrière leur divinité tutélaire, et ont positionné leurs bras de façon à suggérer les multiples paires de bras de l'iconographie hindoue (nécessaires pour représenter les nombreux attributs des divinités). Sous un meilleur angle que le mien, l'effet devait être saisissant.
Finalement, Padmâvatî rejoint son époux sur le bûcher. Quand Alaouddin victorieux force la porte du palais, il est trop tard. Depuis le devant de la scène, il se retourne et voit Padmâvatî et Ratan-Sen enlacés rejoindre leur séjour céleste. Tomber de rideau. Applaudissements enthousiastes de la salle pour l'ensemble des artistes qui viennent saluer.
PS : Une fois n'est pas coutume, Renaud Machart, du Monde, n'a pas détesté.
⁂
Pour me préparer à ce magnifique spectacle (auquel je vais essayer de
retourner), j'avais écouté l'enregistrement par l'orchestre du Capitole de
Toulouse (Michel Plasson) avec notamment Marilyn Horne (Padmâvatî), Nicolai
Gedda (Ratan-Sen) et José Van Dam (Alaouddin). Par le même orchestre,
Lakmé de Delibes avec Natalie Dessay (Lakmé), José Van Dam
(Nilakantha), Gregory Kunde (Gerald) est aussi hautement recommandable.
Contrairement à d'autres opéras édités par EMI classics, le livret n'était
pas inclus dans le coffret. Je ne comprends pas sous quel prétexte
économique fallacieux on peut se dispenser de publier un opéra avec son
livret, de préférence traduit aussi dans d'autres langues (le plus souvent,
les textes joints avec les disques de musique classique apparaissent en
italien, allemand, français et anglais). La quatrième de couverture
du coffret invite à consulter full libretto and translations
at www.theoperaseries.com and
www.emiclassics.com
. En
allant sur ces sites, je n'ai trouvé qu'un indigne fichier
PDF. Tout d'abord,
le livret est uniquement présenté en français, donc sans les traductions
promises dans les autres principales langues européennes. Ceci ne m'émeut
guère dans ce cas particulier, mais ce fichier n'est qu'un grotesque
brouillon qui n'a manifestement été relu par quiconque entendrait le
français ni même quiconque apte à déchiffrer l'alphabet latin. Certains
mots manquent, des groupes de lettres sont absents, remplacés par d'autres
à la graphie voisine. On y peut lire par exemple Elle découvrent le
cadavre et en vent (sic) ecantées (sic) par les prêtres.
.
Manifestement, le texte est le résultat brut d'une entreprise de
reconnaissance automatique de caractères (OCR) sur un scan d'un livret
imprimé ; pour qu'il présente mieux vu de loin, on a cependant bien voulu
rendre les didascalies en italique et le nom des personnages en gras. Le
format PDF permettant d'inclure des images, il aurait été préférable
d'inclure un livret correct dans un format bitmap, quitte à ce que fichier
soit plus gros. Les lecteurs s'en trouveraient moins incommodés.
⁂
Lors de mon dernier séjour en Inde, je ne suis pas passé loin de Chittor. Depuis Pushkar, j'avais pris un petit bus matinal avec des écoliers allant à l'école dans la ville voisine d'Ajmer. Je voulais continuer vers la citadelle de Chittor en bus, mais j'eusse dû attendre cinq heures pour le prochain bus. N'ayant alors plus que trois jours à consacrer au Rajasthan pour ce séjour, je pris un bus en partance pour la très belle ville d'Udaipur. Ce sera pour une prochaine fois...
Albert Roussel avait visité cette citadelle lors d'un voyage en Orient
quelques années avant de composer cet opéra. Le programme vendu au théâtre
du Châtelet contient un extrait du journal de voyage du compositeur. Ce
journal a d'ailleurs été publié dans Albert Roussel, Lettres et
Écrits, Flammarion Harmoniques
.
Date de génération : 2008-05-11 22:34+0200